Le projet Énergie Est pourrait-il renaître de ses cendres ?


5 septembre 2018 à 12h45

Alors que, pour plusieurs, le projet d’oléoduc Énergie Est n’est qu’un mauvais souvenir, d’autres voix soutiennent au contraire qu’il n’est pas mort et qu’il pourrait revivre de plus belle dans un avenir pas si lointain.

Si la levée de la première pelletée de terre du projet n’est pas pour demain matin, certains facteurs pourraient favoriser la renaissance d’Énergie Est, abandonné l’année dernière.

C’est notamment le cas de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis et de Doug Ford en Ontario, ainsi que de possibles changements de gouvernement au Nouveau-Brunswick et au Québec.

Pourquoi dépendre de l’Arabie saoudite?

Idem pour la récente guerre diplomatique entre le Canada et l’important producteur de pétrole qu’est l’Arabie Saoudite, qui fait à nouveau rêver plusieurs partisans d’Énergie Est.

«Les circonstances ont bien changé, il y a bien moins d’obstacles qu’auparavant et un bassin de travailleurs qualifiés et motivés en Atlantique qui a soif d’aller travailler», a affirmé l’avocat Peter MacKay, ancien ministre fédéral dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

«Je surveille de près l’évolution de ce dossier depuis de nombreuses années, même s’il est passé près d’aboutir avant de mourir, il n’est pas trop tard pour le ressusciter. J’ignore s’il existe effectivement une équipe de rêve qui vise à relancer Énergie Est, mais je l’espère bien.»

Des raffineries et ports pétroliers de Cacouna et St-Jean auraient profité du pipeline Énergie Est.

Piloté par le Nouveau-Brunswick

Le sénateur néo-brunswickois Percy Mockler est un autre chaud partisan du projet d’oléoduc. Il croit à sa relance.

Celui-ci aurait apprécié du premier ministre Brian Gallant qu’il place le projet d’Énergie Est à l’ordre du jour de la rencontre des premiers ministres provinciaux qui s’est tenue le mois dernier au Nouveau-Brunswick.

Après une vérification faite auprès des bureaux des premiers ministres Brian Gallant et Philippe Couillard, il semblerait qu’Énergie Est n’a pas fait l’objet de discussions formelles ou informelles durant les rencontres des dirigeants provinciaux.

Doug Ford pourrait être intéressé

Blaine Higgs, le chef du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, affirme pour sa part qu’il ne veut pas abandonner ce projet qu’il qualifie d’important pour la province.

«Énergie Est reste un projet viable et important. J’espère pouvoir en discuter avec le premier ministre ontarien, Doug Ford, le plus tôt possible, car je crois que lui aussi verra la valeur de ce projet.»

Ironie du sort, la mise en service d’Énergie Est, un projet de 15,7 milliards $, était initialement prévue pour la fin de l’année 2018.

L’oléoduc devait à l’origine transporter 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains chaque jour jusqu’à un terminal à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Certains y croient, d’autres moins

Le gouvernement libéral du Nouveau-Brunswick a toujours été un partisan du projet d’oléoduc Énergie Est.

Celui-ci ne devrait toutefois pas figurer à l’avant-scène du programme électoral du Parti libéral et des troupes de Brian Gallant d’ici aux élections du 24 septembre.

«Même si nous voulions que l’oléoduc soit construit, ce n’est pas la seule opportunité que notre gouvernement a prise pour faire croître notre économie. Nous continuerons de chercher et d’explorer de nouvelles possibilités de croissance et de faire progresser le Nouveau-Brunswick », expliquait récemment Rick Doucet, le ministre du Développement de l’énergie et des ressources.

Conditions gagnantes

Des propos que partage Thomas Raffy, le président-directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick.

«Il doit y avoir une succession d’évènements et de changements politiques pour ramener Énergie Est. Puisqu’il est tombé à l’eau, il faudrait peut-être miser sur nos PME qui ont des racines ici et qui vont aider nos communautés.»

«À long terme, il serait préférable d’aider 100 entreprises à créer 20 emplois. Visons le long terme, visons et pensons local et à nos entreprises», illustre Thomas Raffy, qui certifie à son tour ne pas avoir eu de récentes discussions officielles portant sur le projet d’oléoduc.

À Saint-Jean, la ville portuaire qui abrite la plus importante raffinerie au Canada, Énergie Est ne semble plus alimenter les discussions comme autrefois.

«Le dossier Énergie Est n’est pas actuellement sur une table de travail de l’Hôtel de Ville», a simplement affirmé le maire Don Darling.

Du travail en arrière-scène?

L’Acadie Nouvelle a appris au cours des dernières semaines que du travail s’effectuait en coulisse afin de relancer le projet énergétique de l’entreprise albertaine TransCanada.

Une source fiable a même récemment confié que d’influents anciens politiciens sont à l’œuvre depuis quelque temps afin de mousser Énergie Est et d’aider à le remettre sur les rails.

La principale intéressée, TransCanada, n’a pas voulu émettre le moindre commentaire à ce sujet.

La multinationale Irving Oil – qui avait annoncé en 2013 la construction d’un terminal maritime de 300 millions $ à Saint-Jean afin d’exporter le pétrole brut transporté par l’oléoduc Énergie Est – est elle aussi restée complètement muette.

Une vérification effectuée auprès du Commissariat au lobbying du Canada n’a pas permis de déceler la tenue récente de discussions entre des acteurs importants liés de près à TransCanada.

Énergie Est en bref 

Promoteur: TransCanada

But du projet: Transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour des sables bitumineux d’Alberta jusqu’à Saint-Jean

Coût du projet: 15,7 milliards $

Annonce officielle du projet: 1er août 2013

Dépôt officiel du projet: 30 octobre 2014 (à l’Office national de l’énergie

Longueur du pipeline: 4600 km

Emplois générés: 3168 (pendant la construction) 261 (permanents)

Dernier échéancier: Travaux début 2019 Mise en service 2021

Date d’abandon du projet: 5 octobre 2017

Raisons d’abandon: Nouvelles exigences gouvernementales et grande opposition au projet, notamment au Québec.

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