Marc Ouellet aimait manger de l’orignal en famille

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à 15h30 HAE, le 10 mars 2013.

LA MOTTE, Que. – Un cardinal québécois perçu comme un favori à la papauté est également connu pour aimer manger de l’orignal en famille, piquer le dessert de l’assiette d’un frère ou d’une soeur et pour son plaisir à faire vrombir le moteur du tracteur de son oncle jusqu’à celui-ci ne brise.

Cependant, si le cardinal Marc Ouellet est élu pape, sa famille s’attend à ne plus jamais revivre de tels moments d’intimité.

«C’est certain que ça va être terminé, a affirmé son frère cadet Roch, dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne dans leur village natal de La Motte, en Abitibi. Nous sommes très francs dans la famille — nous préférons un vrai frère.»

Ça fait des décennies que le cardinal Ouellet ne vit plus dans ce village rural, situé à quelque 600 kilomètres au nord-ouest de Montréal. Mais il y effectue des séjours réguliers, habituellement deux fois par année, pour revoir ses frères et soeurs et sa mère, Graziella, âgée de 90 ans.

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Le cardinal de 68 ans, troisième d’une famille comptant six garçons et deux filles, détient maintenant l’une des fonctions les plus influentes au sein de l’Église catholique romaine. Il est responsable du processus international de nomination des évêques, et consulte régulièrement le pape.

Depuis que le nom du cardinal québécois a circulé en 2005, malgré les faibles probabilités, au moment du choix du successeur de Jean Paul II, sa famille sait qu’il pourrait être appelé à porter les traditionnelles chaussures rouges.

«Ça fait partie des risques — qu’un jour d’être sollicité pour devenir peut-être le chef de l’Église», concède Roch, 63 ans, alors qu’il était assis dans la vieille église de La Motte, bâtie avec l’aide du paternel et des deux grands-pères de la famille.

«Mais son chemin, sa voie, ça lui appartient. Et on la respecte au plus haut point.»

Cette route vers Rome a pris naissance à la ferme familiale à La Motte.

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Roch se souvient de son frère à bien des égards : comme d’un excellent étudiant, un pêcheur talentueux et un chasseur de perdrix, qui ne refusait jamais la viande d’orignal offerte par ceux qui réalisaient ces imposantes prises.

Il avait aussi un grand appétit, ajoute Roch, racontant que son frère mangeait le dessert directement des assiettes des autres si ceux-ci ne s’y attaquaient pas suffisamment vite.

Au travail, Marc avait tendance à être impatient parfois, un adolescent qui tentait d’en faire plus que ce qu’on lui demandait — et plus rapidement. Selon Roch, Marc brisait fréquemment des morceaux du tracteur de leur oncle, Wilfrid, parce qu’il poussait l’engin au maximum de ses capacités.

Marc est également l’enfant qui a failli mettre le feu à la grange.

Le bâtiment a pris feu lorsque Marc s’amusait avec des allumettes, selon Roch. L’incendie a été maîtrisé et la grange a pu être sauvée grâce à la rapide réaction d’un voisin alerte.

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«C’est un peu un geste innocent de jeunes qui ne pensent pas aux conséquences comme tel», a excusé Roch. «Ce n’était pas un ange», a-t-il toutefois affirmé, par ailleurs.

Mais si Marc n’a pas toujours été un ange, il a joué le rôle, un jour, d’ange-gardien, s’est rappelé Roch.

Marc et Roch pêchaient au lac La Motte, situé tout près, lorsqu’un violent orage a éclaté. Roch avait environ sept ans à l’époque et Marc devait être âgé de 13 ans.

Après un coup de tonnerre particulièrement bruyant, les frangins ont laissé tomber leur canne à pêche et ont chuté au sol. Roch se souvient que son frère aîné s’est rapidement relevé et a s’est dirigé vers la résidence familiale, amenant Roch avec lui.

«Il est resté en contrôle.»

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«Il avait probablement aussi peur que moi, mais j’ai senti que, là, j’avais un protecteur, quelqu’un sur qui je pouvais me fier.»

Au cours des dernières semaines, alors qu’il se trouve à des milliers de kilomètres, à Rome, Marc est devenu le protecteur d’une autre personne qui lui est chère : sa mère.

Le mois dernier, peu de temps après l’annonce de la démission du pape Benoît XVI, il a envoyé un message à sa famille à La Motte.

Il leur a demandé de penser, avant toute chose, au bien-être de leur mère durant une période qui, anticipait-il, se transformerait en tourbillon médiatique.

«Il nous a dit : ‘Soyez polis, soyez vigilants, et l’essentiel est de protéger notre mère. N’ouvrez pas la maison à tout le monde..», a relaté Roch en parlant de Marc, qui a eu de la difficulté, dans le passé, à contenir ses émotions lorsqu’il a eu à parler de sa mère à des journalistes.

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L’amour du cardinal pour sa famille a par ailleurs été mis à rude épreuve au cours des dernières années.

Son frère Paul Ouellet a été reconnu coupable, il y a quelques années, de deux accusations à caractère sexuel, impliquant deux adolescentes, des incidents survenus durant les années 80.

Marc, qui était l’archevêque de Québec à l’époque, a refusé de commenter sur le dossier impliquant son frère cadet, qui a acheté des pages publicitaires dans des journaux pour donner sa version des événements.

Mais selon Roch, Marc et Paul se parlent régulièrement.

«Ce sont deux frères qui se parlent beaucoup. Ils se sont toujours parlés, ils ne se sont jamais perdus de vue», souligne Roch, tout en ajoutant que la famille affiche le même degré d’affection pour tous les membres du noyau familial. «L’amour fraternel a été pas mal plus fort que toutes les histoires qui sont autour et, que de toute façon, les gens ne connaissent pas.»

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La Motte se prépare à des bouleversements

La municipalité n’a aucune chambre d’hôtel et l’édifice qui ressemble le plus à un restaurant est en fait un dépanneur, situé le long d’une piste régionale de motoneige, où l’on vend des croustilles et du chocolat.

Le paisible village natal d’un aspirant québécois à la papauté se prépare à l’éventualité que cet homme devienne, en fait, le prochain pape.

À La Motte, où est né le cardinal Marc Ouellet, la possibilité que celui-ci succède à Benoît XVI est reçue avec emballement et souci, à la fois.

Si La Motte devait devenir «le village où est né le pape», plusieurs de ses quelque 400 citoyens craignent perdre la tranquillité qui les y a amenés ou qui les a incités à y demeurer.

D’autres, cependant, sont prêts à dérouler une sorte de tapis rouge pour y accueillir l’afflux de touristes — et leur portefeuille.

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Les propriétaires du dépanneur imaginaient déjà toutes sortes de scénarios et ce bien avant le conclave, qui s’amorcera mardi à Rome.

Les yeux de Line Breault se sont illuminés lorsqu’elle a commencé à parler de la possibilité que le cardinal Ouellet devienne le prochain pape, un scénario qui générerait un sentiment de fierté dans tout le village, assure-t-elle. Elle pense que le village en soutirerait d’intéressants bénéfices sur le plan financier.

«Vu que nous sommes rendus à un certain âge, peut-être trouverons-nous un acheteur et que nous pourrons prendre notre retraite», de lancer Mme Breault, qui gère l’Épicerie Chez Flo avec son mari, Florian.

Une cliente régulière de l’Épicerie Chez Flo est emballée à l’idée que le cardinal Ouellet soit élu pape, pour au moins deux raisons.

D’abord, Nathalie Savard est la petite-cousine du cardinal Ouellet. Deuxièmement, elle croit, elle aussi, que son ascension à la papauté générerait d’importantes répercussions financières pour La Motte.

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«Ce serait un plus pour La Motte, câline!», a-t-elle lancé, pendant que Mme Breault mesurait le poisson que Mme Savard avait pêché lors d’une compétition locale.

«Ça amènerait de l’action, ça amènerait des touristes et ça développerait La Motte parce que ça stagne. Ça stagne depuis plusieurs années. C’est comme ça partout en Abitibi.»

Le village, situé à quelque 600 kilomètres au nord-ouest de Montréal, a noté une hausse des visiteurs au cours des dernières semaines, en raison de la présence de journalistes d’une dizaine de médias différents.

Le côté paisible du village est ressenti jusqu’à l’église locale, où le cardinal Ouellet a été baptisé et ordonné prêtre.

L’église Saint-Luc, bâtie avec l’aide du père et des grands-pères du cardinal Ouellet, est devenue un centre communautaire.

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La municipalité de La Motte a acheté l’église, pour un montant symbolique de 1$, de la Fabrique, qui ne pouvait plus assumer l’entretien de l’édifice, au moment où la paroisse était aux prises avec un déclin de l’assistance aux messes dominicales.

Une messe y a lieu tous les deux dimanches.

Mais l’élection du cardinal Ouellet à la papauté pourrait transformer l’édifice, vieux de 75 ans, en véritable vache à lait locale.

Selon certains projets, La Motte pourrait imposer des frais d’entrée dans le centre communautaire et y vendre des souvenirs, note le maire René Martineau.

«Tout est sur la table, tout est possible», se limite-t-il à dire. Le village a d’ailleurs commencé à échafauder des plans d’affaires avec l’Association régionale de tourisme.

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«Tout le monde est fier de voir qu’un Lamottois de naissance pourrait devenir pape. Il n’y a pas beaucoup de pape au monde; il y en a un seul!»

M. Martineau a aussi fait remarquer qu’un circuit religieux et culturel de la région de l’Abitibi pourrait voir le jour et accueillir des touristes à La Motte et dans les villes avoisinantes. Si les visiteurs ne pourraient se loger à La Motte, M. Martineau assure qu’il prendrait les moyens pour que son village en soutire des bénéfices économiques.

D’autres projets font état d’un geste visant à honorer le cardinal Ouellet à La Motte. La maison de son enfance n’existe plus et son ancienne église ne recèle aucune photo de l’aspirant pape.

Mais parmi toute cette frénésie, il existe des appréhensions.

Le maire veut s’assurer que la ville pourra faire face à la réalité de la vie «post-papale». Plusieurs citoyens craignent de voir un trafic sans précédent dans leur village, advenant l’élection du cardinal Ouellet.

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Lorsqu’un citoyen local est catapulté à la fonction de pape, les répercussions peuvent y être puissantes.

Les villes natales des deux derniers papes — Wadowice, en Pologne, et Marktl, en Allemagne — auraient accueilli entre 100 000 et 500 000 visiteurs par année, selon des rapports de médias et d’agences de tourisme.

Selon un récent article du quotidien La Presse, les visiteurs à Wadowice, la ville d’origine de Jean-Paul II, étaient beaucoup plus nombreux que ceux qui se rendaient dans la ville natale de Benoît XVI.

C’est difficile de croire que La Motte pourrait approcher une telle affluence.

Wadowice compte une population de 19 000 résidants et est située à environ 50 kilomètres de deux destinations populaires : Cracovie, deuxième plus grande ville du pays, et Auschwitz, célèbre pour son fameux camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

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La ville de Marktl abrite à peine 2700 citoyens, mais elle se trouve à moins de deux heures de train de Munich.

Néanmoins, une fraction de cette affluence pourrait transformer la vie à La Motte. Le village est beaucoup plus isolé des grands centres urbains, et les autorités ne savent pas à quoi s’attendre si le cardinal Ouellet était élu.

«L’inconnu nous inquiète», reconnaît M. Martineau. «Nous gérons ça une journée à la fois, avec optimisme.»

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