L’univers métissé de Mélissa Laveaux

En concert avec Lisa LeBlanc au mini-festival franco du Canadian Stage

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Deux chanteuses et musiciennes exceptionnelles viendront fouler les planches du théâtre de la rue Berkeley les 17, 18 et 19 mars dans le cadre du tout premier mini-festival francophone du Canadian Stage coïncidant avec la Semaine de la Francophonie à Toronto.

La première s’appelle Lisa LeBlanc, l’artiste néo-brunswickoise au magnétisme scénique, apparue sur la scène musicale québécoise en 2010 avec sa chanson Aujourd’hui ma vie, c’est d’la marde, et qui depuis, a atteint des sommets inégalés, ici comme ailleurs.

La deuxième se nomme Mélissa Laveaux, une auteure-compositrice interprète et guitariste montréalaise de parents haïtiens, qui a séduit l’Europe et le Japon avec ses chansons et ses musiques métissées, et qui est encore méconnue chez nous. Pourtant c’est chez nous en Ontario que sa carrière musicale a débuté.

Musicienne autodidacte

Mélissa a grandi à Ottawa sans rien abandonner de sa culture d’origine, créole et francophone. Elle a 13 ans lorsque son père, guitariste à ses heures, lui offre une guitare acoustique.

C’est à partir de ce moment que sa culture musicale va s’élargir considérablement grâce, entre autres, à internet, un espace ouvert sur le monde qu’elle explore assidûment, découvrant autant le trip-hop de Martina Topley-Bird, que les douces musiques créoles de Martha Jean-Claude, en passant par la musique brésilienne alternative d’Adriana Calcanhotto, ou la nu-soul du groupe The Roots.

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Elle se passionne aussi pour les grandes voix de la chanson afro-américaines – Nina Simone, Billie Holiday, et du monde – Lhasa, Cesária Évora, Bjork ou encore Rokia Traoré.

C’est en autodidacte que Mélissa se lance dans l’étude des différents styles musicaux pour déchiffrer les partitions, développer son oreille et parfaire la composition de ses propres chansons qu’elle écrit en français, en anglais et en créole.

Tout en poursuivant ses études en Éthique et Société à l’université d’Ottawa, elle participe à des soirées à micro ouvert, fréquente le bar des diplômés de l’Ud’O, où elle croise les membres du Soul Jazz Orchestra, Mika Vember, John Carroll, ou encore Birdy White.

Elle s’engage aussi dans la vie associative de l’université en s’impliquant dans un centre d’écoute pour femmes agressées sexuellement, et anime une émission musicale à la radio universitaire (CHUO).

Jointe à Paris pour L’Express, Mélissa se souvient encore de cette époque, où elle s’imbibait de musique. «Lorsque j’étais étudiante», raconte-t-elle, «j’avais une émission intitulée Hathor & à travers. C’est un jeu de mots, Hathor étant la déesse égyptienne du vin et de la musique. Ce fut une expérience formidable parce que la radio de l’université d’Ottawa est une radio entièrement bilingue sur laquelle je faisais jouer beaucoup de musiques du monde.»

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«J’ai toujours eu un grand intérêt pour la musique. Mon père a été une source d’inspiration, la musique créole d’Haïti, la lecture, l’internet aussi, où j’ai exploré différents univers musicaux… Bien que la musique prenait de plus en plus de place, il fallait que je termine mon bac: c’était important pour mes parents, et pour moi d’avoir un diplôme comme plan B.»

De Myspace à Paris

C’est en 2006, à l’âge de 21 ans, que Mélissa Laveaux autoproduit Camphor & Copper, un premier album métissé, nourri d’influences multiples qu’elle diffuse sur Myspace.

Très vite en 2007, elle est repérée par le label français No Format qui la prend sous contrat, l’invitant à s’installer à Paris pour poursuivre sa carrière de musicienne. La même année, Melissa obtient la bourse Lagardère Jeunes Talents (France).

Grâce à cette bourse et au soutien du label français, une version professionnelle de Camphor & Copper aboutit l’année suivante.

Débute alors les tournées en Europe, au Canada et au Japon, et des prestations à de nombreux festivals:– Jazz de Montréal (2007), Festival du Bout du Monde (2008), Printemps de Bourges (2009). Depuis 2010, elle se produit en formation rock avec ses musiciens Gautier Vizioz (guitare électrique), Élise Blanchard (guitare basse), Nicolas Liesnard (claviers), Anne Paceo (batterie).

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Avec le recul, elle parle avec enthousiasme de ce coup du destin, mais avoue que la rupture n’a pas été facile. «En France, on me proposait une carrière musicale et j’étais soutenue pour développer mon premier album, mais il y a eu le déchirement du départ du Canada, la souffrance de l’exil, j’ai vécu des moments éprouvants… et culturellement, il m’a fallu trois à quatre ans pour m’adapter à cette nouvelle vie.»

«Mes parents, ma famille me manquaient, ils sont tous venus à mon premier concert à Paris, et c’est là que j’ai réalisé que j’avais les pieds en Europe et que mon cœur était toujours au Canada. Mais aujourd’hui, je suis bien, je suis mariée, ma vie est ici, ma carrière aussi… En ce moment j’ai un projet de disque et de concert à l’automne avec un big band, on sera onze musiciens sur scène. Ce sera génial!»

La renaissance

Mélissa Laveaux a conçu un deuxième album aux rythmes pop en 2013, Dying Is A Wild Night, depuis plébiscité par le public et la critique. Le titre est tiré d’un vers de la poétesse américaine Emily Dickinson et évoque une renaissance, nous confie la musicienne.

«Un jour j’ai appris que les homards grandissent dans leurs coquilles et lorsqu’ils atteignent la maturité, la coquille devient trop étroite, ils doivent alors sortir de la coquille et trouver une autre carapace, dans laquelle ils seront plus à l’aise, plus confortables. C’est une analogie à ce que j’ai vécu en m’installant à Paris… Je pense qu’il faut vivre dans l’inconfort pour grandir, pour évoluer et finalement se trouver, se sentir bien.»

Quant à l’écriture, tout ce que compose ou écrit Mélissa s’inspire d’expériences vécues, de découvertes, de rencontres. «Je m’inspire de la littérature, des films, de la poésie, de la vie, des histoires humaines. J’aime quand les gens me racontent des histoires, cela évoque des souvenirs, ouvre la voie de l’ailleurs… J’essaie d’écrire comme les auteurs en évoquant des émotions ressenties personnellement, lors de rencontres ou d’expériences, mais pour écrire il faut que je sois en mouvement, dans un train, un TGV ou dans un avion, c’est là où je ressens le plus d’émotions.»

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Avec cette voix particulière au timbre parfois éraillé regorgeant de soul et son jeu de guitare au doigté agile, aborder les chansons de cette artiste, c’est pénétrer dans un univers métissé, poétique et sensible d’une rare singularité. Un univers fait de mots et d’harmonies, de guitares et de percussions, de rythmes et de cadences, de folk et de blues, de musique antillaise et du monde…

Au Berkeley Street Theatre, Mélissa Laveaux sera accompagnée de son guitariste en première partie de Lisa LeBlanc. Ce mini-festival franco du Canadian Stage a été concocté par le directeur artistique Matthew Jocelyn, qui a eu la fabuleuse idée de réunir ces deux femmes extraordinaires.

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