Le balado, média dépassé ou futuriste?

Le succès dépend de la qualité et de l'originalité

Baladodiffusion

Jean-François (à droite) et les deux autres co-fondateurs du balado Le Courant: Etienne et Julien.


18 avril 2018 à 8h00

Au début du mois de février, un débat a éclaté entre Alain Dufresne, du Journal de Québec, et Stéphane Berthomet, baladodiffuseur qui intervient souvent dans les débats publics sur les enjeux sécuritaires et policiers. Le sujet du débat portait principalement sur les baladodiffusions.

Le premier a fait comprendre qu’il trouvait les émissions assez ennuyeuses et pas si innovantes. Le second défend ce qu’il appelle «l’accessibilité», reconnaissant qu’il est difficile de rendre à ses écoutes une certaine notoriété.

Pour comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’est un balado. Comme tout média, il a besoin de son émetteur et bien sûr de son récepteur. Ce dernier peut s’abonner au flux par une plateforme. Aujourd’hui, il existe une multitude de foyers pour les podcasts (iTunes, Deezer) qui sont également partagés sur Facebook et Twitter.

Il faut également différencier les baladodiffusions qui proviennent des médias traditionnels de ceux qui se veulent alternatifs.

Aujourd’hui, une radio peut publier sur Internet l’enregistrement d’une diffusion passée plus tôt sur ses ondes pour permettre à l’auditeur de réécouter le contenu. Mais un balado peut aussi venir d’un indépendant qui veut parler d’un sujet nouveau et qui ne travaille pas forcément sur un média.

Au Québec, on compte jusqu’à 400 formats de baladiffusion, mais ici aussi il faut les différencier. «Certains sont juste des rediffusions de conférence à l’université, alors que d’autres sont de qualité digne d’être diffusés sur les ondes», confie à L’Express Sébastien Perron, directeur du développement et de la production audio à Radio-Canada.

Originalité

Certes, les balados restent, selon Alain Dufresne, toujours très portés sur l’actualité et des thèmes qu’on traite partout. D’ailleurs, la majorité des balados viennent des grandes chaînes d’actualité.

Radio-Canada, par exemple, cherche de plus en plus à proposer «des programmes originaux» par rapport à ce qui est proposé à l’antenne. Suivant un peu le modèle de Netflix, «l’idée est de proposer une radio à la carte», précise Sébastien Perron.

Radio-Canada revendique d’ailleurs «plus de 85 000 téléchargements par semaine» pour ses baladodiffusions, toute émission comprise. Quelle est donc la place des indépendants dans ces écoutes?

L’avantage est que ça ne demande pas beaucoup de moyens pour enregistrer sa voix. Mais encore faut-il que ça ait l’air professionnel.

Balado
Le podcast est aujourd’hui simplifié par l’importance du téléphone dans notre quotidien.

La voix de la jeunesse

Jean-François, jeune diplômé montréalais  en journalisme depuis 2014, a lancé récemment son podcast Le Courant avec deux camarades, Étienne et Julien. Pour lui, il était nécessaire d’utiliser ce qui se faisait déjà traditionnellement et s’en servir pour innover, «faire notre petit bout de chemin à travers tout ça».

Ce qui changera, c’est surtout l’attente d’un public spécifique. Pour un journaliste comme Jean-François, qui a décidé de se spécialiser uniquement dans les sports et la culture populaire, son public aura plus d’attentes que pour un média généraliste.

Reste à savoir comment financer la qualité du programme, car décider d’être indépendant aujourd’hui, c’est vivre dans l’incertitude de pouvoir assurer la pérennité de son média. Les nouveaux baladodiffuseurs décident pour la plupart de financer eux-mêmes leur activité, comme l’a d’ailleurs fait Le Courant.

La proximité avec l’auditeur

C’est un pari risqué, mais pour des passionnés comme ces jeunes hommes, il est important «de prendre le temps d’être à l’écoute de ce qui nous suivent». Pour eux, la qualité du travail se joue principalement sur le temps passé sur l’enquête des sujets pour fournir «des points de vue intéressants et rafraîchissants».

Reste qu’il est difficile de calculer l’ampleur du phénomène balado, car comme nous le précise notre interlocuteur: «Apple et iTunes gardent toutes leurs données pour eux seuls». 

À l’heure de la domination du vidéo, il existe pourtant encore des adeptes de l’audio. Dans une ville comme Toronto, on apprécie être accompagné sur le chemin du travail, dans les transports en commun. Et pour Sébastien Perron, «l’audio est le futur», surtout quand on sait qu’aujourd’hui «tout passe par le téléphone».

On ne peut pas nier le fait que le phénomène marche quand on voit que des plateformes continuent à investir dedans. En janvier dernier, le site de musique Spotify a notamment lancé Spotlight, son nouveau format réservé aux baladodiffusions.

Pourtant, le Canada est encore à la traîne en matière de balado, contrairement au voisin américain. Les États-Unis semblent détenir la clé pour réconcilier les attentes des médias traditionnels et alternatifs. Mais comme le souligne Sébastien Perron, «le balado a le vent dans les voiles» et ne s’arrêtera pas dans une société monopolisée par le streaming, la capacité de télécharger des contenus et les regarder ou écouter à n’importe quel moment.

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