Numéro de charme

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En France, il est de rigueur pour toute actrice digne de ce nom de s’improviser chanteuse, et pour toute chanteuse de s’aventurer un jour ou l’autre devant les caméras. On pourrait jeter la faute sur Gainsbourg (lui qui avait fait chanter Bardot, Anna Karina, Birkin, Adjani et Deneuve), mais la tendance remonte beaucoup plus loin, à Piaf, Montand et même avant.

Dans le cas qui nous intéresse, celui de Sandrine Kiberlain, qui nous arrive avec Manquait plus qu’ça (EMI), l’homme à la tête de chou n’y est pour rien. Et celui qui lui a ouvert quelques portes, Alain Souchon, est plus collaborateur que Pygmalion, ayant été séduit par les textes que lui a soumis la jeune actrice, au point d’en mettre trois en musique.

Embrigadé dans l’entreprise, son fils Pierre Souchon y est allé de cinq collaborations, dont le ravissant Y’a du monde coulé dans le moule paternel. Ajoutez-y quelques mélodies langoureuses signées Camille Bazbaz et une reprise on ne peut plus «frenchy» du classique Girl des Beatles (avec les Souchon en choristes de luxe), et vous tenez là un premier album qui intrigue et séduit.

En jouant sur la légèreté du propos et de la voix, Sandrine s’amuse de ses ambitions («Elle fait sa Carla, elle fait sa Vanessa/Elle va donner d’la voix/Des paroles à tout va/Manquait plus qu’ça»), ou encore de sa dégaine particulière («Faut m’aimer sacrément/Pour trouver que godiche/Ça me va comme un gant») et nous rend irrésistible un album qui n’aurait pu être qu’amusant ou, au pire, agaçant.

Pour Sandrine comme pour nous, Manquait plus qu’ça relève du plaisir coupable, et il est clair qu’elle devra s’affranchir de l’influence de Souchon si elle compte aller au-delà de ce petit numéro de charme pour s’inscrire dans la durée.

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Sous le ciel d’Andréanne

Rares sont les artistes qui nous arrivent avec un CV aussi bien garni – et aussi intrigant – que celui d’Andréanne Alain. En bref, la Montréalaise a étudié le chant jazz, signé quelques musiques de films, participé au Zulu Time de Robert Lepage et Peter Gabriel, fait les choeurs aux côtés de Laurence Jalbert et gravé une reprise fort réussie de Quand on aime on a toujours vingt ans sur Jaune 2005.

Mais c’est la rencontre avec Luc de Larochellière, il y a cinq ans, qui allait permettre à la carrière d’Andréanne de vraiment décoller, en plantant le germe de ce qui deviendrait Sur nous le ciel (Trilogie Musique/Sélect). Vu son cheminement, on ne s’étonnera pas que ce premier album aux couleurs d’été soit conçu de façon à mettre en valeur sa voix souple et fluide, qui se multiplie au gré d’harmonies souvent audacieuses.

Si la griffe de Luc de Larochellière et de son complice Marc Pérusse est bien en évidence sur une poignée de morceaux qu’ils co-signent, l’univers d’Andréanne évoque plus spontanément celui d’Arianne Moffatt, voire de Marie-Jo Thério, par son côté confidentiel (dans le sens journal intime) et un habillage sonore qu’on pourrait qualifier de techno-folk, mariant la programmation aux sonorités plus organiques du piano ou du dobro, par exemple.

Mais le problème est justement celui de la primauté: Sur nous le ciel parviendra-t-il à imposer la griffe d’Andréanne sur un territoire déjà balisé avec succès par les chanteuses précitées? L’absence d’une chanson-phare, susceptible d’être plébiscitée par les ondes et le public, pourrait s’avérer coûteuse. En revanche, avec son bagage et son potentiel évident, on aurait tort de douter de sa capacité à trouver sa voie – et à nous entraîner dans son sillage – le temps venu de signer l’opus 2.

Infâme destin!

Dans l’esprit de bien des gens, le folklore canadien-français semble avoir été réduit à une affirmation identitaire tonitruante et invariablement festive. Cette dimension est ancrée dans la réalité, certes, mais elle s’est trouvée exacerbée par la Bottine Souriante et ceux qui ont suivi – Mes Aïeux, Swing et compagnie – au point d’en occulter tout le territoire clair-obscur et souvent tragique de ce patrimoine.

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Laissant aux autres le soin de faire swinger la bacaisse, le trio Serre l’écoute (oh, le vilain jeu de mots!) assume le double rôle de folkloristes et d’interprètes sur Fortunes et perditions, une collection de chants qui reflètent la vaste thématique de la «destinée humaine». En matière de folklore, cela se traduit habituellement par un véritable inventaire de calamités: trahisons, empoisonnements, grossesses imprévues, maladies incurables, noyades et ainsi de suite.

Ratissant très large, Fortunes et perditions englobe des chansons de tradition orale recueillies au Québec, en Acadie, en Ontario, aux États-Unis, en France et jusqu’aux Antilles. Mais pour le mélomane qui n’est pas folkloriste dans l’âme, la grande force de Serre l’écoute (Gabrielle Bouthillier, Liette Remon et Robert Bouthillier) est d’avoir su harmoniser ces 15 mélodies avec beaucoup d’imagination, donnant à chacune des trois voix un espace et un rôle distincts.

Débordant du strict cadre des chansons à répondre, des oeuvres telles L’empoisonneuse ou Le jour de l’Assomption nous semblent à la fois très archaïques et résolument modernes, ce qui est le fruit d’une démarche qui se veut historienne et musicienne.

Résultat: malgré un habillage instrumental limité (un peu de violon ou de bouzouki par-ci, quelques notes d’harmonica blues par-là), on ne s’ennuie pas un instant dans cette virée par-delà les siècles.

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