Les jeux de société ont la cote

Il devient de plus en plus facile de créer et de diffuser son propre jeu


19 février 2013 à 9h44

Le jeu de société est loin d’être ringard. Depuis quelques années, il connaît une nouvelle jeunesse, notamment chez la génération 20-35 ans. L’Express est parti à la rencontre de Benoît Castanié, gérant du café de jeux de société Snakes and Lattes (Bloor à l’ouest de Bathurst), pour comprendre les nouvelles tendances.

Avec une collection de plus de 2500 jeux de société, et une clientèle grandissante, Benoît est en plein cœur de cette vague et maîtrise parfaitement le sujet.

Pour lui le renouveau du jeu de société est similaire à ce qui se passe dans le monde de l’édition. Il devient de plus en plus facile de créer son propre jeu et de le lancer sur le marché.

Avec des opportunités comme Kickstater, un site de crowd funding, les financements sont rapidement trouvés et avec l’ouverture du marché de la Chine, il devient simple de produire un jeu en petit volume.

Tradition européenne

Les jeux de société sont de tradition européenne, et pendant longtemps l’Allemagne a gardé le monopole, de la conception à la création.

Internet et la flexibilité du marché aidant, les titres aujourd’hui se multiplient. Si avant on comptait environ 50 sorties par an, aujourd’hui on est dans les 900.

Pour Benoît, cette évolution est à double tranchant: «certes le choix est plus important, mais dans le même temps, il n’y a plus de travail de filtre qu’un éditeur peut effectuer. On se retrouve donc avec un large choix de jeux, mais il faut désormais les sélectionner pour n’en garder que les plus intéressants.»

La culture du jeu de société est différente entre ici et l’Europe. Les jeux à l’américaine ont pendant longtemps été traditionnellement longs et complexes, avec un public très ciblé: plutôt masculin et «geek»

On prête au contraire aux jeux européens la réputation d’être beaucoup plus simple, courts et destinés à un public plus jeune.

«Simple et fun!»

Depuis quelques années la tendance change et les «eurogames» sont de plus en plus présents sur le marché des États-Unis et du Canada. Ce sont eux qui plaisent aujourd’hui, car les règles sont épurées et les concepts simples à comprendre.

Benoît Castanié explique: «Aujourd’hui on doit se battre pour prendre le temps des gens.» Fini donc le Monopoly dont on ne voit pas l’issue, aujourd’hui les jeux s’adaptent aux emplois du temps moderne. Avec un temps quotidien de plus en plus morcelé, il devient difficile pour chacun de prendre trois ou quatre heures, de se poser à une table et de jouer. Les jeux suivent donc cette tendance et proposent de plus en plus de parties courtes ou des jeux qui se terminent quand on le souhaite.

«Quand les gens viennent, ils nous disent tous: ‘on veut un jeu simple et fun!’»

Si les règles se simplifient, les supports eux se diversifient. Avant, les dés, le plateau et les pions étaient les indispensables. Désormais les créateurs innovent en bousculant les anciens modèles avec des jeux ludiques qui demandent de la dextérité en utilisant des matériaux différents comme des bouts de ficelles ou des morceaux de fil de fer.

Dans le même temps, si les nouveaux jeux gagnent en popularité, les classiques sont encore très populaires. Une raison simple explique cela: l’association du jeu de société à l’enfance. La nostalgie pousse les gens à se replonger dans un jeu que l’on connaît, avec lequel on a des souvenirs.

Au Snakes and Lattes, le Jenga est l’un des plus populaires. C’est ce fameux jeu où les joueurs retirent progressivement les pièces d’une tour en bois pour les replacer au sommet jusqu’à ce que la tour s’effondre. Ce jeu intemporel répond aux critères: il est simple, rapide, peut se jouer à tout âge et donc mélanger les générations.

Trivia et dés dépassés

En revanche, certains types de jeux ne fonctionnent plus aujourd’hui. C’est notamment le cas des jeux de sport ou des jeux «trivia» (les questions/réponses de culture générale). Les jeux où on lance un dé pour avancer sur des cases chacun son tour sont aussi dépassés. Le joueur veut être impliqué tout au long du jeu et non plus être passif et attendre sagement son tour.

C’est chez les jeunes adultes que le jeu de société connaît un regain de popularité, notamment les «party games», des jeux aux parties courtes que l’on sort lors de soirée entre amis.

Transition numérique

Si ces jeux n’entrent pas en concurrence directe avec le jeu vidéo extrêmement populaire chez les jeunes, il convient cependant de regarder comment il réagit à l’omniprésence du numérique et des écrans. Benoît nous explique que les grosses maisons d’édition de jeux ne savent pas encore comment prendre en compte le numérique. Le Monopoly tente de se moderniser en incluant l’iPad à son plateau.

Chaque jeu développe également son application mobile, mais plus dans un but de promotion que de transfert de support: vendre une application pour en fait encourager à acheter le jeu physique.

Des conseillers sur place

Benoît Castanié a ouvert le Snake and Lattes il y a maintenant deux ans et demi avec sa compagne. Ils ont voulu mélanger la culture nord-américaine du café avec la culture européenne du jeu.

Avec une collection impressionnante de jeu, ils ont de quoi satisfaire n’importe quel amateur. Afin de mieux servir les attentes des clients, des «game gurus» sont là pour partager leurs connaissances des jeux et ainsi proposer le bon jeu, expliquer les règles, lancer une partie, etc. À noter que le Snakes vend depuis quelques temps des jeux sur son site internet et au café, dont de nombreux jeux en français, ce qui en fait une place de choix pour faire un cadeau ou tout simplement s’acheter le dernier jeu à la mode, mais dans sa langue!

Laissez-vous donc porter par la tendance, le Snake and Lattes pourrait bien être ce lieu que vous recherchiez pour votre prochaine sortie entre amis ou en famille.

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