Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov, un grand nom de la musique russe


2 juillet 2008 à 16h18

En cette année 2008, le monde musical commémore le 100e anniversaire du décès de Rimski-Korsakov, célèbre compositeur russe qui s’est éteint le 21 juin 1908 dans sa résidence d’été de Lioubensk, près de Saint-Pétersbourg, où il sera inhumé deux jours plus tard dans un cimetière de cette ville.

Mais la vie de celui que l’on a même qualifié de «génie de l’orchestration ou de «maître de la composition» est bien étrange pour être celle d’un détenteur de tels titres honorifiques.

En effet, Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov est né le 18 mars 1844 dans une famille où dominent deux orientations: la mer et la musique. Son père joue des airs d’opéra et des chansons à la mode sur un vieux piano.

Son oncle Piotre se passionne pour les chants des campagnes et les airs religieux, et en fait bénéficier son neveu, auquel une voisine âgée enseigne les bases de la musique.

Mais la famille a une tradition militaire et marine. Un oncle était amiral de la flotte impériale, le frère aîné de Nikolaï navigue en Extrême-Orient et ses lettres enflamment l’imagination de son cadet, qui s’engage dans la marine russe en 1856 et entre à l’École des cadets de Saint-Pétersbourg.

Mais en même temps, il s’adonne à la musique, étudie le piano, assiste à des opéras – Lucie de Lammermoor de Donizetti l’impressionne beaucoup – à des concerts symphoniques, avec des œuvres de Beethoven et Mendelssohn, qu’il découvre, et surtout les compositions orchestrales de Mikhaïl Ivanovitch Glinka (1804-1857), un compositeur génial et prolifique auteur de 3 336 œuvres qui ont fait de lui le «Père de la musique classique russe», et qui suscitent chez lui une grande admiration.

En 1862, Nikolaï sort de l’École navale comme enseigne de vaisseau. Il est affecté sur une frégate et part pour une longue croisière de deux ans qui l’emmène en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil, en Espagne, en France et en Italie.

Auparavant, il avait amélioré son jeu pianistique auprès d’un excellent pianiste, F.A. Camille, qui l’initie aussi à différentes formes musicales. Il y rencontre un compositeur, Mili Balakirev, auquel il présente ses essais de composition, dont le début d’une symphonie.

Balakirev l’encourage à poursuivre. D’autres autodidactes font partie de ces rencontres, César Cui, Modeste Moussorgski, Alexandre Borodine, qui sera connu comme le Groupe des Cinq et subsistera jusqu’en 1870.

En 1865, Nikolaï est de retour à Saint-Pétersbourg. Il termine sa Symphonie en mi bémol mineur, qui est donnée en concert. Il poursuit son travail musical en faisant preuve d’un grand talent pour l’orchestration.

Il compose une Fantaisie sur des airs serbes, Sadko, un tableau musical inspiré de Berlioz, un poème musical, Antaret, et un projet d’opéra, Pskovitaine ou La Jeune Fille de Pskov. En 1872, il épouse la pianiste Nadieschda Purgold, qui allait exercer une grande influence sur sa carrière.

Devenu professeur de composition et d’instrumentation, et directeur de la classe d’orchestration du prestigieux Conservatoire de Saint-Pétersbourg, malgré ses faibles connaissances théoriques, il gagne l’estime de ses élèves, dont certains, comme Glazounov, Stravinski et Respighi auront de brillantes carrières. Il publiera même deux ouvrages théoriques, un Traité d’harmonie (1884) et des Éléments d’orchestration (1913). Entre temps, il était devenu inspecteur des musiques de la flotte russe (1872), grâce à la protection du ministre de la Marine.

Il se lance dans des opéras, Nuit de mai (1879), La Demoiselle des neiges (1882), un concerto pour piano, tout en assurant l’orchestration d’un opéra de Moussorgski, Khovantchina. Un mécène dénommé Belaïev, musicien amateur, va aider considérablement la carrière de Rimski-Korsakov, grâce à sa propre maison d’édition, et en organisant les Concerts symphoniques russes, dont Rimski-Korsakov devient le conseiller et le directeur. Cette nouvelle charge préside d’ailleurs à la naissance de ses grandes œuvres symphoniques, Capriccio espagnol (1887), La Grande Pâque russe et Shéhérazade, toutes deux composées en 1888.

Avec Shéhérazade notamment, un des grands succès de Rimski-Korsakov, celui-ci s’inscrit dans le courant musical du XIXe siècle appelé «écoles nationales», car il fait appel à des ressources nationales. En Russie, le groupe des Cinq se classait dans cette tendance en puisant dans le folklore russe. Il s’opposait ainsi aux «artistes officiels» conformistes, formés en Allemagne et se référant à Beethoven et Brahms. Grieg, en Norvège, et Sibelius, en Finlande, s’inscrivaient dans la même tendance nationale de l’Europe du Nord (voir notre article «Trois anniversaires» dans L’Express du 11 décembre 2007). Mais l’exaltation des musiques folkloriques nationales, comme dans le cas de ces deux compositeurs, faisait parfois place à l’exaltation de musiques d’autres pays, en ouvrant la voie à l’exotisme. C’est le cas de Shéhérazade dans laquelle Rimski-Korsakov dépeint les couleurs orientales du pays des mille et une nuits.

Après la mort de Borodine, en 1887, il orchestre le Prince Igor, comme il l’avait fait pour des œuvres de Moussorgski. Il se rend à Paris en 1889 pour diriger des concerts de musique russe. Mais le décès de son fils cadet et la grave maladie de sa fille Macha, âgée de deux ans, l’affectent profondément. Il ne reprend son travail qu’en 1864, avec La Nuit de Noël, un opéra inspiré par un thème de Gogol. Puis il achève Sadko, un autre opéra et, en 1897, Mozart et Salieri, un opéra d’après Pouchkine. Puis ce sera Le Coq d’or, opéra en trois actes d’après le conte en vers de Pouchkine, qui sera interdit par la censure. La création de ce dernier opéra a lieu le 24 octobre 1909 à Moscou, au théâtre Solodovnikov, mais le compositeur était mort le 21 juin 1908.

Rimski-Korsakov nous a laissé notamment une quinzaine d’opéras et une dizaine d’œuvres orchestrales. À l’occasion de cet anniversaire, de nombreux orchestres de par le monde ont inscrit à leur programme des extraits ou l’intégrale de Shéhérazade. Pour la première fois de son histoire, le Centre national des Arts, à Ottawa, inscrira l’intégrale de cette œuvre dans son programme, les 10 et 11 juin 2009.

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