«Le Québec a du talent… mais pas de culture»

Décryptage du marché de l'art avec Sylvain Landry

Sylvain Landry

Sylvain Landry


9 octobre 2018 à 11h00

Quelques jours avant le vernissage d’une nouvelle exposition à la Galerie Thompson Landry du quartier de la Distillerie, spécialisée dans les artistes québécois, son copropriétaire, Sylvain Landry, a décrypté pour nous le marché de l’art canadien.

Galerie Thompson Landry
Photographie de Martin Rondeau, toile de Paul Béliveau, tableau en arrière-plan de Jean-Pierre Lafrance, sculpture posée sur le support en bois de Bénédicte Parmentier et photographie de Martin Rondeau

Galerie conviviale

Installé à Toronto depuis maintenant 14 ans, Sylvain Landry a beaucoup travaillé sur la réputation de sa galerie: «La galerie est sérieuse, sans se prendre au sérieux», ironise-t-il.

Contrairement à bon nombre de galeries d’art légèrement austères, l’atmosphère qui y règne est conviviale, accueillante.

Galerie Thompson Landry
Toile de Stikki Peaches, de Laurence Nerbonne, de Dominic Besner et de Jean-Pierre Lafrance.

En outre, l’un de ses objectifs est de mettre en avant des tableaux pouvant être exposés ensuite sur tout type de murs, qu’ils soient blancs ou en pierre. Enfin, cette galerie essaie de proposer des œuvres pour tous les budgets.

Le galeriste, un intermédiaire

Le métier de galeriste est avant tout un rôle d’intermédiaire entre l’artiste et l’acheteur.

«Ici, on ne fait pas de ventes sous pression. Nous aimons parler d’art, mais nous ne sommes pas des vendeurs», précise Sylvain Landry.

En étant au contact des acheteurs au quotidien, les galeristes ont aussi une certaine légitimité pour orienter ou conseiller les artistes.

Galerie Thompson Landry
Photographie de Martin Rondeau et toiles de Dominic Besner.

Marché de l’art

De la galerie Thompson Landry partent des œuvres en direction du monde entier: Singapour, la Chine, Los Angeles, Vienne ou encore Hambourg. «Notre marché est de plus en plus international», reconnaît Sylvain Landry.

Une évolution qui s’explique par l’attractivité croissante du marché nord-américain, parce que «le marché de l’art est hors de prix en Europe».

Galerie Thompson Landry
Toiles de Dominique Fortin, sculpture de Claude Millette et toiles de France Jodoin.

Fixation des prix

Plusieurs caractéristiques – le talent, l’expérience, la renommée – ainsi que l’état de l’offre et de la demande, dictent les prix d’un marché.

En règle générale, la valeur d’un artiste talentueux connaît une inflation de 10% par année, même si les exceptions restent fréquentes puisqu’après tout, c’est le marché qui fixe les prix.

Galerie Thompson Landry
Toile de Jean-Pierre Lafrance, sculpture de Bénédicte Parmentier, de White and White, toile de Dominic Besner, sculpture de White and White et toile de Sylvain Coulombe.

Deux types d’acheteurs

Au sein de celui-ci, les acheteurs occupent une place importante. Mais, ils n’ont pas tous le même profil selon Sylvain Landry, qui est également chef d’orchestre et chanteur ténor international.

«Certains, en voyant un tableau, réagissent de manière viscérale et souhaitent l’acheter directement. D’autres achètent de façon intelligente, en réalisant un investissement pour l’avenir.»

En plus de son rayonnement international, la galerie attire des stars du rock et du cinéma, qui n’hésitent pas à multiplier les acquisitions.

Galerie Thompson Landry
Toile de H. Jou Lee, de Ognian Zekoff, sculpture sur la table de White and White, toile de H. Jou Lee, sculpture de White and White, sculpture de Yann Normand, toile d’Étienne Gélinas, sculpture de Yann Normand, de Gilles Payette, de White and White et tableau de Yoakim Bélanger.

Le Québec ne consomme pas l’art

À la différence de Toronto, qui est considéré comme le plus grand marché d’art du Canada, le Québec est beaucoup moins attractif. «Le Québec a du talent, mais pas beaucoup de culture», lance Sylvain Landry, lui même québécois.

Galerie Thompson Landry
Sculpture de White and White, toile de Paul Béliveau et de France Jodoin, sculptures de Marie-Josée Roy et de Bénédicte Parmentier, tableau de Yoakim Bélanger, sculpture de White and White, de Yann Normand, de Marie-Josée Roy et toile d’Étienne Gélinas.

La tradition anglo-saxonne est bien plus tournée vers la consommation de la culture. «Au Québec, les gens ne font pas vivre leurs artistes. Ils doivent donc aller voir ailleurs», regrette-t-il.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est si fier de sa galerie. Depuis sa création, elle a rapporté plusieurs dizaines de millions de dollars aux artistes québécois.

Yoakim Bélanger
Choisir Renoncer, 108×70.75, de Yoakim Bélanger.

Yoakim Bélanger

Après une période estivale traditionnellement plus calme, la pleine saison va reprendre à la galerie d’art Thompson Landry. À partir du 18 octobre, Yoakim Bélanger  exposera une nouvelle fois ses œuvres lors de l’exposition Feathers & Rust.

Il partagera la lumière avec deux de ses amis sculpteurs, Yann Normand et Bénédicte Parmentier.

Yoakim Bélanger
Leaving amber IV, 71 x 72, de Yoakim Bélanger.

Yoakim Bélanger est un spécialiste du travail sur métal recyclé.  Il aime s’inspirer de la rouille qui s’installe sur ses pièces au fil des mois», nous apprend Sylvain Landry. Connu pour ses couleurs dramatiques, théâtrales, il a proposé pour cette exhibition quatre œuvres d’un autre style, semblant provenir directement de l’Antiquité.

«Ce sont des formes humaines représentées sur du métal, qui paraissent être sorties de terre avec la rouille apparente. La galerie étant présentée comme une pièce qui sort du noir, un éclairage adapté en direction de la rouille pourrait rendre cela spectaculaire.»

Galerie Thompson Landry
Toile de Dominic Besner, sculpture en arrière-plan de Tommy Zen, tableau de Yoakim Bélanger,

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