Pandémie et économie: le regard d’un vétéran du transport

Crise inédite

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Outre les questions sur la santé, la CoViD-19 a généré une sorte de frénésie dans les magasins d’alimentation. C’est la première fois que le camionneur manitobain Gilbert Dubé vit une situation pareille.

Propriétaire de l’entreprise Horizon International Distributors, à Winnipeg, qui opère dans le domaine du transport depuis 32 ans et qui compte une flotte de 35 camions pour 38 camionneurs, Gilbert Dubé a connu plusieurs crises dans cette industrie.

«La crise qui a eu le plus d’impact sur l’entreprise a été la récession de 2008. Forcément nos clients étaient dans la tourmente, et par conséquent nous aussi. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à quelque chose de nouveau: nos clients proviennent en majeure partie du secteur alimentaire, ils produisent de la viande de porc, bœuf, poulet et du fromage. Notre transport est donc nécessaire.»

Gilbert Dubé

Entre le Canada et les États-Unis

«Pour le moment, la pandémie n’a pas entraîné de gros changements au sein de ces entreprises. Mon plus gros problème, c’est qu’en rentrant de l’Arizona, je devrai me mettre en quarantaine», prévoit-il.

Le domaine du transport est l’un de ceux où il est pour ainsi dire impossible d’opter pour le travail à distance. Les chauffeurs doivent donc redoubler de prudence, surtout lorsqu’ils voyagent à l’extérieur du pays.

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«En date du 17 mars, nos chauffeurs étaient toujours d’accord pour travailler et faire des livraisons aux États-Unis. Il est évident qu’ils doivent prendre les mesures nécessaires pour leur sécurité, mais on ne peut pas envisager du télétravail dans notre domaine. De plus, les chauffeurs sont payés à la livraison.»

La chaîne d’approvisionnement n’est pas le souci

Les réactions de bien des consommateurs ont surpris Gilbert Dubé.

«Les personnes se ruent sur le papier toilette, le gel hydroalcoolique ou même le désinfectant. Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi. En tout cas, les magasins ont toujours été approvisionnés correctement», assure-t-il.

«Le problème, c’est les personnes qui se disent: on ne sait pas ce qui va arriver. Il vaut mieux que j’en achète beaucoup plus que d’habitude. Pourtant, personne n’a dit qu’on ne pourra plus faire nos épiceries!»

À son avis, la chaîne d’approvisionnement n’est pas le souci dans les actuelles pénuries. Ce sont plutôt les personnes qui achètent en trop grosse quantité par rapport à leurs besoins quotidiens.

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«Je sais que certains magasins ont décidé de réguler les achats des clients. Il faut imposer des quantités par famille ou par personne pour éviter la pénurie de certains biens», observe le vétéran du transport.

Crise économique

L’entrepreneure affiche cependant sa préoccupation pour l’après-pandémie.

«À ce point-ci, nous avons pas mal de travail. Avec le récent blocage des trains, nous avons dû faire face à une légère hausse d’activités, mais il faut penser à après le passage de la pandémie. Nous voyons en ce moment des restaurants qui ferment, des manufactures également», s’inquiète-t-il.

«Sans trop m’avancer, je peux imaginer qu’une crise économique est concevable. Toutes les industries vont être impactées par cette baisse d’activité, et il est possible que certains de nos clients soient affectés au point de devoir déclarer faillite.»

Cela pourrait entraîner des conséquences pour l’ensemble de la société, d’après Gilbert Dubé.

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«Il y a un risque d’effet domino: si des entreprises de transport perdent leurs clients pour cause de faillite, elles pourraient à leur tour se voir contraintes de fermer leurs portes. Les clients restants devraient alors se tourner vers d’autres entreprises de transport. Il s’ensuivrait une plus forte demande dans notre secteur d’activités, au point où une hausse des coûts de transport pourrait mettre certaines entreprises en difficulté», augure-t-il.

Prix de l’essence

«Évidemment, tout ce scénario est hypothétique pour le moment.»

En ce temps de crise sanitaire et de pétrole à bas prix, le prix de l’essence devrait s’avérer un facteur favorable pour l’industrie du transport. Gilbert Dubé tient toutefois à nuancer cette perspective.

«Oui, le prix de l’essence est un avantage. Pas pour nous, mais pour nos clients, car les coûts de transport prennent déjà en compte la fluctuation du prix du baril de pétrole. Le système de facturation en place permet la protection de l’industrie: quand l’essence augmente trop, nous n’avons pas à assumer tous les frais d’essence supplémentaires.»

Fruits et légumes: le casse-tête

Gilbert Dubé tient à souligner que les fruits et les légumes sont les denrées les plus difficiles à transporter.

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«Chaque légume, chaque fruit demande une température de conservation particulière. Par exemple, les bananes doivent être entreposées à 56° Farenheit (environ 13 ° Celsius) sinon elles s’abîment. C’est un fruit délicat.»

«Il faut donc réfléchir aux fruits qui peuvent voyager ensemble. Il faut être très vigilants, parce que parfois les clients ne nous précisent pas quel fruit nous devons transporter ou à quelle température la marchandise doit être conservée. Les fruits et les légumes demandent plus de travail et de logistique.»

Les haltes routières ONroute restent ouvertes.

Ontario

En Ontario, Christine Elliott, la ministre de la Santé, et Caroline Mulroney, la ministre des Transports (et des Affaires francophones), ont qualifié cette semaine les camionneurs de «héros extraordinaires en ces temps extraordinaires».

«Nos camionneurs méritent notre respect, notre soutien, nos remerciements et nos meilleurs efforts pour les aider alors qu’ils continuent à s’assurer que nous pouvons mettre de la nourriture sur nos tables et acheminer d’autres articles nécessaires.»

Le gouvernement s’attend des entreprises qui comptent sur les camionneurs qu’elles fournissent «les installations nécessaires à ces héros. Nous avons besoin que chacun fasse sa part pour que les camionneurs puissent continuer à faire leur travail en toute sécurité.»

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Les 23 aires de repos ONroute sur les autoroutes restent ouvertes pour les plats à emporter et le service au volant, y compris des toilettes «avec un nettoyage amélioré».

Des toilettes portables sont également fournies dans 32 postes d’inspection des camions.

D’autres mesures permettent la livraison de marchandises 24 heures sur 24 «sans les restrictions des règlements municipaux sur le bruit, et sur la prolongation de la validation des permis de conduire, des certificats d’immatriculation des transporteurs de véhicules utilitaires et d’autres produits qui ont expiré le 1er mars 2020 ou après».

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