Les politiciens populistes montent le public contre les journalistes

Les médias sociaux, «c'est du n'importe quoi» – Daniel Lessard

Daniel Lessard
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Le journaliste Daniel Lessard, qui a longtemps couvert la colline parlementaire pour Radio-Canada et qui continue d’y commenter la politique canadienne, exerce «un maudit beau métier», mais il s’inquiète pour les jeunes journalistes qui doivent affronter «une méfiance croissante du public envers les médias» dont profitent les politiciens «populistes».

Le journalisme est devenu un métier «dangereux», a-t-il carrément affirmé à la tribune du Club canadien de Toronto la semaine dernière, devant un auditoire qui lui était cependant acquis, où l’on retrouvait plusieurs représentants de Radio-Canada, TFO et de L’Express.

Hommage à Adrien Cantin

Le Club canadien en a d’ailleurs profité pour rendre hommage au journaliste franco-ontarien Adrien Cantin, décédé le 22 mars dernier, en présence de son fils Benjamin Cantin-Kranz, qui travaille à Toronto pour une agence de publicité.

Celui-ci s’est dit très touché et heureux de rencontrer tant de gens qui ont connu et admiré son père. Un autre fils d’Adrien Cantin, Robin Cantin, est directeur des communications du Commissariat aux langues officielles du Canada à Ottawa.

Huit premiers ministres

C’est aussi de cette région de la capitale fédérale dont est originaire Daniel Lessard, qui ne se destinait pas au journalisme. Au début de la vingtaine, alors qu’il «ne lisait pas les journaux», raconte-t-il, il avait posé sa candidature à un poste d’annonceur pour une petite station de radio, mais on n’avait plus qu’un poste de journaliste à lui offrir.

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De la couverture des incendies et des affaires locales, il est cependant entré à Radio-Canada au moment de la crise d’Octobre 1970, et il en est venu à couvrir tous les premiers ministres depuis Pierre Elliot Trudeau, «qui reste le plus impressionnant» selon lui.

Daniel Lessard a aussi conservé une grande estime pour Brian Mulroney – «les meilleures années de ma vie!» – et pour… Stephen Harper, qui serait encore au pouvoir, pense-t-il, si ce n’était de sa personnalité abrasive et de son hyperpartisanerie.

Agressivité croissante

Initialement, c’est la journaliste Emmanuelle Latraverse qui devait venir discuter au Club canadien de «l’avenir du journalisme à l’ère numérique». Daniel Lessard, que Radio-Canada a désigné pour la remplacer quand elle a eu un empêchement, s’avoue un peu dépassé par ces «bebelles» que sont les médias sociaux, qu’il considère comme une menace parce que «n’importe qui y dit n’importe quoi».

De plus, la rapidité avec laquelle on se sent maintenant obligé de réagir à l’actualité sape la rigueur nécessaire à la diffusion d’informations exactes et complètes.

Daniel Lessard se réjouit que l’hostilité des politiciens canadiens et de leurs partisans envers les journalistes n’ait pas encore atteint les niveaux américains (Trump) et français (Le Pen, Fillon, Mélenchon), «mais si Kevin O’Leary est élu chef du Parti conservateur, je prends ma retraite!»

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Ça marche

C’est malheureusement une tendance lourde, craint-il. «Le populisme sème le doute; les médias ont moins de ressources; ça ne va pas en s’améliorant!»

Citant l’ancien lecteur de nouvelles français Patrick Poivre d’Arvor, il explique que «les politiciens remarquent que ça marche»: qu’il leur est possible, grâce à Facebook et Twitter, de se passer des médias pour s’adresser directement aux citoyens, qui eux aussi en viennent à croire qu’ils peuvent se passer des médias. «La vérité n’existe plus, les gens ont leur propre vérité…»

Les journalistes dignes de ce nom doivent continuer de dire au public «ce qu’il doit entendre, pas seulement ce qu’il veut entendre», et ne pas se laisser intimider, prescrit-il.

Démocratie affaiblie

Les médias sociaux ont inauguré, en une dizaine d’années seulement, une ère de «surinformation» et de «malinformation». «C’est une maladie de nos démocraties», déplore Daniel Lessard, qui reconnaît ne pas avoir beaucoup de solutions à proposer.

Le chroniqueur de Radio-Canada se permet tout de même d’espérer que la maîtrise des nouvelles technologies de l’information par les jeunes en fera une génération plus à même de trouver les solutions à ces problèmes.

Benjamin Cantin-Kranz
Benjamin Cantin-Kranz

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