Les fausses notes de Song & Dance

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Publié 16/05/2006 par Marta Dolecki

On ne pouvait rêver mieux… Un soir de première, une brise printanière, un tapis rouge déroulé à l’entrée d’un théâtre fraîchement rénové et une tête d’affiche impressionnante avec rien de moins que Rex Harrington, Evelyn Hart, Louise Pitre, soit deux icônes du ballet canadien et une étoile de Broadway réunies le temps d’un seul et même spectacle.

Avec cet étalage de poudre aux yeux, Song & Dance, du célèbre compositeur britannique Andrew Lloyd Webber comportait tous les éléments d’une belle promesse. Mais quand le rideau est retombé en fin de soirée, avec lui se sont envolés les beaux espoirs misés sur ce show, mélange hybride de comédie musicale, de danse moderne, de ballet et de claquettes.

Si Song & Dance comportait de nombreux atouts, notamment une distribution des plus solides, le spectacle a fini par s’empêtrer dans une série de fausses notes, petits détails qui auraient pu faire merveille, mais qui, au final, n’ont pas fonctionné comme prévu.

Et cela ne tient pas à la chute, sur scène, à moins de 10 minutes de la fin, de l’ex-danseur étoile du Ballet national du Canada, Rex Harrington, une histoire qui a fait les gros titres de la presse le lendemain, pas plus qu’à la performance d’ensemble des danseurs et chanteurs qui ont porté du mieux qu’ils l’ont pu le spectacle jusqu’à sa fin.

Comme son nom l’indique, Song & Dance est une pièce musicale centrée sur le chant et sur la danse. Mais les deux se font ici séparément. À travers une vingtaine de chansons, le premier acte raconte en filigrane les mésaventures sentimentales d’Emma, une Anglaise installée à New York qui s’évertue à tomber amoureuse de mauvais garçons.

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Dans le rôle d’Emma, la comédienne franco-ontarienne Louise Pitre restitue avec justesse chaque geste, chaque émotion et habite avec grâce son personnage de grande amoureuse.

Elle le fait avec une présence candide et lumineuse, se montrant tour à tour fragile, vulnérable, puis, plus tard, déterminée, convaincante, radieuse même, quand, dans un éclat de voix, elle s’exclame qu’elle ferait tout par amour pour son homme. Si des critiques ont dit de Pitre qu’elle n’était guère une candidate idéale pour ce rôle de femme soumise, la comédienne a ceci de particulier qu’elle peut passer de la victime au bourreau en un quart de tour et toujours avec le même brio.

Un talent qu’elle n’a de cesse de prouver sur scène, pendant une première partie qui dure plus d’une heure et repose sur sa seule présence.

Là où le bât blesse, c’est véritablement au niveau de la musique en tant que telle. Si des morceaux extraits de comédies musicales comme Évita ou Chicago parviennent à toucher les cordes sensibles du public, force est de constater que les airs de Song & Dance ne possèdent pas la même charge émotionnelle.

Les mélodies y apparaissent comme autant de chansons vieillottes, souvent construites autour du même thème (il m’a laissé, je ferais tout pour le récupérer). La sonorisation n’a pas non plus aidé ce soir-là. Malgré une belle prestation, la voix de Pitre n’est pas venue envelopper les spectateurs dans une puissante atmosphère sonore, traditionnellement le propre de ce genre de spectacle.

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S’en est bientôt suivie une deuxième partie, série de variations sur le thème des relations amoureuses. On a pu y voir l’un des amants d’Emma danser sur scène. Ce rôle incombe désormais à Roberto Campanella qui remplace Rex Harrington, blessé au tendon d’Achille depuis la chute de mardi dernier.

L’icône canadienne de la danse Evelyn Hart évolue autour de ce jeune premier et chacun de ses gestes respire une grande fluidité.

Les autres six danseurs alternent numéros de claquettes, portés et pas de deux. On regrette seulement que, dans son ensemble, la chorégraphie soit trop linéaire et convenue comme s’il n’existait pas de vie au-delà des traditionnels clichés: duos, chassés-croisés, disputes et, enfin, réconciliations entre personnages.

Ce qui mène à la question finale: a-t-on misé sur le «buzz», une tête d’affiche alléchante, pour tenter de rallier le public à la cause d’une comédie musicale qui affiche de nombreuses faiblesses et n’a rien de renversant, ni d’innovant, tant dans son contenu que dans sa forme finale?

Song & Dance d’Andrew Lloyd Webber, jusqu’au 28 mai prochain. Danforth Music Hall, 147 Danforth avenue. Tél: 416-872-1111.

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