L’odyssée cinématographique de Stanley Kubrick

Exposition et rétrospective au TIFF

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On dit de Stanley Kubrick qu’il est l’un des rares démiurges de l’histoire du cinéma du XXe siècle, non seulement parce qu’il a vécu l’histoire de son siècle totalement – né en 1928 (New York) et mort en 1999 – mais aussi et surtout parce qu’il a été un cinéaste-artiste visuel entier, capable de décrire puissamment les états limites de l’homme et de la conscience.

Disparu il y a 15 ans, dans son manoir de Childwickbury, au nord de Londres, il a laissé derrière lui un héritage cinématographique fabuleux: 13 grands chefs-d’œuvre du cinéma, dont quatre sont classés dans le top-100 de l’American Film Institute.

Pour rendre hommage à cet immense créateur, le TIFF Bell Lightbox lui consacre une grande rétrospective, accompagnée d’une exposition d’envergure, qui fut créée initialement par le Deutsches Filmmuseum à Francfort en 2004, en collaboration avec Christiane (Harlan) Kubrick, actrice, chanteuse et peintre d’origine allemande, veuve du cinéaste.

Celle-ci a signé certaines peintures et sculptures des décors des films (Orange mécanique et Eyes Wide Shut).

Jan Harlan, le beau-frère de Kubrick, qui, à partir de Barry Lyndon en 1975, devient le producteur exécutif de tous ses films, collabore lui aussi au projet.

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Destinée à voyager à travers le monde, l’exposition Stanley Kubrick a déjà fait escale à Berlin, Rome, Paris, Zurich, Los Angeles, Sao Paulo et Cracovie. Elle ouvre enfin ses portes au public torontois dès vendredi le 31 octobre… à temps pour célébrer son 10e anniversaire!

Étendue sur deux étages, soit le rez-de-chaussée et le quatrième étage du TIFF Bell Lightbox, l’exposition, qui compte plus de 1000 pièces issues des fonds d’archives de Kubrick et du Filmmuseum de Francfort, propose d’explorer de manière unique le travail de ce Maître du 7e Art, qui dès le début de sa carrière s’est démarqué des styles hollywoodiens dominants, privilégiant la recherche de la singularité et de la nouveauté.

Le cinéaste qui pense

C’est avec Jesse Wente, chef de la programmation des films au TIFF Bell Lightbox, un grand expert de l’œuvre de Kubrick, que la directrice des expositions du TIFF, Laurel MacMillan, a conçu la trajectoire que nous allons emprunter sur toute la surface du rez-de-chaussée, pour rentrer véritablement dans le cinéma kubrickien.

Elle précise: «Nous travaillons depuis un an sur le concept de cette grande exposition et nous voulions que le visiteur puisse découvrir les deux facettes de Kubrick: d’une part le créateur d’images, de l’autre le cinéaste qui pense et cherche à faire penser.»

«Nous avons donc construit une douzaine de salles audiovisuelles, sorte de petit musée, qui restituent l’atmosphère et les thèmes de chaque film, et ce, de manière chronologique. Ce sera pour le visiteur une très belle expérience qui lui permettra de porter un regard plus intime sur l’œuvre de ce grand cinéaste.»

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Dans la première salle nous avons réuni ses premières productions: Day of the Fight (1951), petit documentaire de 28 minutes sur la boxe, qu’il a lui-même financé et qui a lancé sa carrière de réalisateur; Fear and Desire, son premier long-métrage sorti en 1953, dans lequel on retrouve les caractéristiques fondamentales de son œuvre à venir, Killer’s Kiss, son deuxième long-métrage (1955) et The Killing (1956).

De 1957 à 1999, les films de Kubrick auront chacun leur salle afin que le processus créatif de chaque production, tant dans le domaine technique que narratif, puisse être largement exploré par le visiteur, pour montrer la richesse des films de Stanley Kubrick, leur diversité, leur ingéniosité et les différentes thématiques de son œuvre.

Expérience audiovisuelle

Nous aurons ainsi la chance inouïe de vivre une expérience audiovisuelle hors du commun, en plongeant à nouveau dans Paths of Glory (1957), Spartacus (1960), Lolita (1962), Doctor Strangelove (1964), 2001- A Space Odyssey (1968), A Clockwork Orange (1971), Barry Lyndon (1975), The Shining (1980), Full Metal Jacket (1987) et Eyes Wide Shut (1999), le dernier long-métrage de Kubrick, mettant en vedette Tom Cruise et Nicole Kidman.

Au bout de ce trajet, nous attend une dernière salle, nommée «Échec et mat», pour rappeler l’une des grandes passions de Kubrick – le jeu d’échecs – que son père lui enseigne dès l’âge douze ans. Il ne perdra jamais cette passion.

Cette dernière escale vise à nous montrer les principes similaires et les codes récurrents dans l’œuvre filmographique de ce réalisateur autodidacte, hors-norme.

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L’individu dominé

Car si Kubrick s’est attaqué avec inventivité à tous les genres cinématographiques (comédie, drame, thriller, guerre, science-fiction, horreur…), les spécialistes s’entendent tous pour dire que cette diversité ne saurait cacher le projet politique, voire anthropologique, qui trace le fil de son œuvre: celui de la mise en évidence d’une domination sur l’individu, qu’elle soit d’ordre cosmique, politique, social ou culturel.

Artiste perfectionniste, qui ne laissait rien au hasard: travelling de caméra, lumière, espace, mise en scène, décor, accessoires, écriture (avec toujours à la base du scénario l’adaptation très personnelle d’un livre et des recherches approfondies), Kubrick a créé des films qui s’imposent aujourd’hui comme des classiques du cinéma.

Toutefois, il est important de rappeler que ses œuvres cinématographiques ont souvent divisé la critique et soulevé la controverse, mais son cinéma attirait les foules et inspirait ses confrères, et le public du monde entier continu d’être fasciné par son œuvre singulière.

Photojournaliste

C’est au 4e étage du Bell Lightbox que l’on découvrira Stanley Kubrick le photographe, sa carrière visuelle ayant commencé par la photographie. Il fera d’ailleurs du photojournalisme avant de réaliser des films, notamment pour le magazine Look, à New York, durant cinq ans.

C’est lors d’un reportage au cours duquel il suit pendant 24 heures un boxeur, Walter Cartier, qui donne envie à Stanley Kubrick de passer au cinéma.

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On pourra ainsi voir des dizaines de photographies inédites, ainsi que des toiles réalisées par son épouse Christiane. Seront également étalées caméras et lentilles du cinéaste, qui a été jusqu’à créer des appareils de prises de vues et d’objectifs révolutionnaires, élargissant le champ des techniques cinématographiques.

Et pour s›enfoncer davantage dans le cerveau du créateur, on pourra consulter les archives et documents personnels du réalisateur: les scénarios, les plans de tournage, les illustrations (il concevait ses films de l’écriture jusqu’au montage et veillait à tous les aspects de la production), et même des documents sur des projets avancés, mais avortés, tel le film sur Napoléon Bonaparte, abandonné en 1969 pour des raisons financières, mais dont les recherches serviront pour Barry Lyndon.

Et un autre sur la Shoah qui devait s’intituler Aryan Papers, si Schindler’s List de Steven Spielberg n’avait pas été prévu pour la même année…

Ainsi que le dernier projet Artificial Intelligence, que Spielberg mettra en scène.

Conversations

L’exposition Kubrick est doublée d’une rétrospective de tous ses films. Avant la projection de certains de ces chefs-d’œuvre, nous aurons droit à des introductions spéciales par des invités de marque, amis du cinéaste, férus du cinéma kubrickien.

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Parmi eux, Jesse Wente et Laurel MacMillan (du TIFF), mais aussi l’illustre Michel Ciment, historien français, spécialiste du cinéma, auteur de livres sur Kubrick et confident de trente ans du réalisateur. Il viendra présenter deux films: A Clockwork Orange le 8 novembre à 21h et Paths of Glory le 9 novembre, à 19h.

Douglas Trumbull, le grand réalisateur, producteur et scénariste américain, l’un des pionniers des effets spéciaux visuels, viendra présenter 2001 le 7 novembre à 19 heures. Puis le lendemain, dans le cadre de la série «In Conversation With» du TIFF, Douglas Trumbull nous parlera de sa carrière, de l’avenir du cinéma et dévoilera son tout nouveau court-métrage UFOTOG.

Le 15 novembre à 12h est invité cette fois, l’historien américain Jan-Christopher Horak, directeur de l’UCLA Film & Television Archive. Il présentera Spartacus.

Plus tard le 1er décembre, ce sera au tour de l’acteur, scénariste et réalisateur britannique, Alan Cumming, de venir nous raconter son expérience aux côtés de Kubrick. Il introduira également en soirée, à 21h15, le film Eyes Wide Shut. Enfin le 12 décembre, ce sera au tour du critique torontois Adam Nayman de venir présenter Full Metal Jacket (1987).

Halloween

Le 31 octobre, jour de l’ouverture de l’exposition et pour souligner l’Halloween, Jan Harlan présentera une version rarement projetée de The Shining qui élimine 25 minutes de scènes, rendant le film encore plus énigmatique.

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Samedi 1er novembre à 14h, Gary Lockwood et Keir Dullea, les stars de 2001, partageront leurs expériences sur cette production légendaire avant la projection du film en 70mm, une version créée par TIFF et Warner Bros.

Jan Harlan reviendra avec sa sœur Christiane (Harlan) Kubrick pour discuter de l’œuvre ultime du grand maître, Eyes Wide Shut, le samedi 1er novembre à 19h30.

De conclure Jesse Wente: «Le cinéma de Kubrick nous force à réfléchir sur qui nous sommes… Son œuvre reste l’une des contributions les plus importantes au cinéma mondial. Cette grande rétrospective offrira de nouvelles perspectives sur ce véritable génie du cinéma et introduira une nouvelle génération de spectateurs à la puissance de ses films.»

Renseignements

Stanley Kubrick: A Cinematic Odyssey du 31 octobre au 25 janvier 2015

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