Onzième édition du festival Cinéfranco, du 28 mars au 6 avril


25 mars 2008 à 12h16

À l’approche de la 11e édition de Cinéfranco qui aura lieu du 28 mars au 6 avril, c’est une Marcelle Lean souriante qui nous parle avec chaleur de son festival dont elle ne cesse de remodeler les contours pour le plus grand bonheur de son public.

«Cette année, j’ai voulu offrir un Cinéfranco qui s’ancre davantage dans une réalité sociale et politique avec des films pertinents, reflétant la francophonie plurielle de Toronto.»

«Des films qui font réfléchir et qui mettent le spectateur à contribution en l’impliquant dans les discussions qui suivront les projections». En effet, cette année Cinéfranco invite un grand nombre de cinéastes et experts pour parler des thématiques qu’abordent certaines des œuvres projetées au Cinéma Bloor.

Ainsi, une table ronde autour du sujet La croisée des cultures dans le cinéma marocain se tiendra le dimanche 6 avril à 10h avec la participation des réalisateurs Saad Chraibi, Hassan Benjelloun et Mohamed Ismail.

Une occasion pour le public de vivre pleinement «l’expérience du cinéma». «J’ai toujours voulu avec Cinéfranco, faire du cinéma une expérience collective, une sortie de partage et de réjouissance devant la toile.»

Le festival s’ouvre sur la projection du film québécois Toi suivi d’une discussion avec le cinéaste François Delisle et termine avec l’excellent long-métrage de Claude Miller Un secret, deux drames intimistes qui explorent les méandres de l’âme humaine en des temps différents.

Entre ces deux parenthèses, une guirlande de chefs-d’œuvre des quatre coins de la francophonie (Québec, France, Suisse, Belgique, Maroc…) qui marquent une année cinématographique plus tourmentée que légère, calquée sur la politique et la société de ce début de XXIe siècle.

Un cinéma plus profond et engagé, qui prolonge celui présenté en septembre 2007 au Festival International du Film de Toronto.

Le thème catalyseur qu’a voulu donner Marcelle Lean à son festival cette année est l’identité.

Identité plurielle qui se décline à tous les temps: personnelle, comme l’illustre Anna M, le film sulfureux de Michel Spinosa ou La Capture de Carole Laure, sociale dans la belle adaptation du roman Anna Galvada Ensemble c’est tout par Claude Berri ou dans la poétique mise en scène de Latif Lahlou Les jardins de Samira, nationale avec le film terrible DP75 – Tartina City ou encore le merveilleux film des frères Taviani Le Mas des alouettes.

Les écoles ne seront pas en reste avec une programmation riche et variée pour leurs jeunes élèves qui devrait renforcer leur intérêt pour un cinéma français sur grand écran.

Un concours a été mis en place cette année spécialement pour eux dans le cadre du festival. Chaque élève est invité à écrire une critique de film. Les trois meilleures retenues dans chaque classe seront exposées à un jury qui décidera des gagnants et les gratifiera de prix alléchants (billets de cinéma, coffrets de films français…).

Avec un total de quarante films et dix court-métrages, cette belle programmation 2008 devrait combler les spectateurs francophones et francophiles de plus en plus nombreux chaque année.

Une raison qui justifie cette année le choix du cinéma Bloor comme écrin du festival. «Les scolaires annoncés cette année, sont de 3 000 contre 1 300 en 2007.

Mon public adulte grandit lui aussi au fil du temps. On a trouvé que le cinéma Bloor offrait une structure d’accueil plus adéquate pour ce volume de spectateurs».

Changement de salle, mais pas d’environnement. Le quartier italien continuera en effet d’accueillir les spectateurs de Cinéfranco dans une ambiance chaleureuse et festive. Aucune raison donc pour bouder ce plaisir fugace que nous offre chaque année Cinéfranco!

NOS CRITIQUES ONT VU:

Si le vent soulève les sables, de Marion Hänsel. France, Belgique, Canada, 2006. 96 min. Diffusé le samedi 29 mars à 13h30.

Dans le village, l’eau vient à manquer. Chaque année, le désert s’étend un peu plus, semant avec lui la désolation et la souffrance. Les habitants décident finalement de fuir vers le Sud, à la recherche d’une contrée plus accueillante.

Rahne, seul lettré du village, décide quant à lui de partir vers l’Est, accompagné de sa femme Mouna et de ses trois enfants. Ils n’emportent avec eux que quelques brebis et leur chameau, Chamelle, sur le chemin de l’exode. Un bien maigre bagage pour un long périple ponctué d’espoir et de fatalité.

Adapté du roman Chamelle de Marc Durin-Valois paru en 2002 en France, Si le vent soulève les sables avait suscité l’émoi de la critique. Et pour cause! Chaque étape du voyage de Rahne et sa famille est à elle seule un tragique poème.

Le film est lent, simple, et ne se perd pas en fioritures mais plonge son spectateur dans une fable aux relents amers et à la crédibilité bouleversante.

Marion Hänsel réussit le tour de force d’emmener caméras et micros en Afrique et d’y tourner un long-métrage sur la misère et la sécheresse à cent lieues des poncifs que le genre a su produire.

Ensemble, c’est tout, de Claude Berri. France, 2007, 97 min. Diffusé le samedi 5 avril à 20h.

Lorsqu’en 2007 Claude Berri présentait sur les écrans français son dernier film, les attentes du public étaient grandes. Il faut dire qu’Ensemble c’est tout, avant d’être porté sur grand écran avait été un succès de librairie, sous la plume d’Anna Gavalda. Le célèbre réalisateur serait-il à la hauteur?

La distribution semblait prometteuse: Audrey Tautou et Guillaume Canet, accompagnés de Laurent Stocker et Françoise Bertin. Mais l’habit ne fait pas le moine! Rien de renversant dans le synopsis de cette histoire: quatre êtres bousculés par la vie se retrouvent un jour à vivre ensemble, dans le même appartement.

Comment cohabiteront-ils? Camille, délaissant son talent de dessinatrice fait les ménages, Franck travaille fort comme cuisinier tout en gardant un peu de temps libre pour rendre visite à sa grand-mère. Il partage son appartement avec l’aristocrate Philibert qui rêve sans réelle ambition d’une carrière de comédien.

Mais lorsque ces quatre personnages commencent à partager leur vie sous le même toit, la magie n’opère pas. Les scènes sont prévisibles (un beau vrai-faux adieu à l’aéroport!) et les répliques ne sonnent pas toujours juste. Dommage…

Voleurs de chevaux, de Micha Wald. France, 2006. 90 min, Diffusé le dimanche 6 avril à 18h.

Nous sommes en 1856, quelque part à l’Est. Jakub vient de se faire chasser de sa troupe de Cosaques suite au vol de son cheval. Une bataille au cours de laquelle il a également perdu son frère, tué par l’un des voleurs de chevaux. Mais Jakub est déterminé et souhaite plus que tout retrouver sa monture et venger la mort de son frère.

Présenté au 60e Festival de Cannes dans le cadre de la semaine de la Critique, Voleurs de chevaux évoque une période peu abordée par le cinéma moderne. Audacieux Micha Wald? Incontestablement. D’autant plus que l’on ne peut s’empêcher de constater que sa production pèche parfois par manque de budget.

On regrettera par exemple que certaines poursuites à chevaux semblent un peu légères, en raison du petit nombre de montures impliquées.

Mais grâce à un casting parfaitement senti, Voleurs de chevaux offre en profondeur et en finesse ce qu’il perd en effets. Et la réalisation, globalement originale, très souvent bien sentie, se tire à merveille des écueils qu’un appui financier aurait pu éviter.

Raison de plus pour souligner la qualité de ce film qui mérite sans conteste un large détour.

Où vas-tu Moshé?, de Hassan Benjelloun. Maroc, 2007. 90 min. Diffusé le dimanche 30 mars à 15h30.

Au début des années 60, le Maroc recouvre son indépendance. De nombreux juifs décident de fuir vers Israël, le plus souvent de manière clandestine. À Bejjad, la communauté juive organise elle aussi son exode. Dans le même temps, Mustapha, le gérant du seul bar de Bejjaj, est confronté à un problème. Selon les lois, son bar devra fermer si tous les non-musulmans de la ville partent. Seule solution? En retenir au moins un ici…

Après Jugement d’une femme ou La chambre noire, Hassan Benjelloun continue dans son style caractéristique. Il livre une fois de plus un film engagé qui dit plus qu’il ne suggère. À travers la relecture d’une période charnière de l’histoire du Maroc, Benjelloun évoque les dangers de la perte de la diversité ethnique, religieuse et culturelle pour un pays.

Où vas-tu Moshé a le mérite de tourner le regard vers une période sombre et mal assumée de l’histoire du Maroc et de le faire avec l’ambition affichée de relancer certains débats. Un film utile et pertinent.

La capture, de Carole Laure. Canada, 2007. 92 min. Diffusé le samedi 29 mars à 15h30.

La capture prend son temps pour démarrer: Rose, une jeune femme installée à Montréal semble mener une vie normale, entre son chum et ses cours de danse. Mais Rose n’a pas eu une enfance normale. Tyrannisée comme sa mère et son frère par un père despotique et violent, elle a fui sa bourgade natale pour Montréal, sans pouvoir se débarrasser de ses hantises.

Pour mieux pouvoir tourner la page, elle enlève et séquestre son père. Mais ensuite, le spectateur se perd. Quel est le sens de ce film? Dans quelle direction la réalisatrice Carole Laure veut-elle nous mener? C’est incertain. Veut-elle montrer la torture psychologique que subit ce père violent une fois séquestré? La lente reconstruction de la mère une fois débarrassée du «monstre»? Le côté inquiétant de Rose qui semble presque aussi dangereuse que l’homme qu’elle hait? Mystère. Effleurant chacune de ces pistes sans en suivre aucune, ce film troublant laisse le spectateur sur sa faim.

La musique très – trop – présente donne plus de lourdeur que de profondeur au film et le bon jeu de Catherine de Léan et de Pascale Bussières ne réussit pas à sauver l’ensemble.

La Brunante, de Fernand Dansereau. Canada, 2007. 100 min. Diffusé le dimanche 6 avril à 11h.

Madeleine a 73 ans. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle veut en finir avec la vie avant que sa mémoire ne disparaisse. Mais alors qu’elle se trouve sur les rives du Saint-Laurent, elle rencontre Zoé, une trentenaire paumée qui tente d’échapper à des trafiquants de drogue.

Madeleine entame alors une tournée d’adieu, de Montréal à Gaspé, accompagnée de Zoé. Pendant ce périple, les deux femmes se découvrent, apprennent à s’apprécier et à panser leurs blessures. Cette ode à la vie est appuyée par la beauté des paysages, comme si ces derniers, apaisants, étaient là pour leur dire que la vie vaut encore la peine d’être vécue, malgré tout.

Malheureusement le film peine à convaincre. Clichés et scènes prévisibles se succèdent, empêchant le spectateur d’apprécier pleinement l’histoire.

Mais même si La Brunante n’est pas un chef d’œuvre, il aura au moins eu le mérite d’aborder le thème délicat de la maladie d’Alzheimer et, sans se faire trop moraliste, de communiquer cette patience et cet amour qui doivent survivre envers ces malades qui peu à peu perdent leur identité.

Très bien, merci, d’Emmanuelle Cuau. France, 2006. 102 min. Diffusé le samedi 5 avril à 11h.

Qu’est ce que cet objet filmique non identifié? Dur de répondre à cette question. Un soir qu’Alex décide de regarder un contrôle d’identité opéré par la police, il ne sait pas encore qu’il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui l’emmène une nuit au poste, à l’hôpital psychiatrique et droit au chômage.

Sa femme Béatrice assiste impuissante à cette chute absurde. Pourtant, Alex n’est pas fou. L’absurdité des circonstances et des systèmes – administratif, policier, médical, professionnel – le porte au coeur d’un délire kafkaïen.

Le spectateur sort de cette plongée dans le non-sens un peu bousculé, troublé. Qu’est-ce que la société a de normal? D’humain? Les fous sont-ils ceux que l’on croit ou bien d’autres? Comment l’individu peut-il faire face à l’arbitraire et à l’absurde sans se démonter, sans vaciller?

Emmanuelle Cuau réalise ici un film hors de l’ordinaire qui en troublera plus d’un…

Un secret, de Claude Miller. France, 2007. 100 min. Diffusé le dimanche 6 avril à 20h.

François est un enfant chétif des années 1930 qui déçoit son sportif de père (Patrick Bruel, tout en émotions cachées derrière ce masque mystérieux de rigidité paternelle), qui semble avoir voulu un autre fils. Tourmenté, le garçon s’invente alors un frère athlétique, et trouble le silence profond et pesant de ses parents.

Jusqu’au jour où le lourd secret familial lui est révélé par la voisine (Julie Depardieu). Et par la même occasion le destin brisé de cette famille juive parisienne sous l’occupation.

Inspiré d’une histoire vraie, le film de Claude Miller se déroule parfaitement, dans une narration à trois temps qui rend compte de l’inévitable progression destructrice d’un non-dit abyssal dans la vie d’une famille juive de l’après-guerre. L’histoire éclatée et dramatique d’un sombre traumatisme familial, d’une réminiscence qui sort lentement de l’ombre. Une approche intelligente de la mémoire collective juive et universelle.

Miller ose des plans ingénieux, mélange la couleur et le noir blanc selon les époques (le noir et blanc étant finement utilisé pour le présent) et les dialogues sont toujours justes. «Alors on fait quoi? Je ne sais plus quoi penser moi.» «On pense à Hannah et à Simon, et on continue de préparer ce repas.»

L’écart, de Franz Josef Holzer. Suisse, 2007. 92 min. Diffusé le dimanche 6 avril à 15h30

Ce ne peut pas être elle. Un homme se réveille un matin et regarde fixement sa femme, persuadé qu’elle est une autre. Naît alors en lui une obsession grandissante et aberrante pour démasquer cette usurpatrice, pour découvrir qui se cache derrière cette femme qu’il ne reconnaît soudainement plus.

Entre thriller psychologique et conte philosophique, L’écart nous entraîne dans le délire ahurissant d’un homme ordinaire et offre une vision oblique et intéressante de la recherche identitaire.

À la fois médecin et cinéaste, le réalisateur Franz Josef Holzer semble connaître parfaitement son sujet, qu’il sait traiter jusqu’au bout. Son scénario, dans un rythme prenant, nous emmène vers ses recoins les plus sombres, soulevant des questions aussi troublantes que quotidiennes. Et interroge ainsi de biais le couple, l’identité et la connaissance de l’autre.

«Pour moi, explique-t-il, l’écart se situe entre le cauchemar et le conte de fées.»

Adieu mères, de Mohamed Ismaïl. Maroc, 2007. 110 min. Diffusé le jeudi 3 avril à 20h30

«Pour moi, c’est un message de paix qui montre que la cohabitation entre communautés, est possible indépendamment des tribulations politiques qui n’ont fait qu’envenimer les rapports humains.» Mohamed Ismaïl, réalisateur d’Adieu mères, s’exprime sur son film qui s’intéresse aux rapports humains par-delà les frontières politiques.

D’un sujet controversé, l’émigration massive des juifs marocains dans les années 1960 à la recherche de meilleures conditions de vie, il dresse le tableau familial et fraternel des relations entre les gens, outre les biais culturels et communautaristes. Et délivre un message de paix, qui résonne sur l’actualité.

Mais Adieu mères est plus qu’un testament de l’amitié perdue, un appel au partage et à l’entraide, c’est aussi une plongée au cœur de Casablanca, une immersion funeste dans ses ruelles. C’est enfin une vision nostalgique d’une cohabitation toujours possible entre juifs et musulmans, à travers le destin dramatique de deux familles liées coûte que coûte.

Le film montre progressivement le poids trop lourd qui pesa sur cette amitié, avachie sous les traditions, la peur du lendemain et la psychose généralisée.

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