Majesté, politesse et modestie


22 mars 2011 à 14h45

Une des premières notions que l’on nous enseigne, lorsqu’on apprend la conjugaison, c’est celle des pronoms personnels. Ils sont singuliers ou pluriels. Mais comme rien n’est simple en français, il arrive que des pronoms personnels exprimant un pluriel entraînent des accords au singulier.

Les pronoms «nous» et «vous» expriment respectivement la première et la deuxième personne du pluriel. Le «nous» fait référence à un groupe de personnes dont le locuteur fait partie. Le «vous» s’emploie pour faire allusion à un groupe de personnes dont l’interlocuteur ne fait pas partie. C’est la règle générale.

Mais il arrive que le pronom «vous» soit employé au singulier, essentiellement lorsque l’on s’adresse à quelqu’un avec politesse ou avec déférence. On peut s’adresser à une personne âgée, à un patron, à un curé, à un médecin, à un juge ou même à un inconnu en utilisant le «vous» de politesse.

Les accords qui découlent de cette conjugaison doivent toutefois suivre la logique du singulier dans ce cas. Un homme qui rencontre une femme pour la première fois pourra lui dire: «Vous êtes élégante» ou «Vous êtes belle, madame». Il serait évidemment erroné d’accorder «élégante» et «belle» au pluriel, même si de prime abord, ces adjectifs sont précédés d’un verbe conjugué à la deuxième personne du pluriel.

La plupart des grammaires qui consacrent quelques lignes au pluriel de politesse mentionnent aussi que le pronom «vous-même» suit aussi cette logique. On écrira donc: «Vous m’avez dit vous-même que vous seriez honoré d’assister à cette cérémonie.» Notons que le mot «honoré» demeure au singulier, tout comme le pronom réfléchi «vous-même», alors que l’usage courant est de mettre un «s» à «mêmes».

Le pronom «nous» entraîne aussi son lot de particularités. Outre la règle générale qui prévoit un accord évident au pluriel, on peut retrouver des formes au singulier. D’abord dans le cas du «nous» de majesté.

On dit que ce «pluriel de majesté» est employé dans les discours officiels par des personnes détenant l’autorité, comme des monarques, des évêques ou des personnalités politiques.

L’exemple que donne le logiciel Antidote est éloquent: «Nous sommes fier de remettre aujourd’hui la croix de la Légion d’honneur à un homme exemplaire qui a servi son pays avec un dévouement constant.» On remarquera évidemment l’accord de «fier» au singulier, puisqu’on suppose que la personne qui parle – et qui remet la distinction – est une figure d’autorité. Si l’ex-gouverneure générale Michaëlle Jean avait eu à prononcer un tel discours, on aurait alors pu accorder «fier» au féminin, pour donner «Nous sommes fière…».

Mais ce n’est pas là la seule surprise que nous réserve l’emploi du pronom «nous». On le retrouve aussi avec un accord au singulier dans la formule que l’on appelle le «pluriel de modestie» ou le «pluriel d’humilité».

Celui-ci est employé quand l’auteur d’un ouvrage – ou particulièrement d’un travail académique ou d’une thèse – parle de lui-même. On dit que le pluriel de modestie constitue généralement la norme dans les ouvrages de nature scientifique, dans les essais universitaires ou dans certains documents juridiques, où il permet l’expression d’une plus grande objectivité.

Une étudiante au doctorat qui soumet une thèse pourra ainsi écrire: «Nous avons été étonnée de constater qu’un faible pourcentage de répondants ont indiqué avoir vécu une expérience traumatisante.» Dans ce cas, l’accord au féminin singulier indique que le document a été rédigé par une femme seule, même si le «nous» pourrait nous laisser croire le contraire.

De la même façon que le pronom «vous-même», on laissera alors «nous-même» au singulier lorsqu’on l’emploie dans un contexte «de modestie».

Au fond, on peut dire qu’il convient de se demander qui se cache derrière ces pronoms «nous» et «vous» pour faire suivre les accords, un peu comme on le fait parfois avec «on» pour l’accorder au pluriel lorsqu’on l’apparente à un «nous». L’usage tolère maintenant qu’on accorde les participes et les attributs au pluriel lorsque le «on» fait référence à un groupe dont l’auteur fait partie: «On est allés à Montréal…», par exemple. Ce n’est plus toujours vrai de conclure que «on» exclut la personne qui parle. Mais on a tellement entendu cette règle caduque qu’elle est encore bien répandue.

Voyez, il n’y a jamais rien de simple avec la langue française, même dans ses éléments les plus fondamentaux comme les pronoms de conjugaison. Nous sommes convaincus que le présent texte permettra de le confirmer.

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