Le Cochon de Gaza, une bombe pacifique

Le réalisateur Sylvain Estibal nous parle de son premier film

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Écrire un scénario, réaliser un film et le promouvoir n’est pas chose facile, surtout quand il s’agit de son premier. Ajoutez à cela une action située en Palestine, une colonie juive et un cochon et vous obtiendrez un savant mélange de tabous brisés, de provocation et d’humanisme contagieux. Sylvain Estibal n’a pas choisi la voie de la facilité et le public le remercie, Le Cochon de Gaza est un magnifique cri de rage comique et un plaisir des yeux qu’on ne saurait se refuser.

Comment un cochon, animal tabou des religions juives et musulmane peut-il se retrouver à rapprocher Israéliens et Palestiniens? Voilà le tour de force du scénario écrit par Sylvain Estibal pour Le Cochon de Gaza.

«Un ami m’a dit qu’il y avait des élevages de cochons en Israël, à un mètre du sol, parce que les cochons n’ont pas le droit de toucher le sol israélien!», dit le réalisateur, également photographe pour l’Agence France Presse, qui avait déjà fait un reportage photo à Hébron par le passé.

Provocant et pacifiste

De cette anecdote, il en a tiré une histoire osée, qui aurait pu ne jamais voir le jour tant il joue avec les tabous.

«Ce n’est pas de la provocation pure et dure, mais on avait des craintes, le sujet faisait peur. D’ailleurs un distributeur nous a lâché, un coproducteur aussi, mais nous on y croyait. C’est un film pour la paix», dit-il.

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Face à la situation dramatique dans la bande de Gaza, le sentiment d’impuissance gagne du terrain et c’est pourquoi Sylvain Estibal tenait à «mettre un coup de pied là-dedans».

Il faut remettre en contexte le propos du film. Un pêcheur gazaouite se ramasse avec un cochon dans ses filets et développe une activité de trafic avec une colonie juive.

Et quel trafic! Il fait entrer du sperme de cochon dans la colonie juive qui elle-même élève des cochons pour les Russes et qui a besoin de la semence porcine pour la reproduction. On comprend mieux maintenant que la critique parlait d’OVNI au moment de la sortie du film en France en 2011.

«Ça a été compliqué pour aller aux festivals. On ne rentrait pas dans une case», se souviennent Sylvain Estibal et sa compagne, la comédienne Myriam Tekaia, qui joue dans le film.

Dressage de cochons

Tourné à Malte, le film rassemblait plus de vingt nationalités qui jouaient en arabe et en hébreu. «Les comédiens avaient certaines réticences à jouer dans le film. Et il y a eu des problèmes de permis de travail, il fallait trouver quelqu’un qui parle hébreu. On a eu pas mal de doutes et de difficultés», indique Sylvain Estibal, qui était à Toronto la semaine dernière pour présenter son film au Festival du film juif de Toronto.

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Il a aussi fallu trouver des cochons vietnamiens, les dresser pour les besoins du film.

«On en a sélectionné cinq. C’est assez difficile à manœuvrer pour le tournage. C’était vraiment la star! Avant les comédiens!», avance le réalisateur, qui a d’ailleurs failli perdre une de ses stars. Mais que les associations de protection des animaux se rassurent, tout est rentré dans l’ordre et Sylvain Estibal peut témoigner que les cochons savent nager quand il le faut!

«L’électrochoc comique», comme il aime décrire Le Cochon de Gaza, est avant tout un film humaniste. Il ne joue pas sur la corde la fuite en avant ni de la paix impossible. En fracassant les tabous, en jouant avec eux, le film cherche avant tout rapprocher deux peuples, à faire en sorte qu’ils se comprennent.

Peu de réactions négatives

Bizarrement, le film n’a pas suscité de réactions épidermiques de la part des communautés juives et musulmanes et Sylvain Estibal a par ailleurs remporté le César du meilleur premier film en 2012.

«On s’attendait à avoir des problèmes, des menaces. Les réticences étaient aussi beaucoup sur le titre. D’ailleurs à l’international on a changé le titre. C’était une anticipation de la peur plutôt qu’une réalité.»

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Briser les tabous

Il est vrai que mettre le mot «cochon» juste à côté de «Gaza» ne représente pas l’association d’idées la plus consensuelle qu’il soit. Toutefois, le film a réussi à se frayer son chemin dans de nombreux pays d’Europe, en Amérique du Sud, en Asie et au Canada.

Bien sûr, Le Cochon de Gaza en choquera certains, mais comment résister devant une telle dose d’humanité. Les tabous sont faits pour être brisés, tout comme les barrières mentales. La fin du film nous prend par surprise et sème la graine de la Paix. Cette paix qui n’est pas toujours le fruit d’une fuite, d’un exode, mais qui peut exister là-bas.

Il ne va pas sans dire que Sylvain Estibal et Myriam Tekaia ne souhaitent désormais qu’une chose, que le film soit projeté à Gaza et en Israël. Ce jour-là, la boucle sera définitivement bouclée et le cochon pourra vaquer à ses occupations.

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