Paronymes et paronomases

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J’ai trouvé! Ça devait bien faire cinq ou six mois que je cherchais à quelle figure de style correspondait une des répliques d’une pièce de théâtre dans laquelle j’ai eu le plaisir de jouer en mars dernier. Mes notions concernant les figures de style étaient non seulement lointaines, elles étaient aussi incomplètes.

C’est en fouillant dans la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française que j’ai trouvé. Il s’agit d’une paronomase.

Je vais vous mettre en contexte. Je suis comédien amateur à mes heures. J’adore ça. Récemment, j’interprétais le rôle du comte d’Albafiorita dans la pièce La Locandiera de Carlo Goldoni.

Une belle comédie classique italienne du dix-huitième siècle, de beaux personnages, un texte savoureux. Mon personnage est un riche aristocrate napolitain qui n’hésite pas à faire étalage de sa richesse pour séduire la belle Mirandoline, aubergiste de métier. D’où le titre de la pièce: La Locandiera.

À un moment précis de la pièce, un rival du comte, le marquis de Forlipopoli, décide d’offrir un vin de Chypre à Mirandoline. Le chevalier de Ripafratta, un misogyne tout de même allié à Mirandoline pour se moquer du ridicule des prétendants que sont le comte et le marquis, demande à un valet: «Va chercher ce Napolitain: s’il ne peut nous dire ce que ce vin goûte, il nous dira sûrement ce qu’il coûte.»

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L’utilisation d’un jeu de mots semblables, avec «goûte» et «coûte», est une paronomase.

La paronomase est une figure de style qui consiste à utiliser dans un même énoncé des paronymes, c’est-à-dire des mots qui ont une prononciation et une graphie similaires, mais dont la signification est différente.

Cette figure de style est généralement présentée de façon explicite: les deux paronymes apparaissent alors dans la phrase. C’est exactement le cas pour la réplique de théâtre dont je vous parlais.

C’est aussi le cas pour certaines petites maximes à saveur morale: «Qui vole un œuf vole un bœuf», par exemple. Mais aussi: «Comparaison n’est pas raison» ou «Qui se ressemble s’assemble».

On dit qu’elle est amplement utilisée dans des contextes qui ont à être à la fois courts et efficaces, comme des publicités ou des titres, notamment. Certains passages de la littérature sont marqués par de très belles utilisations de la paronomase.

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Montaigne, par exemple, disait: «Je m’instruis mieux par fuite que par suite». Verlaine, lui, écrivait: «Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville». Intéressant, tout de même…

Un petit mot enfin sur les paronymes, qui composent essentiellement la paronomase. Qui en sont en fait le principal ingrédient. Les paronymes sont des mots qui se rapprochent dans leur sonorité ou dans leur graphie. S’ils étaient absolument semblables, en ce qui a trait à la façon dont on les prononce, ce seraient alors des homonymes.

Mais quand il y a une petite nuance et que l’homonymie n’est qu’approximative, on considère que ce sont des paronymes. Ainsi, «occident» et «oxydant» sont des homonymes, tandis que «accident» et «occident» sont des paronymes.

Évidemment, ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le monde intriguant des figures de style ou, si on préfère, des figures de rhétorique.

Mais quand on regarde ces procédés que peuvent utiliser les auteurs les plus efficaces (ou les plus audacieux!), on y trouve de merveilleuses façons de jouer avec la langue française.

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Et quand on s’en donne la peine, on constate que ce ne sont pas que les grands auteurs qui peuvent le faire. Tiens, c’est un joli projet de vacances, ça…

Écrire des paronomases. Après, on pourra donner dans l’hyperonymie, la synecdoque, l’oxymore, l’hypallage, l’anacyclique, le zeugme ou même l’anacoluthe!

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