L’éducation: une affaire de langue ou de religion?

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Avec les élections provinciales en point de mire, quelques dossiers inévitables refont surface. C’est notamment le cas de la fusion des conseils scolaires ontariens, une mesure appuyée inconditionnellement par les partisans du public, mais repoussée du revers de la main avec tout autant de fermeté par le milieu éducatif catholique.

One School System Network (OSSN), une coalition de dix organismes, rassemble les velléités réformatrices du petit monde de l’éducation. Le groupement considère que les élèves, peu importe leur confession, devraient avoir droit au même enseignement au sein d’un système inclusif. Concrètement, le consortium avance que la fusion des systèmes catholiques et publics permettrait de faire une économie annuelle d’au moins 500 millions $.

Une somme conséquente qui pourrait être alors réinvestie dans les services aux élèves, comme le souligne le conseiller scolaire du Conseil scolaire de district Centre-Sud-Ouest et membre d’OSSN, Gilles Arpin: «Par rapport à l’enseignement en anglais, nous avons beaucoup de retard, et nous proposons à peine plus de la moitié des programmes qu’ils offrent. Le fait de regrouper les deux conseils au sein d’un système unique permettrait d’arrêter ces guerres intestines, alors que le vrai défi de l’éducation en Ontario est linguistique et non confessionnel.»

Le confessionnel s’avère être justement le point de rupture entre les propositions de l’OSSN et les désirs des systèmes catholiques. Pour la coalition, il serait question de la création de deux conseils séparés linguistiquement, mais se rejoignant sur un point: la laïcité. Il s’agirait donc de cesser toute subvention publique aux écoles religieuses.

Un aspect du projet que refuse d’envisager le système catholique, puisque son financement est explicitement reconnu au sein des textes de la Constitution de 1867.

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Face à cette réalité juridique, le public soutient que l’évolution des moeurs au sein d’une société aussi multiculturelle que celle de l’Ontario devrait permettre l’abrogation de cette loi.

Et l’OSSN dispose d’un appui inconditionnel de la population. Selon un sondage Oracle Research-CBC mené auprès de 600 Ontariens de 18 ans et plus en mai dernier, 58% des personnes interrogées se sont déclarés en faveur d’un seul système d’éducation public. Et seulement la moitié moins des répondants, soit 29%, souhaitaient conserver les choses en l’état.

Toutefois, selon des représentants des conseils scolaires catholiques comme l’AFOCSC chez les francophones, la question posée dans le sondage de CBC, «Do you support or oppose one publicly funded school system?», ne permet pas d’affirmer, comme le fait l’OSSN, que les répondants veulent éliminer le système catholique. Le sondage n’a pas demandé directement si on était en faveur d’un système catholique ou public – seulement si on était en faveur d’un seul système financé par les deniers publics.

Le principal défaut du système actuel invoqué par les partisan de la fusion est le manque de partenariat et de communication entre l’entité publique et son homologue catholique. Un état de fait généralement imputé à ce dernier.

En 2003, une directive de Mgr Paul-André Durocher, président de la Commission d’éducation de la CECO, avait prohibé tout partage d’édifices avec le public. Une mesure invoquée en raison des risques «d’assimilation [des élèves] à une culture agnostique et sécularisante», qui avait brisé la dynamique de partenariat enclenchée depuis septembre 1999 et l’ouverture d’une école mixte public/catholique à London, comme le souligne Gilles Arpin: «L’intervention de M. Durocher est venu mettre fin à plusieurs années de travail en commun. Avec cette décision, il a divisé la communauté francophone de l’Ontario et a favorisé l’assimilation des élèves.»

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Le conseiller Arpin fait même état d’une situation déplorable à ce jour: «Nous en sommes au point où les deux conseils se font concurrence. Avec les récents investissements du gouvernement provincial, le Conseil public va ouvrir des écoles dans des régions non desservies en terme d’éducation publique francophone, et faire concurrence à un édifice du catholique. C’est un débat religieux alors que ça devrait être un débat linguistique.»

Pour autant, du coté du catholique, on récuse cette idée selon laquelle les deux conseils seraient en compétition directe. En entrevue au sujet de l’ouverture d’une nouvelle école publique à proximité de GEC, le directeur de l’éducation du Conseil scolaire catholique de district Centre-Sud Bernard Lavallée annonçait même se réjouir de l’ouverture d’un établissement complémentaire afin de mieux desservir la population francophone locale.

Cette cohabitation cordiale est l’un des piliers de l’argumentation du Conseil catholique. Elle légitime à elle seule l’existence des deux conseils, puisqu’elle permet de dissocier les francophones catholiques des autres et de les identifier comme ayant des besoins spécifiques qu’aucun autre système ne peut satisfaire.

Le poids historique

Si la légitimité des conseils catholiques est en un sens discutable par rapport à cette dissociation de «clientèle», l’autre argument du système confessionnel est incontestable car historique.

Le système catholique – surtout chez les francophones – a posé les fondements de l’instruction en Ontario. Depuis 1888 et l’ouverture de la première école linguistiquement «mixte», la francophonie du savoir s’est développée à partir des initiatives cléricales. C’est par exemple sous l’égide de l’Église catholique que l’école du Sacré-Coeur avait ouvert ses portes en 1940, devenant la première école francophone de Toronto.

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Et même aujourd’hui, la prédominance du système catholique sur son homologue public est incontestable. Avec plus de 72 000 élèves, soit plus de 3,5 fois plus que dans le public, le catholique est la première force vive d’éducation francophone en Ontario. Le quadrillage de la province est également bien plus développé dans le système confessionnel, avec près de 300 écoles contre seulement 105 du côté du public.

En ce sens, les conseils catholiques ne peuvent trouver quelconque avantage à une fusion, d’autant plus sous la tutelle d’une institution non confessionnelle.

Du côté de l’enseignement catholique, on considère que la situation doit rester en l’état, comme le soulignait la semaine dernière Robert Tremblay, président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, par voix de presse. Carole Drouin, directrice générale de l’institution, évoquait même le fait que la solution envisagée par le Parti Progressiste-Conservateur de l’Ontario puisse permettre une juste répartition des choses.

Le programme conservateur en terme d’équité dans le domaine de l’éducation s’appuie sur les failles d’un système qui porte préjudice au pays sur le plan international depuis maintenant des années. Bien que constitutionnellement garanti selon le texte de 1867, le financement de l’éducation catholique en Ontario est considéré comme anti-démocratique et partial par les instances internationales.

Dans l’optique de rétablir une certaine parité, un gouvernement de John Tory souhaiterait partager les deniers publics afin d’étendre le financement public aux écoles d’autres groupes religieux.

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Un changement qui ne gêne pas le système catholique, mais sur lequel Gilles Arpin a un avis particulièrement tranché: «C’est totalement stupide! Si l’on commence ce type de politiques d’accommodement, jusqu’où va-t-on aller? Pourquoi ne pas ouvrir l’éducation aux groupuscules sectaires en ce cas? La religion c’est une affaire de famille, de l’église, pas une affaire de l’école.»

Pour le moment, le système catholique n’est pas directement menacé, puisqu’aucun des partis en course pour les élections de la rentrée prochaine n’a fait état d’un projet de fusion. Mais avec les pressions des professionnels du milieu, les mises en garde des instances internationales et le soutien populaire que recueille la cause, elle pourrait devenir l’un des enjeux majeurs du prochain scrutin.

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