Le recteur de l’Université de Montréal au Club canadien de Toronto


21 novembre 2006 à 14h01

Les universités sont des acteurs clés de la mondialisation et elles doivent être reconnues comme telles par la société et les gouvernements, a plaidé Luc Vinet, recteur de l’Université de Montréal, lors d’une allocution présentée au Club canadien de Toronto la semaine dernière.

«L’avenir du Canada repose sur la qualité de ses ressources humaines», a-t-il spécifié d’entrée de jeu, posant clairement les prémisses de son discours et ouvrant la porte à un plaidoyer sans équivoque pour l’augmentation pressante du financement des universités.

«Les universités sont puissamment con-frontées à la globalisation et doivent être en résonance avec les grands enjeux contemporains, qui pour la plupart ont une portée internationale», a-t-il poursuivi. Cette nouvelle réalité se décline en trois enjeux spécifiques: la réputation nationale et internationale des universités, leur rôle dans la productivité canadienne et le financement universitaire.

La réputation d’une université ne doit plus uniquement se restreindre au cadre national, mais doit maintenant s’étendre à l’international. «L’Université de Montréal joue un rôle clé sur la scène canadienne mais elle est encore un secret trop bien gardé», croit à ce sujet le recteur de l’Université de Montréal. Son alma mater accuserait un déficit de réputation et, «par ricochet, le Canada aussi en souffre.»

Les statistiques sont pourtant là. 55 000 étudiants, représentant le quart de la population étudiante québécoise, fréquentent l’université juchée sur la montagne. Elle est la 2e université en importance au Canada, après l’Université de Toronto, en termes de revenus de recherche et de nombre d’étudiants et ses étudiants de médecine sont arrivés 1er à l’examen du Conseil médical du Canada durant sept années consécutives. Pourquoi alors un tel déficit de notoriété? Le recteur n’a malheureusement pas fourni d’explications.

«Nous devons également mieux faire connaître nos universités dans le monde», a plutôt poursuivi Luc Vinet. Avec un poids démographique en chute et une explosion de la mobilité étudiante, le Canada doit saisir l’opportunité d’attirer davantage d’étudiants internationaux, croit-il. «Le Canada a tout intérêt à accueillir des étudiants étrangers qui, dans le tiers des cas, resteront au pays et constitueront une main-d’oeuvre qualifiée.»

Deuxième enjeu de taille à solutionner: la faiblesse relative de la productivité canadienne. Pour chaque 100$ produit par nos voisins américains, le Canada produit un maigre 86$. «Mais la productivité n’est pas affaires de volonté individuelle. Elle est, d’abord et avant tout, affaire de volonté collective», croit Luc Vinet en ajoutant que «l’éducation est le plus puissant ressort de cette volonté collective». Gouvernement et secteur privé doivent donc mettre la main à la pâte pour offrir aux universités le financement nécessaire pour leur permettre de remplir complètement leur rôle d’acteur économique.

«L’impact dynamique des universités sur le PIB national s’élève à 48 milliards $. […] Pour chaque dollar que la société canadienne consacre à la recherche et à l’enseignement supérieur, elle en retire 2,82$», soutient-il à l’appui.

Le sous-financement est toutefois le lot des universités canadiennes, a répété Luc Vinet, qui plaide ouvertement pour une augmentation du financement public et pour une contribution étudiante majorée. «Les frais de scolarité (de 1 600$ par année au Québec pour tous les programmes d’études) sont une entrave et une contrainte qui sont devenues intolérables», soutient-il avec aplomb.

«Actuellement, les universités publiques américaines disposent en moyenne de 5 000$ de plus par étudiant que les universités canadiennes en subventions gouvernementales, et de 3 000$ en droits de scolarité.»

Un dégel des frais de scolarité serait donc une facette de la solution, croit-il. Un dégel qui serait accompagné d’un réinvestissement dans les programmes de prêts et bourses pour neutraliser un éventuel impact sur le taux d’accessibilité.

Mais avec la force du mouvement étudiant au Québec (rappelons les mobilisations monstres de l’année dernière qui ont fait reculer le gouvernement dans le dossier des coupures de 103 millions$ dans le programme de prêts et bourses), un tel projet rencontrerait fort probablement une puissante résistance dans la province voisine.

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