Louis-Jean Calvet a inventé un baromètre des langues

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«C’est un instrument d’observation des rapports entre les langues et de l’évolution des situations» expliquait Louis-Jean Calvet, professeur à l’Université de Provence, spécialiste de sociolinguistique, à propos de son baromètre des langues qu’il présentait mercredi dernier à l’Alliance française de Toronto.

La salle de l’Alliance française était pleine à craquer pour cet événement qui a visiblement suscité beaucoup d’intérêt, ce qui n’est pas étonnant pour une ville qui compte autant de polyglottes.

Louis-Jean Calvet, qui a enseigné dans plusieurs universités de par le monde, est venu évoquer le poids des langues à l’heure de la mondialisation et l’outil qu’il a mis au point avec son frère Alain Calvet, pour déterminer l’importance relative d’une langue.

Après avoir donnés quelques faits sur les langues au travers le monde, il a démontré que leur poids a toujours varié dans l’histoire.

Si, comme il le rappelle, le latin, le grec, l’arabe étaient les langues prisées au XVIe siècle, aujourd’hui d’autres langues, considérées comme peu importantes à l’époque, ont pris la relève.

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Une étude qu’il a menée à Rio de Janeiro, en 2007, a montré que les parents voudraient voir leurs enfants apprendre l’anglais à 80%, l’espagnol à 30% et le français à 25%.

«Il est même étonnant de voir le français, qui est hors champ, arriver à cette place» note le sociolinguiste, qui explique que si l’on menait la même étude dans tous les pays, les résultats seraient à peu près similaires.

La question que l’on se pose alors est de savoir quels sont les facteurs qui contribuent à la mise en avant de certaines langues, et comment des langues autrefois considérées comme peu importantes sont arrivées au-devant de la scène.

Les facteurs qui donnent du poids aux langues

Pour tenter de mesurer cette évolution, ce degré d’importance, Calvet a mis en place un baromètre des langues du monde à partir du traitement statistique de 10 facteurs, à savoir le nombre de locuteurs, l’entropie (qui mesure le degré de dispersion d’une langue), l’indice de développement humain, le taux de fécondité, le taux de pénétration d’Internet, le nombre d’articles dans Wikipédia, les langues officielles, le nombre de prix Nobel de littérature, le nombre de traductions langue source et le nombre de traductions langue cible.

Le baromètre, qui permet d’effectuer des calculs en fonctions de ces facteurs, est accessible en ligne sur
www.portalingua.info/fr/poids-des-langues.
Selon le type de facteur sélectionné, on arrivera à un classement différent pour l’ordre d’importance des langues. Le conférencier précise que toutes les données qui servent à effectuer les calculs sont mises à jour chaque année.

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Applications possibles du baromètre

Si l’on parle souvent de l’importance d’une langue en terme de nombre de locuteurs, Calvet démontre que ce n’est pas forcément le facteur le plus important.

Si l’on enlève ce facteur, certaines langues bien placées, comme le mandarin qui est en tête si l’on ne prend en compte que ce facteur, voient leur position dégringoler dans le classement et d’autres facteurs, comme la pénétration d’Internet, peuvent permettre à des langues peu parlées comme le suédois, d’arriver en tête du classement.

Les facteurs inclus dans ce baromètre peuvent donc être sélectionnés pour aider au choix de langue selon le type de projet que l’on a. Un exemple cité par Louis-Jean Calvet est celui d’une entreprise développant un logiciel. Pour savoir quelles langues utiliser en priorité, il suffirait de choisir les facteurs pertinents pour ce type de projet. Dans ce cas, il s’agit du nombre de locuteurs, du nombre d’articles sur Wikipedia et de la pénétration d’Internet.

En sélectionnant ces facteurs et en lançant le calcul, on arrive à l’anglais en première position suivi du mandarin et du japonais.

Un autre exemple: celui d’une radio qui devrait choisir en quelle langue émettre pour avoir le plus d’auditeurs possible.

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Dans ce cas, les facteurs pertinents seraient le nombre de locuteurs, les langues officielles et l’entropie (mesurant la dispersion d’une langue).

Avec ces facteurs, on arrive à un classement totalement différent, à savoir l’espagnol en première position, suivi de l’anglais, de l’arabe et du mandarin.

Quelques faits

Environ 7000 langues sont parlées dans le monde, seules 200 sont écrites. Les langues sont assez inégalement réparties, avec 30% des langues parlées en Afrique, 33 % en Asie et seulement 3% en Europe.

«Peu de langues sont parlées en Europe, car ce sont là où se trouvent les États les plus anciens qui ont mené des politiques de centralisation linguistique. La France en est le parfait exemple», explique Louis-Jean Calvet.

0,2 % des langues sont parlées par 44,3 % de la population mondiale, 1,2% des langues sont parlées par 38% de la population et 95% des langues sont parlées par 5 % de la population.

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Si beaucoup de facteurs ne sont pas maîtrisables, il y en a certains sur lesquels les États peuvent intervenir comme la pénétration Internet qui peut augmenter si l’on mène une politique d’accès au matériel informatique ou le nombre de traductions, qui peut augmenter si un gouvernement alloue des aides.

Le nombre d’articles sur Wikipedia est parfois utilisé par des gens qui militent pour une langue et qui ajoutent des articles pour augmenter la pénétration Internet de la langue.

Bien que des langues disparaissent tous les jours, d’autres, qui évoluent séparément, donnent naissance petit à petit à de nouvelles langues.

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