Le retour d’un oublié illustre: Georges de La Tour

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Car oublié il le fut, ce peintre célèbre en son temps. N’avait-il pas obtenu en 1639, à Paris, le titre de peintre ordinaire de Louis XIII, dit le Juste, roi de France et de Navarre (1610-1643)! Et pourtant, il a sombré dans l’oubli jusqu’à son récent retour dans l’histoire.

Retour du peintre prodige

Ce retour a commencé au début du XXe siècle et se poursuit jusqu’à nos jours. Et le somptueux ouvrage de Jacques Thuillier consacré à Georges de La Tour y contribue encore. Comme l’écrit l’auteur dans son Introduction, «Georges de La Tour, peintre du XVIIe siècle est presque notre contemporain. Il est né à l’histoire en 1863» avant de le voir se glisser «discrètement dans l’histoire de l’art en 1915».

L’épisode de 1863, qui marque peut-être l’embryon de la renaissance historique de Georges de La Tour, est en effet significatif. C’est dans le Journal de la Société d’archéologie lorraine qu’une brève notice lui est consacrée.

Des études plus poussées paraîtront par la suite, dont J. Thuillier nous retrace l’histoire, pour conclure sa présentation par cette invitation à la découvert de l’artiste.

Qui était de La Tour?

«Nous serions heureux… si, au bout du compte, après tant de pages et de faits apparaissait plus fascinant et plus impénétrable – comme chaque fois qu’il s’agit d’un grand maître – le mystère de Georges de La Tour.»

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Suivons Thuillier qui ne dit pas que son livre est abondamment illustré, ce qui en rend la lecture très agréable. Et cela dès le premier chapitre, «Un jeune peintre natif de Vic…», un village du duché de Lorraine, où naît le 14 mars 1593 le deuxième des sept enfants d’une famille de boulanger.

On ignore les raisons exactes pour lesquelles Georges se tourne vers la peinture. Et comme c’était l’usage, il aurait fait son apprentissage de peintre entre 1605-1611 près d’un maître mal identifié. Son apprentissage terminé, il aurait fait un voyage en Italie, ce qui expliquerait son inspiration caravagesque ultérieure.

Le réalisme

S’étant marié le 2 juillet 1617 avec Diane Le Nerf, d’une famille noble de Lunéville, les époux s’installent dans cette ville où de La Tour va connaître de 1620 à 1630 «une décennie heureuse qui confirme son statut social, établit sa renommée de peintre et développe librement les possibilités de son langage pictural».

Le réalisme caravagesque marque une première période de la peinture de Georges de La Tour, que l’on peut voir dans Saint-Jacques et Saint Jude au musée Toulouse-Lautrec d’Albi. «Nous nous trouvons devant le plus réaliste des peintres. » La Tour reproduit des gens du peuple, avec leurs rides, leur crâne tanné, et non des pontifes glorieux.

La peinture, la gloire et la tragédie

C’est le titre que donne Thuillier à une deuxième période qui commencerait vers 1630. Cette période, qui voit de La Tour fuir Lunéville incendiée pour gagner Nancy puis Paris, avant de revenir à Lunéville, est celle de «L’apparition des nuits», des clairs-obscurs inimitables, une «technique qu’il a développée bien mieux que tous ses prédécesseurs du nord de l’Europe, tout en transférant son usage, jusque-là réservé à la peinture de genre par les Hollandais, dans des sujets religieux».

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Le succès continue de lui sourire. À côté de ses chefs-d’œuvre où se jouent l’ombre et la lumière, de La Tour produit aussi des chefs-d’œuvre diurnes, et répond notamment à des commandes du gouverneur de Lorraine. On peut songer à La Nativité, L’adoration des bergers, L’éducation de la Vierge, Les larmes de saint Pierre, La femme à la puce, Les joueurs de dé, entre autres.

Les dernières années de sa vie, de La Tour produit beaucoup d’œuvres religieuses, sans doute très populaires en Lorraine à cette époque qui suit la guerre de Trente Ans. Le 30 janvier 1852, de La Tour décède subitement à Lunéville et sombre bien vite dans l’oubli.

Découvrir de La Tour

Pour découvrir de La Tour, rien de mieux que l’ouvrage de Jacques Thuillier, qui associe l’histoire, la vie de l’artiste et ses œuvres. Il examine les hypothèses émises à son sujet, comme celle, sans trop y croire, attribuant ses nocturnes à des souvenirs d’enfance, lorsqu’il voyait les ombres dansantes de son père boulanger et de ses assistants se profiler sur les rougeoiements du four à pain.

Le Dr Lozanov, auprès duquel nous avons travaillé, a bien montré comment le cerveau enregistre à notre insu un grand nombre d’informations, dont un événement peut inconsciemment déclencher le souvenir. Nous pensons que pour La Tour, ce déclencheur aurait été l’incendie de Lunéville, car les nocturnes apparaissent après cet événement. C’est notre hypothèse.

L’ouvrage, superbement illustré, se termine par un catalogue chronologique des œuvres, suivi de divers index, qui en font un incontestable livre de référence et de découverte.

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