Le Guide alimentaire canadien: nouvelles recommandations, nouvelles controverses

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Le nouveau Guide alimentaire canadien, présenté cette semaine par la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, remplace les quatre groupes alimentaires traditionnels par un groupe de légumes et de fruits, un groupe d’aliments à grains entiers et un groupe d’aliments protéinés.

L’image suggère une demi-assiette de légumes et fruits pour un quart de grains entiers et un quart d’aliments protéinés.

La plus récente édition du guide arc-en-ciel datait de 2007. Le nouveau guide se veut plus actuel, avec des ressources complémentaires facilement accessibles en ligne ou à l’aide d’appareils mobiles.

La satiété plutôt que les portions

Autre fait important, le guide a aboli le nombre de portions recommandées pour chaque Canadien selon la tranche d’âge au profit du sentiment de satiété.

Les concepteurs et représentants de Santé Canada estiment que les Canadiens doivent viser de telles quantités dans la mesure du possible, tout en écoutant notre corps et favoriser les fruits et légumes et les aliments protéinés d’origine végétale.

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«Manger des aliments protéinés d’origine végétale plus souvent favoriserait une meilleure santé», déclare le Dr Alfred Aziz, qui deviendra cette année directeur général de la politique, de la promotion et de la nutrition à Santé Canada.

ministre fédérale de la Santé
La ministre Ginette Petipas Taylor.

Manger en bonne compagnie

Le nouveau guide mise aussi sur des compétences alimentaires. Cuisiner plus souvent, manger en bonne compagnie, se méfier du marketing alimentaire et limiter la consommation d’aliments riches en sodium, en sucres ou en gras saturés sont des concepts à privilégier selon Santé Canada.

Suivre les compétences alimentaires recommandées dans le document permettrait même de réduire les déchets au pays.

Également, l’eau est la boisson de choix dans le guide. Prendre un repas accompagné d’un grand verre d’eau est la meilleure option qui soit.

C’est un aspect qui ébranle les fervents défenseurs du verre de lait. On recommande encore le lait, mais il devrait être plus faible en gras. On prône aussi d’éviter autant que possible les boissons sucrées.

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Les producteurs laitiers inquiets

Depuis le début du mois de janvier, l’abolition de la catégorie des produits laitiers et substituts a suscité beaucoup d’inquiétude chez les producteurs comme chez les consommateurs. En fait, les produits laitiers ne sont pas écartés du guide, mais ils sont maintenant joints à la catégorie d’aliments protéinés, comme les viandes.

Un rapport préliminaire, produit par la compagnie Earnscliffe Strategy Group pour Santé Canada, a été présenté à des groupes de Canadiens de différents milieux et différentes origines afin de faire un choix plus éclairé sur le nouveau «look» du guide.

Isabelle Neiderer, diététiste agréée et directrice de la nutrition et de la recherche des Producteurs laitiers du Canada (PLC), défend la place du lait.

«Les données scientifiques récentes démontrent clairement que la consommation quotidienne de deux à quatre portions de produits laitiers a un rôle bénéfique à jouer dans la promotion de la santé des os et la prévention de plusieurs maladies chroniques que Santé Canada veut combattre avec le nouveau Guide alimentaire, notamment l’hypertension, le cancer colorectal, le diabète de type 2 et l’AVC.»

Confusion sur la valeur nutritive?

Le président des Producteurs laitiers du Canada avait même ajouté que «non seulement cela nuirait au secteur laitier et aux centaines de milliers de personnes qui en dépendent pour gagner leur vie, mais cela risquerait aussi de nuire aux consommateurs canadiens en créant de la confusion au sujet de la valeur nutritive des produits laitiers».

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Il ne faut pas oublier que des nouvelles ententes et accords commerciaux signés par le gouvernement fédéral font la vie dure aux producteurs de lait, dont les prix sont protégés par la «gestion de l’offre».

Suite à la sortie officielle du guide, les PLC ont rappelé certains des bienfaits pour la santé que procurent les produits laitiers. «Les recherches continuent de confirmer que les protéines du lait figurent parmi les meilleures disponibles, mais les avantages nutritionnels des produits laitiers vont bien au-delà de cette teneur en protéines», pouvait-on lire dans un récent communiqué.

Il faut se rappeler que dans le guide de 2007, il était recommandé de boire du lait écrémé ou du lait 1% ou 2% M.G et d’en boire 500 ml par jour pour avoir assez de vitamine D. Aucune mention de ce genre n’est faite dans le nouveau guide. Verra-t-on une influence sur la consommation du lait des habitants du pays?

Le goût de se faire à manger

Ariane Lalande-Borris, nutritionniste, avance que le Canada s’est peut-être inspiré du nouveau Guide alimentaire du Brésil, paru en novembre 2015. Santé Canada ne l’a pas nié, rappelant que les concepteurs du nouveau guide ont regardé plusieurs autres documents officiels de différents pays.

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Le guide du Brésil ne recommande pas de portions et ne contient pas de groupes alimentaires. Il vise à donner le goût aux Brésiliens de se faire à manger, tout en étant axé sur la nutrition, la santé, la prévention des maladies et certains aspects culturels et environnementaux.

Quelques chroniqueurs ont déjà relevé, dans le nouveau Guide, des débordements idéologiques modernes n’ayant rien à voir avec la santé, comme cette recommandation de «célébrer les pratiques culturelles liées à l’alimentation» en organisant des événements communautaires avec des «aliments ethniques» (vive la poutine!).

Privilégier des aliments frais ou les moins transformés

«Le changement est bénéfique», déclare la nutritionniste, «car les connaissances évoluent et les recommandations doivent s’adapter aux nouveaux défis des consommateurs.»

Elle ajoute aussi que plusieurs nouveaux aspects sont intéressants. «Privilégier des aliments frais et moins transformés, l’ouverture du nombre de portions versus l’écoute de notre corps avec les signaux de faim et de satiété, retrouver le plaisir de manger et de cuisiner à la maison seront des concepts plus présents et concrets pour les Canadiens.»

Nous sommes loin du premier guide alimentaire en 1942, les Règles alimentaires officielles au Canada. Ce guide était surtout conçu pour prévenir les carences nutritionnelles de la population et améliorer sa santé en temps de guerre et de rationnement des vivres.

Un but qui n’a pas tant changé, puisque Santé Canada continue d’aider la population canadienne à prôner la consommation d’aliments nutritifs et à promouvoir une alimentation saine pour tous les Canadiens et les Canadiennes.

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