Les ainés peuvent encore beaucoup contribuer à la société

On propose de multiplier les activités intergénérationnelles.
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Vieux, fragiles, malades. Voilà quelques-uns des stéréotypes auxquels sont associés les aînés. Alors que leur nombre ne cesse d’augmenter, leur place dans la société est prépondérante.

«C’est une population en mesure d’offrir beaucoup à notre société», rétorque Jean-Luc Racine, directeur général de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC).

La photo principale de la page Facebook de la FAAFC.

Mentors, entrepreneurs, bénévoles

De plus en plus de retraités retournent sur le marché du travail, souligne-t-il, faisant profiter les entreprises de leur assiduité, de leur fidélité et de leur ardeur à la tâche.

D’autres deviennent mentors pour assurer un transfert de connaissances et de compétences aux nouvelles recrues.

Certains démarrent même une entreprise, forts de leur expérience.

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Surtout, les aînés s’impliquent socialement, comme dans le bénévolat.

Suzanne Dupuis-Blanchard

Suzanne Dupuis-Blanchard, chercheuse à l’Université de Moncton, a quantifié dans une étude cette contribution pour le Nouveau-Brunswick. En multipliant leurs 20 millions d’heures de bénévolat par le salaire minimum, les aînés participent ainsi pour 218 millions $ par an.

«Les contributions sont à tous les niveaux, local et sociétal», incluant la garde d’enfants, avance la professeure.

Les médias font de l’âgisme

En 2016, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus a dépassé le nombre d’enfants de 14 ans et moins pour la première fois de l’histoire du pays, d’après Statistique Canada. Et leur proportion devrait augmenter encore pour atteindre jusqu’à 30% de la population en 2068 dans un scénario de vieillissement rapide.

Dans ce contexte, la directrice du Centre d’études du vieillissement de l’Université de Moncton dénonce un manque de valorisation criant.

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«La société parle toujours d’eux de façon négative», estime Suzanne Dupuis-Blanchard. Les aînés seraient victimes de l’âgisme, une forme de discrimination fondée sur l’âge.

«Les médias parlent souvent négativement du vieillissement», renchérit-elle, à l’heure des conseils beauté pour «rester jeune». Une société de compétition, de performance et d’instantanéité viendrait aggraver la situation.

La retraite, ce n’est pas la fin

Pire, ces stéréotypes seraient intériorisés par les aînés eux-mêmes qui «voient la retraite comme la fin d’une contribution à la société», observe Alexandre Dumas, sociologue à l’Université d’Ottawa.

Alexandre Dumas

Cette philosophie fonctionnait lorsqu’il restait moins de dix ans à vivre après la retraite, mais pas une vingtaine, souligne le chercheur. Aussi faudrait-il «repenser la question de leur utilité sociale».

L’universitaire lie cette question au concept de citoyenneté dans son ouvrage L’antivieillissement, publié en 2017: la société réclame un équilibre entre droits et obligations. Considérant les grandes ressources sociales et médicales octroyées à ce groupe, quelles contreparties peuvent-ils offrir?

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«Si on les exclut du pouvoir, économique et social, il y a déséquilibre», perçoit l’auteur.

Se renouveler et se réinventer

La discussion est souvent taboue. «L’accroissement considérable des coûts oblige à repenser notre modèle. Il faut des limites dans l’offre de santé publique. On ne peut pas blâmer une génération pour vouloir de meilleurs soins, mais il faut expliquer que ces choix auront des conséquences sur d’autres secteurs», comme l’éducation où les frais de scolarité grimpent continuellement.

«Le pouvoir d’achat des jeunes d’aujourd’hui est beaucoup plus faible qu’avant», poursuit Alexandre Dumas.

Pour le sociologue, il faut que les aînés reprennent leur place dans la société. «C’est impopulaire de dire ça, car on les a victimisés et transformés en groupes très passifs. Or, la très grande majorité d’entre eux ont les capacités physiques et cognitives de contribuer.»

Conflit ou rapprochement des générations

Nés avec la société de consommation, contrôlant la politique depuis des décennies et à l’origine de la plupart des institutions modernes, les baby-boomers seraient «une génération de pouvoir», considère Alexandre Dumas.

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Mais aînés et plus jeunes ne sont pas irréconciliables pour Suzanne Dupuis-Blanchard. «Une fois qu’ils commencent à travailler ensemble, on voit une grosse de différence de perception et une plus grande appréciation.»

Jean-Luc Racine

Avec la FAAFC, par exemple, les aînés se rendent dans les écoles pour que les enfants leur fassent la lecture. «C’est extraordinaire de voir les complicités qui se créent», observe Jean-Luc Racine. «Ça permet de favoriser les relations intergénérationnelles et de renforcer l’identité des jeunes en milieu minoritaire.»

Moins de lieux de rassemblement qu’avant

Les infrastructures sociales favorisant ces rapprochements sont rares au Canada, trouve Alexandre Dumas. En fait, la société serait de plus en plus formée de poches homogènes, manquant de lieux de rassemblement comme l’étaient autrefois l’église ou la place de village.

«On est en retard», juge le sociologue, appelant à plus de mixité sociale.

Des modèles de retraite plus flexibles offrent peut-être une piste. En travaillant quelques heures par semaine plutôt qu’en quittant définitivement le marché du travail, le retrait des aînés serait progressif et moins brutal. «Un nouvel équilibre est à trouver», résume le chercheur.


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