Le rendez-vous manqué d’Orphée et d’Eurydice


1 mai 2007 à 22h22

Orphée et Eurydice, célèbre histoire d’amour et de courage dans laquelle musique et ténèbres se mêlent, offre un matériau unique à l’opéra qui a inspiré nombre de grands compositeurs du XVIIe siècle.

Dans la version de Gluck (1774), Orphée, héros mythique, se meurt depuis qu’il a perdu son Eurydice. Les dieux, émus par sa douleur, lui permettent d’aller chercher son aimée retenue au cœur des ténèbres à une condition: Orphée ne doit pas regarder Eurydice avant qu’ils ne soient tous deux sortis des abîmes.

Pour triompher de l’enfer, Orphée se sert de sa lyre et de sa voix et charme les féroces cerbères, gardes monstrueux de la prisonnière. Il retrouve enfin l’objet de sa flamme mais échoue à la garder près de lui en cédant à la tentation de la regarder. Fou de désespoir, il tente alors de s’ôter la vie, mais les dieux interviennent encore une fois et lui font la grâce de ressusciter Eurydice.

Cette adaptation du mythe d’Orphée ne prend malheureusement pas tout son essor sous la houlette de Marshall Pynkoski et de Jeannette Zingg. Pourtant servie par le talent incontestable du jeune ténor originaire de Guelph, Colin Ainsworth et par la présence lumineuse de la soprano Peggy Krisha Dye, la mise en scène ne répond pas à nos attentes: les tableaux, inégaux, sont dans l’ensemble répétitifs et les ballets (souvent mal coordonnés) alourdissent plus qu’ils n’allègent l’histoire.

Empêché de plonger dans la tragédie d’Orphée par la surabondance des saynètes chorégraphiées, le spectateur est contraint de subir une édulcoration forcée irritante qui atteint son apogée avec une fin sucrée improbable digne de figurer au panthéon des comédies hollywoodiennes les plus caricaturales.

Le choix malheureux d’artifices apparents, tels la nef de la déesse de l’amour, le cœur mural gigantesque de la fin, les pancartes «l’amour triomphe» et les confettis, achève de rendre possible tout hommage à cette superbe tragédie et perd complètement l’intérêt du spectateur. Quant à l’orchestre, parfois poussif, il ne permet pas toujours à l’audience d’apprécier pleinement l’étendue du registre des comédiens et couvre les voix plus qu’il ne les met en valeur.

Restent les décors somptueux et deux tableaux qui parviennent à réconcilier le spectateur perdu à la magie de l’opéra. Les scènes dans lesquelles Orphée charme les cerbères de sa voix et de sa lyre, puis pleure son Eurydice morte une nouvelle fois, résonnent des accords parfaits de la harpe et des contre-basses et se teintent subtilement de l’émotion diffuse que créent remarquablement bien la voix de Colin Ainsworth et un jeu de lumières épuré.

Deux moments que Marshall Pynkoski et Jeannette Zingg ont su préserver de tout excès et auxquels ils ont apporté la nuance et l’attention nécessaires pour illustrer le plus justement possible toute la beauté de la tension dramatique de l’action.

Il est dommage d’avoir sacrifié émotion et sincérité au profit d’une recherche créative innovante qui ne rend pas justice au parti pris moderne du compositeur C. W. Gluck de mettre en avant les composantes dramatiques de l’histoire.

Un rendez-vous malheureusement manqué pour l’amateur du mythe d’Orphée et d’opéra avec cette adaptation de l’Opera Atelier, habituellement mieux inspiré dans ses très belles productions.

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