Les aventures du Revenu minimum garanti


13 avril 2010 à 13h10

Parfois une bonne idée est éclipsée par des circonstances atténuantes n’ayant rien à voir avec son mérite propre.

Les guerres électriques entre Westinghouse et Edison sont un bon exemple de ce phénomène. Rappelant la lutte épique de VHS contre Béta, la question électrisante de la fin du XIXe siècle était de savoir si le courant alternatif ou continu allait dominer le marché de la distribution électrique.

Edison, en fin stratège, finança secrètement l’invention de la chaise électrique, alimentée au courant alternatif, pour insuffler un peu de bonne vieille panique dans la population.

Malgré ses efforts diaboliques, nos domiciles sont aujourd’hui alimentés par le système de courant alternatif que Tesla avait vendu à Westinghouse.

La traversée de l’Atlantique

Sans amoindrir la gloire due à Lindbergh, les premiers vols transatlantiques avec passagers ont été réalisés en dirigeable (dès octobre 1924). Malheureusement, la tragédie du Hindenberg, où 36 personnes perdirent la vie dans une explosion d’hydrogène, scella le destin du dirigeable comme moyen de transport.

Crédit social et Bérets blancs

Et il en est ainsi, oserait-on croire, pour le concept de revenu minimum garanti, chez nous cheval de bataille du Crédit social, lui-même ennemi du banquier et même du marchand.

Longtemps la risée des élites urbaines du XXe siècle, le mouvement populiste, agraire (et vaguement xénophobe) que fut le Crédit social était basé sur les élucubrations de l’ingénieur anglais C.H. Douglas, qui l’expliquait comme une chrétienté pratique.

L’évocation de ces croisés contre l’usure de l’argent me rappellera toujours les Bérets blancs, que nous trouvions à la fois ridicules et sympathiques avec leurs couvre-chefs distinctifs et leurs immortels slogans, «Mort aux taxes» et «Exigeons 12 000 $ par an pour la femme au foyer.»

Ce que nous aimions beaucoup moins, c’était leur talibanisme catholique et leur antisémitisme à peine voilé.

À chacun selon ses besoins?

Chaque citoyen a-t-il droit à une part de la richesse que génère le pays? Avant de répondre non en invoquant la notion de mérite, il faudrait rappeler que tout est question de point de vue et d’endoctrinement.

La carte n’est pas le territoire, pour faire écho à l’illustre Korzybski. Selon une analyse peu en vogue dans les médias, les assistés sociaux, largement vilipendés parce qu’ils ne peuvent généralement pas se défendre, sont essentiellement des fonctionnaires bénévoles.

Les sommes qui leur sont accordées se retrouvent presque immédiatement dans les actifs des moins bons propriétaires de logements et des divers marchands de nécessités de base du quartier.

Ils font fructifier l’avoir d’autrui en apportant de l’eau au moulin.

Le revenu minimum garanti au Luxembourg

Dans le Grand-Duché de Luxembourg, sous le bienveillant règne du grand-duc Henri, ceux dont les revenus n’atteignent pas le seuil minimum vital ont droit à une assistance financière en vertu de la Loi sur le revenu minimum garanti.

Or, les autorités canadiennes n’ont jamais reconnu un seuil de la pauvreté en termes de revenu annuel minimal requis pour subvenir aux besoins vitaux dans notre société, de crainte, sans doute, d’avoir à prendre des mesures concrètes, dispendieuses, et finalement peu rentables en termes de votes.

La Charte des droits

L’article 7 de la Charte des droits et libertés garantit vie, liberté et sécurité de la personne au Canada.

Les tribunaux ont systématiquement débouté les demandeurs voulant interpréter cet article comme obligeant l’État à garantir les moyens de subsistance physique aux individus.

Sourire minimum garanti chez nous?

En Ontario, une loi est depuis quelque temps en place pour assurer un revenu minimum annuel, mais seulement aux personnes âgées. D’autres éléments de la société ont parallèlement vu leurs conditions se précariser davantage.

Le gouvernement ontarien a en effet récemment éliminé une prestation alimentaire spéciale pour une clientèle de plus de 135 000 personnes handicapées ou à très faible revenu.

Familles éclatées

Dans une société fracturée basée non plus sur l’unité familiale, mais sur l’individu, comment assurer la subsistance de chacun lorsque tous n’ont pas une source de revenus?

Les quêteux, vieilles filles, faibles d’esprit, aïeux et autres co-dépendants sociaux d’une autre époque n’ont plus leur place dans une société où tout a un prix, mais où tous ne sont pas salariés ou à leur compte.

La question, finalement, est de savoir à qui appartient la richesse de cette terre.

Et si elle n’est pas à tous, alors pourquoi seulement à certains? Adam et Ève n’avaient pas de serviteurs et nous sommes tous leurs héritiers à parts égales.

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