Les sœurs Dionne célèbres contre leur gré

75e anniversaire


31 mars 2009 à 15h42

Victimes de leur célébrité, les quintuplées Dionne ont longtemps été exploitées. À l’occasion du 75e anniversaire des cinq soeurs natives de Corbeil près de North Bay, Paul-François Sylvestre est revenu sur cette vie hors du commun. Sa présentation a eu lieu mercredi dernier lors de la conférence mensuelle de la Société d’Histoire de Toronto, à l’Alliance française.

Parfois appelées les jumelles Dionne «pour insister sur le fait qu’elles sont toutes les cinq parfaitement identiques» ces petites filles nées le 28 mai 1934 avaient statistiquement une chance sur 57 millions de vivre. Jusqu’à ce jour il s’agit de la seule naissance de quintuplés identiques. La mère des quintuplées avait déjà eu six enfants auparavant et en eu encore trois par la suite!

Les cinq petites filles ont vite suscité l’attention du monde et des promoteurs de Chicago ne tardèrent pas à proposer un contrat à Oliva Dionne, le père des quintuplées, pour que ses filles soient présentées lors de l’Exposition Century of Progress en échange d’une aide financière de 7500 $, somme très importante pour un fermier à cette époque.

Profiteur?

Celui-ci accepta d’abord avant de se rétracter le lendemain. Le mal était fait, «les médias peignirent le Oliva Dionne au pire comme un profiteur cupide et au mieux comme un être stupide», rappelle le conférencier en citant David Welch, ancien professeur au Collège Glendon.
Contrairement à ce qui à souvent été dit ou écrit la famille n’était pas pauvre. Oliva Dionne avait étudié durant neuf ans à une époque où seulement 2.5% de la population franco-ontarienne et 8% de la population ontarienne terminait une huitième année. Ayant appris l’anglais il travaillait à l’entretien des chemins de fer de la compagnie Canadian Northern Railway et était propriétaire d’une ferme de 79 hectares. La famille avait donc une situation financière relativement bonne.

Pupilles du roi

Malgré cela, en 1935 soit l’année suivant la naissance des quintuplées, l’Assemblée législative de l’Ontario adopta une loi de mise sous tutelle dans le but de «mieux les protéger contre l’exploitation commerciale et d’assurer leur développement, leur bien-être et leur éducation». Elles sont ainsi devenues «les pupilles du roi Georges V jusqu’à l’âge de 18 ans».

Cependant il s’avérera par la suite que le gouvernement profita pleinement de la renommée des sœurs Dionne en encourageant l’industrie touristique centrée sur les fillettes. Callender, le village où elles vivaient, fut vite rebaptisé Quintland (Quintuplets).

En effet, comme l’explique le conférencier, «les édifices où vivaient les célèbres jumelles étaient organisés de façon à pouvoir accueillir des milliers de touristes chaque année», avec notamment «une cours de recréation permettant à la foule de venir voir jouer les petites filles». Même les cinq pompes à essence de la station service voisine portaient le nom des cinq sœurs.

3000 visiteurs par jour

À l’âge de deux ans, les visiteurs pouvaient venir les observer deux demies heures par jour. Paul-François Sylvestre rappelle que le nombre quotidien de visiteurs en 1937, était estimé à 3000 en moyenne. De 1936 à 1942, ces visites auraient généré des revenus s’élevant à 500 millions $.

Les petites ont par la suite apparu dans plusieurs publicités pour du savon, du lait où de la pâte dentifrice. Le père également profitait de cette notoriété pour vendre des souvenirs, notamment des photos et cartes postales.

Francophones et catholiques

L’écrivain et historien franco-ontarien explique que les parents des quintuplés ont dû se battre pour qu’à l’âge d’être scolarisées leurs filles puissent avoir une éducation francophone et catholique.

Selon plusieurs, les jumelles devaient, afin d’être populaires et de gagner de l’argent, se conformer à la norme de la majorité anglophone protestante.

En 1943, après 9 années de bataille juridique l’aire d’observation des fillettes est fermée et Oliva Dionne récupère ses filles qui retournent vivre avec leur famille où des tensions apparaissent rapidement entre elles et leurs frères et sœurs. La famille vivait alors dans une maison de 19 pièces construite spécialement par le gouvernement.

Par la suite les cinq sœurs poursuivirent des études secondaires dans un pensionnat catholique, continuèrent des études en arts domestiques au couvent de Nicolet au Québec. L’une décéda très jeune suite à une crise d’épilepsie, en 1954, à l’âge de 20 ans. Les quatre autres continuèrent des études dans des domaines différents.

1,33 millions $

En 1955 elles furent informées qu’elles disposaient de 171 000 $ chacune, mais ne connaissant pas la valeur de l’argent, après avoir hésité, elles acceptèrent la proposition de leur père de signer un contrat de gérance de leurs fonds. En 1998, le gouvernement de l’Ontario versa aux trois dernières sœurs vivantes, la somme de 1,33 millions $ chacune en guise de compensation pour leur exploitation. Aujourd’hui les deux dernières, Annette et Cécile, vivent au Québec.

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