Les familles des victimes du 11 septembre, un lobby puissant

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Publié 12/09/2006 par Amy Westfeldt (The Associated Press)

NEW YORK – Leur combat les a conduits au Congrès, dans des tribunaux et à «Ground Zero». Elles veulent que justice soit faite ou simplement récupérer les restes de leurs proches. Au cours des cinq dernières années, les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 sont devenues, de fait, un lobby puissant.

Elles ont ainsi obtenu le retrait du projet de construction d’un musée sur le site où s’élevaient les tours jumelles du World Trade Center, des modifications importantes du mémorial, ainsi que la création de la commission d’enquête indépendante sur les attaques. Même si elles reconnaissent que leur combat cache autre chose.

«Mon mari a été tué et j’ai une fille. Je voulais que le pays soit mieux préparé à de futures attaques», explique Kristen Breitweiser, une des quatre veuves connues sous le nom des Jersey Girls qui ont milité pour obtenir la création d’une commission d’enquête. «Cela ne s’est pas produit. Lorsque personne d’autre le fait, cela échoit aux familles.» «La colère nourrit mon travail, ma passion et mes réussites», renchérit Sally Regenhard, dont le fils, pompier, est mort dans le WTC. «J’ai mis mon travail de deuil de côté».

Donald Goodrich s’est impliqué pour être sûr que le 11 septembre ne se reproduirait jamais. Cet avocat du Vermont voulait comprendre pourquoi son fils Peter est mort et qui aurait pu empêcher cela.

Il ne peut qu’imaginer les derniers instants de sa vie, lorsqu’un avion de la United Airlines s’est écrasé dans la tour sud du World Trade Center.

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«Il a tout simplement disparu», explique le fondateur de l’organisation Familles du 11 septembre, qui rassemble 2 300 membres. «L’imagination peut être une chose terrible. Je voulais remplacer mes craintes les plus effroyables sur ses derniers instants par quelque chose de substantiel mais je n’ai pas pu.»

Kristen Breitweiser constate que les familles se sont mobilisées quand le gouvernement les a abandonnées. «Nous ne souhaitions rien de mieux que de voir nos élus s’occuper de toutes ces questions mais ils ne l’ont jamais fait», déplore-t-elle.

Mais leur engagement n’est pas du goût de tous. Certains ont ainsi affirmé que ces activistes ne représentaient qu’une infime fraction des proches de victimes, qu’ils désiraient attirer l’attention sur eux ou étaient trop bouleversés pour penser de manière rationnelle. Des familles ont également regretté cette mobilisation.

L’an dernier, les organisateurs d’une campagne destinée à obtenir le retrait de la construction d’un musée de la liberté à «Ground zero» affirment avoir récolté plus de 40 000 signatures pour leur pétition en ligne. Mais la plupart n’émanaient pas de proches de victimes. Plus de 13 000 personnes ont en outre signé un appel visant à redessiner certaines parties du mémorial. Leurs efforts ont payé.

Des responsables politiques ont tenté d’utiliser cette popularité. Kristen Breitweiser a ainsi fait campagne pour le candidat démocrate John Kerry pendant la présidentielle de 2004. Et Debra Burlingame, soeur du pilote de l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone, a prononcé un discours devant le congrès du Parti républicain.

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Après la mort de son frère aîné Harvey dans les tours jumelles, Anthony Gardner a rapidement mené le combat autour du développement du site. En début d’année, il a notamment déposé une plainte qui a retardé la construction du mémorial.

Il n’a trouvé un équilibre qu’après avoir transformé son militantisme en emploi à plein temps, louant un petit bureau dans le New Jersey pour diriger un groupe de défense à but non lucratif. «Je continue à le faire pour Harvey», dit-il.

Mais cet engagement a un coût. «Je n’ai pas eu d’emploi rémunéré depuis cinq ans. Je m’y consacre à plein temps», souligne Debra Burlingame, qui a écrit des articles sur la sécurité et «Ground zero», dont un a lancé la campagne pour obtenir l’abandon du projet de musée.

Diane Horning dirige une association cherchant à récupérer les restes non identifiés de plus de 1 100 victimes. Elle regrette que cela soit au coeur de sa vie. «Ce n’est pas épanouissant. C’est une chose vers laquelle vous êtes conduit parce que vous n’avez pas d’autre choix.»

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