Pertes sans précédent de la Caisse de dépôt et de placement

Chicanes dans la famille québécoise

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Publié 03/03/2009 par La Presse Canadienne et L'Express

S’accusant mutuellement d’être responsables de la mise sous surveillance de la Caisse de dépôt et placement (CDP) par une agence de notation, Libéraux et Péquistes ont engagé un bras de fer sur le pire bilan financier de l’histoire de cette institution censée symboliser le savoir-faire original québécois.

Le Premier ministre Jean Charest a estimé que Standard & Poor’s avait servi une mise en garde «percutante» à l’endroit du Parti québécois, qui «politise à outrance», selon lui, les pertes financières de la CDP. «Le PQ joue au bonhomme sept heures sur la question de la Caisse, a-t-il dit. Les signaux qu’ils envoient ont un impact sur l’évaluation qu’en fait Standard & Poor’s.»

De son côté, la chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, a estimé que le gouvernement devait prendre l’entière responsabilité de l’avertissement lancé jeudi dernier par l’agence de notation, qui pourrait revoir à la baisse la cote de crédit de la CDP, au terme d’une période de surveillance de trois mois.

Selon Mme Marois, en négligeant de nommer un nouveau président (ce sera fait mercredi, les rumeurs identifiant un ancien sous-ministre du Trésor à Québec, Robert Tessier), le Premier ministre a contribué à l’instabilité de la haute direction de la CDP, évoquée dans l’avis de l’agence de notation.

M. Charest a dit que son gouvernement souhaitait aussi nommer rapidement des remplaçants pour huit des 13 membres du conseil d’administration dont le mandat est échu.

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«On répond aux questions»

Mme Marois est revenue à la charge pour exiger que M. Charest comparaisse lors d’une commission parlementaire spéciale dont l’objectif serait, si elle est créée, de faire la lumière sur les pertes de 40 milliards $
subies par l’institution l’année dernière.

Mais M. Charest a maintenu son refus. «On répond aux questions sur la Caisse tous les jours, quand on est avec vous», a-t-il dit aux journalistes. «On répond aux questions à l’Assemblée nationale. On répond aux questions, ce n’est pas ça l’enjeu.»

Pour tourner la page au plus vite, les Libéraux proposent la tenue d’une commission de deux jours, dès la semaine prochaine, afin d’entendre uniquement les principaux dirigeants, l’ancien président de la société d’État, Henri-Paul Rousseau ainsi que les organismes déposants comme la Société d’assurance automobile (SAAQ) et la Régie des rentes (RRQ).

Les Péquistes réclament la comparution de M. Charest et de sa ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, et ils sont prêts à passer des semaines pour préparer un exercice de grande envergure, avec des experts.

Libéraux 40 % – Péquistes 40 %

Les déboires de la Caisse de dépôt et placement semblent avoir une incidence sur les intentions de vote des Québécois, alors que le Parti libéral et le Parti québécois seraient maintenant coude à coude, selon un sondage Léger marketing-Journal de Québec.

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De son côté, l’ex-Premier ministre Jacques Parizeau, qui a participé à la création de la Caisse en 1964, estime que le gouvernement du Québec était conscient des déboires de la Caisse de dépôt et placement du Québec bien avant la dernière campagne électorale provinciale et qu’il aurait dû agir. Il a fait remarquer que les problèmes du papier commercial adossé à des actifs étaient connus dès 2007.

On sait que sous le gouvernement de M. Parizeau, la Caisse aurait joué un rôle important pour stabiliser les marchés en cas de victoire du «Oui» à la souveraineté du Québec lors du référendum de 1995.

Hausses des cotisations

M. Parizeau estime que les retraités n’ont à rien à craindre, mais que les contribuables risquent d’avoir à faire face à des hausses de cotisations.

L’impact des pertes sans précédent de la Caisse de dépôt et placement pourrait se faire sentir l’année prochaine dans le portefeuille des Québécois, ont également indiqué des ministres du gouvernement libéral.

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, a affirmé que dans le cas des cotisations à la Régie des rentes du Québec, il faudra attendre une consultation, prévue l’automne prochain, pour déterminer la marche à suivre pour l’avenir. «On va faire des simulations, on va regarder aussi le rendement.»

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Le ministre du Travail, David Whissell, a lui aussi été incapable d’assurer que les cotisations des employeurs à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et au régime de retraite de la Commission de la construction du Québec (CCQ) n’augmenteront pas l’an prochain. «Il y aura des discussions au niveau des conseils d’administration.»

Personne n’a osé évoquer l’autre conséquence potentielle des pertes des régimes de retraite: la réduction des prestations aux bénéficiaires…

Personne n’avait prévu

M. Hamad a répété qu’au moment de la campagne électorale provinciale, l’automne dernier, personne n’avait vu venir l’ampleur de la crise financière telle qu’elle apparaît actuellement. «On l’a dit en campagne: le gouvernement n’avait pas les résultats de la Caisse, a-t-il dit. Personne, au mois de novembre, dans le monde entier, pas juste au Canada et en Amérique du Nord, ne voyait l’ampleur de la crise financière.»

Selon le ministre délégué aux Transports, Norman MacMillan, le gouvernement n’aurait jamais pu prévoir les fluctuations des devises et la dépréciation importante du papier commercial adossé à des actifs, que la CDP a reconnu avoir acheté en trop grande quantité.

Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, a quant à lui souligné qu’il avait essuyé des pertes 
de 38 % dans son portefeuille personnel d’investissements, comparativement au recul de 25 % pour les actifs de la CDP. «Quand je regardais et que j’appelais mon institution financière, elle me disait que c’était la crise mondiale, a-t-il dit. Pourtant je suis un peu «pissou» dans mes placements. J’avais placé dans les institutions financières internationales diversifiées et honnêtement il a fondu.»

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Actifs de 120 milliards $

Les dirigeants actuels de la Caisse de dépôt et placement du Québec ont exprimé fort peu de regrets jusqu’à maintenant. Le recul de 25 % a fait passer l’actif net du plus important gestionnaire institutionnel du Canada 155 à 120 milliards $ en un an. En comparaison, les caisses de retraites comparables au Canada ont dégagé un rendement médian de -18,5 % en 2008.

Les avoirs de la Caisse sont ainsi retombés à ce qu’ils étaient en 2005, puisque la perte de 2008 a effacé une bonne partie du rendement de 63,2 milliards $ généré au cours des cinq années précédentes. «C’est un résultat qui est très décevant, mais qu’il faut replacer dans le contexte», a déclaré le président (sortant) de la Caisse, Fernand Perreault.

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