Le doc Mailloux: onde de choc dans la communauté torontoise


11 octobre 2005 à 0h00

Il y a deux semaines, le Dr Mailloux prononçait des propos racistes durant l’émission télévisée Tout le monde en parle. Depuis, l’élite québécoise s’insurge et se mobilise pour attaquer l’homme qui les a prononcés. Le dimanche suivant, le 2 octobre, les invités de la même émission ont pris position contre le racisme.

Or, qu’il soit crucial que l’intelligentsia québécoise prenne position, peu de ces mêmes personnes ont formulé un discours clair pour exiger une politique nationale de tolérance zéro contre le racisme. Cela, d’autant plus que la place publique permettrait d’éduquer les individus à s’approprier de comportements sociaux luttant contre le racisme.

En demeurant dans le discours de dénonciation, les personnes ne peuvent pas acquérir les outils critiques nécessaires pour cerner les discours racistes plus subtils et systémiques. En effet, il arrive rarement dans les sociétés canadienne et québécoise d’entendre des remarques ouvertement racistes, l’acte étant plus subtil et personnel.

Chaque individu possède un système de valeurs bâti à partir de ses expériences personnelles et de ses contacts avec son milieu. Beaucoup de gens au Canada, en Ontario ou au Québec, ont grandi dans des milieux homogènes en terme linguistique, culturel, racial et religieux.

L’afflux constant et croissant de Néo-Canadiens et de Néo-Canadiennes de minorités dites visibles a transformé le visage du pays. Cependant, l’immigration concentrée dans les trois plus grandes villes canadiennes, crée une dichotomie démographique idéologique d’où peuvent émerger des discours racistes.

Que les gouvernements veuillent faire des programmes afin de promouvoir l’établissement de nouveaux immigrants en région n’est pas en soit un problème, sauf que, dans une société démocratique, les individus ont le droit à la mobilité géographique. Ils s’installeront là où ils estiment avoir le plus de chances de réussir.

Ce qui pose problème c’est que l’on ne discute pas des barrières systémiques d’accès aux privilèges sociaux que confèrent certains positionnements comme la classe sociale, la couleur de la peau, le sexe, l’orientation sexuelle et l’absence de handicap. On ne critique pas les discours qui maintiennent ces barrières.

En Amérique du nord, la thèse de la pollution sociale par les groupes marginalisés a maintenu la ségrégation des Afro-américains jusqu’au milieu des années 60 ou encore la stérilisation systématique pratiquée sur des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble de santé mentale jusque dans les années 70.

Pour les sociétés démocratiques, le risque de voir monter au pouvoir des démagogues est toujours réel, puisque les discours de la droite fasciste se nourrissent de peurs, d’ignorance et de préjugés. Démasquer les démagogues avant qu’ils ne prennent le pouvoir est notre responsabilité individuelle et collective. Il faut que nous soyons le contraire d’une société «américanisée» pour devenir une société ouverte, tolérante et respectueuse des droits et aspirations individuelles.

Cela veut dire qu’individuellement, et dès que j’entends une remarque raciste, classiciste, sexiste ou hétérosexiste (ou toutes les autres formes de préjugés); je me dois d’avoir une tolérance zéro en interpellant l’autre dans sa responsabilité de citoyen à respecter la charte des droits pour lui faire modifier ses pensées et ses comportements oppressifs.

Ce n’est certainement pas en punissant le porteur de l’idée raciste comme le Dr. Mailloux que nous le ferons changer. Au contraire, il risque de se cristalliser et de devenir un martyr pour ceux qui pensent comme lui avec le risque d’envoyer cette idéologie dans l’undergound discursif, là où il est le plus tendancieux et le plus dangereux pour une société démocratique.

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