Molière est de retour au Théâtre français de Toronto

Julian Doucet et Colombe Demers dans "George Dandin".

24 avril 2007 à 10h11

Le mari aveuglé par sa bêtise, l’épouse rusée, la servante astucieuse: cela vous dit sans doute quelque chose? Molière leur a fait prendre plusieurs identités – Sganarelle, Argan, Toinette – et a ausculté leurs travers avec génie laissant derrière lui une pléiade d’immortels, du Malade Imaginaire à L’Avare. Le Théâtre français de Toronto reste fidèle au célèbre auteur français et renoue avec ses personnages colorés en présentant du 18 avril au 5 mai, George Dandin.

Riche paysan sans éducation, George Dandin (Martin Albert) a acquis un titre de noblesse en mariant Angélique de Sotenville, fille de nobliaux désargentés.

Mais voilà, ce mariage arrangé par la famille pour se sauver des créanciers a peut-être fait de lui, George de la Dandinière, mais il ne lui a certainement pas acheté le bonheur. Angélique (Colombe Demers) le méprise et aime plutôt Clitandre (Julian Doucet), un gentilhomme qui ne recule devant rien pour entretenir l’idylle. Au hasard d’une rencontre avec Lubin (Dino Gonçalves), le serviteur étourdi de Clitandre, Dandin découvre que sa femme n’a d’angélique que le nom.

Il s’efforcera alors par tous les moyens d’exposer la tromperie au grand jour et de convaincre les parents de la belle que celle-ci est moins innocente qu’ils ne le croient. Mais voilà, Angélique et sa servante Claudine (Mélanie Beauchamp) sont rusées, Monsieur et Madame de Sotenville (Robert Godin et France Gauthier) sont crédules, et les stratagèmes de Dandin se retournent sans cesse contre lui.

Dans les farces de Molière, on en vient souvent à sympathiser avec la femme volage plutôt qu’avec le mari trompé, tant les travers de celui-ci sont importants.

Les choses ne sont pas si tranchées dans George Dandin. Molière questionne le sort des femmes de l’époque à travers le personnage d’Angélique et cela contribue à nous la rendre sympathique. En effet, lorsque confrontée par son mari, Angélique lui répond: «Pour moi que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n’être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés.»

Cependant, Angélique trompe et bafoue son mari avec tant d’ardeur qu’on finit par trouver que le pauvre bougre ne mérite pas pareil châtiment. La farce prend alors des accents dramatiques puisque Dandin n’arrive pas à obtenir justice et résolution.

Guillaume Bernardi assure ici la mise en scène de George Dandin et a choisi de rester fidèle à sa forme originale. Lorsque présentée à Versailles en 1668, la pièce était entrecoupée d’intermèdes musicaux composés par Lully.

Le metteur en scène a choisi de situer la pièce au Canada en 1789 et a fait appel au musicien Paul Chaput pour créer de nouveaux intermèdes musicaux et puiser dans le répertoire folklorique de l’Acadie. Les chansons interprétées tour à tour par Chaput et les comédiens ponctuent agréablement le texte de Molière qui, malgré tout, n’a pas le panache de ses autres oeuvres plus connues du public.

Bernardi signe une habile mise en scène truffée de chassés-croisés, jouant sur les accents pour illustrer les différences de classe. Il a su s’entourer d’une solide équipe de comédiens: si quelques ratées au niveau du texte étaient encore perceptibles lors de l’avant-première, la chimie entre les comédiens était cependant évidente et les personnages étaient, dans l’ensemble, bien campés.

Martin Albert, dans le rôle-titre, offre une performance bien sentie. Colombe Demers propose une Angélique décidée à être à tout prix maîtresse de sa destinée. Julian Doucet, un nouveau venu au TfT, campe un Clitandre sans scrupule et mielleux, flanqué de son serviteur interprété par Dino Gonçalves. Celui-ci fournit d’ailleurs, avec Mélanie Beauchamp, plusieurs moments comiques forts dans une pièce qui est parfois plus proche du drame que de la farce.

George Dandin de Molière, du 18 avril au 5 mai. Représentations surtitrées en anglais les 19, 21, 22 et 28 avril ainsi que le 5 mai au Berkeley Street Theatre Upstairs.

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