Mon nom est Martin Francoeur

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C’est un des beaux débats de la langue française. Certains puristes pourraient tout de suite crier à l’hérésie en lisant le titre de cette chronique. C’est que, voyez-vous, plusieurs considèrent que l’expression «mon nom est…» est un anglicisme. Un calque de l’anglais «my name is…». Mais j’ose me ranger derrière ceux qui croient que cette expression est tout à fait correcte en français.

On a la dénonciation du calque assez facile par les temps qui courent. Comme si tout ce qui était littéralement traduit de l’anglais était à proscrire. Je suis d’accord sur le principe et aussi sur la plupart des exemples qui reviennent fréquemment dans la langue parlée. Mais qu’on me laisse dire mon nom en utilisant la formule toute simple: «mon nom est Martin Francoeur».

Quand on y pense, c’est tout de même étrange qu’on puisse légitimement, en français, poser la question «Quel est votre nom?» sans qu’on puisse toutefois – apparemment – y répondre en utilisant la formule «Mon nom est Monsieur X» ou «Mon nom est Madame Y».

Si je vous pose la question «Quel est votre numéro de téléphone?», vous pourriez en toute impunité me répondre «Mon numéro de téléphone est le 416-465-2107». Mais pour le nom, ce serait une autre histoire? Allons donc!

Le Colpron, un très bon dictionnaire des anglicismes, fait partie des ouvrages qui condamnent cet emploi. On suggère de le remplacer par «Je m’appelle…», «Je suis…», «Je me nomme…» ou encore, au téléphone, «Ici…».

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Mais que dit la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française? On mentionne d’abord que «la tournure mon nom est a longtemps été condamnée – et l’est encore bien souvent – parce qu’elle serait un calque de l’anglais my name is».

Mais c’est la suite qui est plus intéressante: «Cependant, nous considérons à présent que cette locution peut être employée sans réserve. La tournure est en effet correcte tant sur le plan de la forme que sur le plan du sens. De plus, elle appartient sans conteste au français depuis au moins le XIXe siècle.»

Les tenants de l’avalisation de l’expression «Mon nom est…» s’appuient sur de nombreux exemples dans la littérature française classique. Et des traducteurs de renom ont aussi opté pour cette tournure dans des œuvres traduites de l’anglais au français. Le dictionnaire intitulé Le Trésor de la langue française informatisé cite par exemple Victor Hugo, Alfred de Vigny et François Mauriac.

Les ouvrages qui tendent à proscrire l’usage de «mon nom est…» suggèrent de le remplacer par des formules comme «je m’appelle…», «je me nomme…» ou «je suis…».

Il me semble que s’il y a une formulation douteuse dans ces exemples, c’est justement le très vague «je suis…». Elle a le mérite de pouvoir répondre efficacement à la question «Qui êtes-vous?», mais certainement pas à la question «Quel est votre nom?». Et certains auteurs considèrent même que ce «je suis…» est lui aussi un calque de l’anglais…

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Décidément, toute cette question des calques donne lieu à une véritable chasse aux sorcières. Je me souviens que dans une chronique antérieure, j’avais dénoncé la condamnation de «bon matin», que beaucoup condamnent parce que, justement, il s’agit d’un calque.

Mais j’avais alors exprimé pourquoi, dans un contexte particulier, il est tout à fait approprié de saluer quelqu’un en lui souhaitant «bon matin», comme on peut le faire pour «bon après-midi», «bonne soirée», «bonne fin de journée» ou «bonne nuit», par exemple.

L’évolution d’une langue doit tenir compte de l’usage. Et lorsque les expressions condamnées sont non seulement bien présentes dans l’usage mais qu’elles sont aussi conformes pour ce qui est de leur sens et de leur forme, on doit assurément leur laisser la place qui leur revient dans la langue française.

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