Mœurs sexuelles dans le Bas-Canada

Jean-Sébastien Marsan, Histoire populaire de l’amour au Québec, tome II, 1760-1860, essai, Montréal, Éditions Fides, 2020, 192 pages, 29,95 $.
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Au Québec, sous le Régime anglais, l’Église ne parviendra jamais à policer complètement les mœurs, à bannir le concubinage, la bigamie, l’adultère, la prostitution ou la simple attirance entre deux célibataires nullement pressés de se marier. Ce n’est pas parce qu’elle n’a pas essayé, explique Jean-Sébastien Marsan dans Histoire populaire de l’amour au Québec, tome II, 1760-1860.

Relâchement de la morale

Dès 1767, le premier évêque de Québec sous le Régime anglais déplore la prolifération de «vices autrefois si rares dans cette colonie» et un relâchement généralisé de la morale chrétienne.

Voici la liste des péchés sexuels graves qu’un curé doit signaler à son évêque jusqu’au milieu du XIXe siècle: inceste, sodomie, bestialité, adultère, pédophilie, relations hors mariage entre Blancs et Autochtones.

Fréquentations

On apprend que, après la Conquête, les nouveaux maîtres anglophones ont volontairement frayé avec l’élite francophone, et vice vera. L’écrivain Philippe Aubert de Gaspé épouse en 1811 Susanne Allison, fille d’un capitaine de l’infanterie britannique. Son père avait lui-même convolé avec une Canadienne (lire Canadienne française).

Le 18 novembre 1851, l’archevêque de Québec signe une lettre pastorale interdisant les danses en couple où les partenaires s’enlacent (galop, valse, polka, mazurka). Les danses en groupe (rondes, cotillons, quadrilles) sont tolérées, mais non approuvées, Nuance importante.

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Les hommes peuvent rendre visite à leurs dulcinées pendant les «bons soirs de fréquentation», soit le mardi, le jeudi, le samedi et parfois le dimanche. L’origine de cette coutume demeure inconnue, mais chose certaine, un chaperon doit veiller au grain.

Pot d’eau révélateur

Aux Îles-de-la-Madeleine, un jeune homme qui se déplace chez une jeune femme pour lui chanter la pomme doit vérifier la présence ou non d’un pot d’eau sur la table de cuisine.

«C’était le signe conventionnel indiquant que le garçon était agréé. Si la jeune fille ne mettait pas de pot d’eau sur la table, le garçon n’allait pas s’asseoir avec elle et ne devait point revenir», de noter l’ethnographe Anselme Chiasson.

L’Église refuse de célébrer un mariage le dimanche, les jours de fête religieuse, durant l’avent, de Noël à l’Épiphanie, et durant le carême. Il faut éviter, en somme de se marier en décembre, février, mars et avril.

Amour et devoir

Comme on peut s’y attendre, la sexualité dans le mariage n’est nullement associée au plaisir; elle se limite au «devoir conjugal». Ce que les Canadiens appellent «amour» prend la forme d’une amitié intime, basée sur la confiance et le respect mutuel.

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L’auteur signale que le harcèlement sexuel d’un maître ou d’un fils de la maison à l’endroit d’une domestique se produisait et plaçait cette dernière dans une situation embarrassante. Si elle refuse les avances, on la congédie probablement. Si elle cède, une réputation de «fille de mauvaise vie» lui colle à la peau. Si elle tombe enceinte, c’est le congédiement.

Familles de 20 enfants

S’il est vrai que le Bas-Canada a la réputation de familles nombreuses, les 10-15-20 enfants ne sont quand même pas la norme.

L’ouvrage nous apprend qu’on ne connaît nulle part ailleurs «la coutume voulant que le vingt-sixième enfant d’une même famille soit élevé à la charge du curé de la paroisse». Cas assez rare puisque la mortalité infantile en fauche plusieurs.

Enfin, on y lit que la branlette ou masturbation entraîne un affaiblissement de la vue, une diminution considérable de toutes les facultés, surtout la mémoire, l’épilepsie, la folie et le suicide. «C’est à se demander s’il existe une maladie que la masturbation ne provoque pas.»

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