L’incorporation citoyenne des membres des minorités ethniques francophones

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L’Express vous propose à partir de cette semaine une série de trois articles de Mohammed Brihmi sur l’intégration des minorités ethniques à la communauté franco-ontarienne. Cette série est un découpage d’une présentation que l’auteur a fait lors du colloque de l’Institut franco-ontarien pour célébrer le 20e anniversaire de l’entrée en vigueur de la Loi 8 (Loi sur les services en français de l’Ontario), la charte et l’avenir qui a eu lieu à l’Université Laurentienne.

Ces articles se veulent une réflexion sereine pour avancer la compréhension et le débat sur les défis que rencontrent les francophones membres des minorités ethniques, en particulier, et la francophonie ontarienne d’une façon générale. Ils sont basés, en grande partie, sur des expériences professionnelles et le vécu personnel de l’auteur. Également, ils s’appuient sur plusieurs études et recherches portant sur le sujet et sur une implication de plus de vingt ans au sein des organismes et des institutions de la minorité linguistique franco-ontarienne et des minorités ethniques francophones.

Il existe un consensus qui reconnaît que la francophonie ontarienne, comme c’est le cas pour l’ensemble de la population de l’Ontario et du Canada, s’enrichit de l’immense contribution de la diversité ethnique, culturelle et religieuse de sa communauté.

Il n’en demeure pas moins que le racisme, l’exclusion et les barrières qu’affrontent un grand nombre des personnes appartenant aux minorités ethniques francophones constituent une entrave à leur réussite et un obstacle à l’exercice d’une citoyenneté et d’une incorporation citoyenne pleine, démocratique et entière.

La croissance de l’immigration au Canada

La question de l’immigration n’est pas un phénomène récent et spécifique à un continent ou un pays tel que le Canada. Il faut toutefois reconnaître que le Canada demeure un exemple des grands pays d’immigration, comme c’est le cas pour l’Australie et les États-Unis. Depuis les années 1970, il accueille en moyenne annuellement au-delà de 200 000 immigrants venant de partout à travers le monde.

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Cependant, la grande majorité de cette immigration provient des pays en développement et constitue l’inverse du type d’immigration qu’a connu le Canada depuis l’arrivée des Européens en sol canadien. La diversification de l’origine de cette immigration est des plus remarquables. Elle provient d’Asie du Sud-Est et du Sud-Ouest, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud et des Antilles, ce qui lui confère une dimension de plus en plus planétaire.

Selon le Profil statistique des minorités ethniques de l’Office des affaires francophones, inspiré des données du recensement de 2001 de Statistique Canada, le nombre de Canadiens nés à l’extérieur du pays a atteint son niveau le plus élevé en 70 ans. Ainsi, en 2001, 5,4 millions de personnes, soit 18,4% de l’ensemble de la population canadienne, étaient nées à l’extérieur du pays. Il s’agit de la plus forte proportion observée depuis 1931.

De plus, de 1991 à 2000, le Canada a accepté pas moins de 2,2 millions d’immigrants, soit le nombre le plus élevé de toute décennie au cours du dernier siècle.

Cependant, il est important de souligner que la grande majorité des immigrants au Canada ne s’établissent pas avec les minorités linguistiques francophones. D’ailleurs, selon les données statistiques de 2001, environ 13 000 des 250 000 immigrants que le Canada a accueillis cette année étaient des immigrants qui se sont établis dans une communauté linguistique minoritaire soit au Québec ou dans une autre province canadienne.

Seulement 5% des immigrants se sont installés au sein des communautés francophones en situation minoritaire comparativement à 27% qui se sont établis au sein de la communauté anglophone du Québec.

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D’après les mêmes données du Profil statistique, Toronto, Vancouver et Montréal attirent 73% ou près des trois quarts des nouveaux arrivants.

La Ville-Reine accueille à elle seule près de la moitié, soit plus de 43% de l’ensemble des nouveaux arrivants. Il faut aussi souligner que la proportion de la population des minorités ethniques au Canada a triplé depuis 1981. Cette population était de 4 millions en 2001, soit 13,4% de l’ensemble de la population du Canada. En 2001, environ les trois quarts (73%) des immigrants arrivés dans les années 1990 étaient des membres des minorités ethniques comparativement à seulement 52% dans les années 1970.

L’immigration francophone en Ontario

Le phénomène d’immigration des francophones d’origine ethnique en Ontario français s’est manifesté de façon plus particulière dans les grands centres urbains à partir des années 1970. Il est de plus en plus présent dans les autres régions de l’Ontario. Évidemment, il n’est pas surprenant de trouver des familles et des organismes de ces minorités dans des villes avec une large population franco-ontarienne comme Ottawa, Toronto, Sudbury, Windsor, Welland et Hearst.

Selon les données du Profil statistique de l’Office des affaires francophones de 2005, l’Ontario comptait 58 520 francophones des minorités ethniques. Ce nombre représente 10,3% de la population francophone de l’Ontario et constitue une augmentation de près de 42% entre 1996 et 2001. Ils arrivent de tous les pays de la francophonie, aussi bien de l’Afrique (31,5%), de l’Asie (30,5%), du Moyen-Orient (18%) que des Amériques (7,8%) et des Caraïbes (8,5%).

Il importe de souligner que selon ces mêmes données de Statistique Canada, 94% des membres des minorités ethniques francophones se concentrent dans les régions du Centre et de l’Est de l’Ontario. Ils représentent respectivement 34 870 personnes dans la région du Centre soit 59,6% du total des francophones de cette minorité ethnique et 20 135 personnes dans la région de l’Est soit l’équivalent de 34,4% du total de cette population.

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La ville de Toronto comprend la plus grande proportion des francophones des minorités ethniques avec 20 455 personnes soit 33,2% de la population francophone totale de cette ville.

Caractéristiques des minorités ethniques francophones

D’après le Profil statistique et plusieurs études, les francophones d’origine ethnique sont nettement plus jeunes que la population francophone en général. Ils sont plus scolarisés que le reste de la population ontarienne et de la moyenne canadienne. Par exemple, plus des deux tiers d’entre eux ont poursuivi des études postsecondaires, comparativement à 52,2% des francophones de l’Ontario.

Le pourcentage de la population francophone des minorités ethniques actives, à savoir les personnes de plus de 15 ans occupées, actives ou à la recherche d’un emploi est supérieur à celui des francophones dans la population générale (66,5% contre 64,6%).

Cela démontre que les francophones des minorités ethniques ne se croisent pas les bras et contribuent énormément au développement économique et social de notre société.

Cependant, en dépit de leur niveau d’instruction, de leurs expériences et de leur dynamisme, le taux de chômage des francophones des minorités ethniques est deux fois supérieur à celui des francophones de l’Ontario. Ce taux de chômage se situe à 11,2% contre seulement 6,1% pour les francophones de l’Ontario. D’ailleurs, il est aussi supérieur à celui des personnes membres des minorités ethniques en Ontario (8,9%).

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La proportion des personnes des minorités ethniques francophones qui vivent sous le seuil de la pauvreté et du faible revenu est alarmante. Selon les mêmes données du Profil statistique, cette proportion est deux fois plus élevée que celle observée pour les francophones (33,7% contre 14,1%). Il est à noter que cette proportion des minorités ethniques francophones qui vivent sous le seuil de faible revenu est plus élevée chez les femmes et les enfants de moins de 15 ans que chez les hommes.

Un autre problème majeur qui s’ajoute à la situation défavorable des minorités ethniques sur le marché de l’emploi est celui de la reconnaissance de leurs acquis. Combien de fois avons-nous entendu parler d’ingénieurs, de médecins ou d’électriciens francophones qui conduisent un taxi ou qui se recyclent dans le travail au sein des organismes communautaires? Il faut aussi noter que cette situation ne se limite pas seulement et malheureusement aux francophones des minorités ethniques mais à tous les immigrants au Canada.

Il n’en demeure pas moins qu’en raison du vieillissement de la communauté franco-ontarienne, du bas taux de sa natalité ainsi que du taux élevé de son assimilation, l’arrivée massive des francophones des minorités ethniques a influencé certainement, pour la première fois depuis plusieurs décennies, la décroissance démographique de la population francophone de l’Ontario. Leur établissement a permis non seulement de freiner la baisse du nombre de francophones en Ontario mais a contribué à son accroissement avec une hausse de près de 7000 personnes.

La semaine prochaine: le besoin d’organisation des minorités francophones et les dispositions de la Charte des droits et libertés

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