Opéra: le legs généreux de Richard Bradshaw

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Richard Bradshaw 1944-2007, c’est ce qu’affichait en fin de semaine dernière la page web du site de la Canadian Opera Company. «Toronto perd un visionnaire, un champion des arts, un bâtisseur»: tels sont les commentaires et témoignages qu’on peut lire et entendre dans les médias torontois et canadiens. La communauté artistique de Toronto et le monde de l’opéra au Canada viennent de perdre une de ses plus brillantes étoiles avec le décès du directeur artistique et directeur général de la Canadian Opera Company, Richard Bradshaw.

C’est en tant que chef d’orchestre que M. Bradshaw est arrivé au Canada en 1989 afin de concentrer ses efforts sur l’amélioration de l’orchestre ceci dans le but de hausser les standards de qualité au sein de la compagnie.

Le chef d’orchestre d’origine britannique avait déjà une feuille de route bien remplie, ayant étudié la direction d’orchestre avec le Royal Liverpool Philharmonic et ayant été le chef d’orchestre de l’opéra de San Francisco pendant douze années.

Déjà en 1989 on promettait à Richard Bradshaw et aux Torontois un centre/salle de l’opéra et du ballet, un projet qui ne fut concrétisé qu’en 2002 avec l’annonce officielle du financement pour la construction du Centre pour les arts de la scène Four Seasons inauguré en 2006 et que l’on considère comme le résultat de la ténacité et de la volonté de Richard Bradshaw d’obtenir cette salle.

Depuis son arrivée en 1989, il eut donc une relation privilégiée avec les musiciens de l’orchestre, ceux-ci apprenant à suivre les indications d’un chef professionnel et passionné. Il put choisir les musiciens et les musiciennes et encourager ses solistes – dont la violoniste Marie Bérard de Trois-Rivières, nommée premier violon de l’orchestre par Richard Bradshaw.

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Lors de nombreux concerts mettant en vedette l’Orchestre de la COC sous la direction de M. Bradshaw on pouvait apprécier la précision des différentes sections et l’équilibre du son de l’ensemble.

Ceux qui ont assisté aux concerts gratuits donnés pendant l’été à Harbourfront pendant de nombreuses années ont pu aussi apprécier le fier directeur de la COC lorsqu’il présentait les solistes invités du concert.

Celui-ci se permettait de nombreux commentaires soit pour aider le public à saisir le texte du prochain aria, pour féliciter ses musiciens et les chanteurs, pour annoncer le programme de la prochaine saison artistique ou encore, il y a quelques années de cela, pour critiquer sur la place publique le manque de volonté des politiciens à vouloir financer la construction d’une maison de l’opéra à Toronto, un outil indispensable à toute compagnie artistique d’envergure internationale.

M. Bradshaw n’avait qu’à présenter en preuve les prix remportés par la COC au concours international d’Edinburgh en 1993. On remarquait lors de ses présentations l’audace, la générosité, la passion de l’opéra, le sens de l’humour et l’aisance naturelle qui faisaient de lui le principal porte-parole de la COC.

En 1998 il devient le directeur-général de l’organisation, un poste qui lui permet de mettre sa vision en place. Il s’assurera une équipe pour l’obtention de financement auprès des secteurs publics et privés. Il dirigera plusieurs opéras à chaque année étendant ainsi le répertoire de son orchestre. Il choisira en tant que directeur artistique toute la programmation mais aussi les metteurs en scène, les solistes, les chorégraphes, les chefs d’orchestre invités.

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Il s’assure la participation de noms comme Robert Lepage, Atom Egoyan, Serge Bennathan, Michael Levine, des artistes créateurs de disciplines variées mais qui donnent à la COC la réputation d’être une compagnie contemporaine capable de défis importants.

La preuve fut faite lors de la saison inaugurale de la COC au Centre Four Seasons alors que Richard Bradshaw et la COC présentaient l’intégrale de la tétralogie L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner dans un marathon de quatre semaines pendant lesquelles s’alternait la présentation de chacun des quatre opéras.

C’était une première canadienne et un coup d’éclat pour la COC qui se permettait de rivaliser sur la scène internationale contre les autres grandes compagnies d’opéra du monde avec sa propre production, un travail de création qui avait nécessité quelques millions de dollars.

On sentait le plaisir des gens de la COC de s’engager dans leur travail que ce soit de relationniste, de publiciste, de musicien, de stagiaire ou de chanteur. Cette ambiance de travail émanait du chef.

C’est un grand vide à combler à la veille d’une nouvelle saison artistique. Le maestro laisse à son ou ses successeurs une équipe gagnante, bien rodée, en excellente situation financière (les sièges étaient vendus à 99% en 2006-2007) et dotée d’une réputation basée sur l’excellence.

La COC a perdu son principal chef d’orchestre, son directeur artistique, son directeur-général, son porte-parole, son champion. Il s’appelait Richard Bradshaw.

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