L’aventure de nos grands-pères: le vagabondage par train

Quelques jeunes en quête d'aventures voyagent encore comme ça aujourd'hui

Vagabondage-train

Les vagabonds qui sautent à bord d’un train en mouvement risquent leur vie. (Photo: Dominique Liboiron)


13 mars 2018 à 15h45

Nombreux sont les Canadiens-Français, durant la Grande Dépression, qui ont traversé le pays à bord d’un train. À la recherche d’un emploi, nos pères, grands-pères, oncles et frères ont sauté à bord des trains d’un bout du Canada à l’autre. Le vagabondage par train était un phénomène bien répandu dans les années 1930, mais ne pensez pas que ça n’existe plus.

Emerald Ross, de Gravelbourg (Saskatchewan), compte parmi ces «vagabonds», et l’expérience a changé la trajectoire de sa vie. Décédé en 2012 à l’âge de 95 ans, son neveu René Ross a partagé l’histoire de son oncle.

Pilote de guerre

Emerald sautait à bord des trains à cause de la sécheresse et de la faillite des récoltes. Il a traversé le Canada pour trouver du travail. Sans argent pour s’acheter un billet, il faisait comme bien d’autres hommes — il grimpait sur des trains en mouvement.

Emerald Ross
Emerald Ross

Conscient du danger de tomber et soucieux des policiers qui attendaient les vagabonds de ville en ville, Emerald Ross a connu des difficultés, mais grâce à ses voyages en train il a pris connaissance de son pays.

Marqué par sa découverte du Canada, il a décidé que c’était un pays pour lequel il voulait se battre: il s’est joint à l’armée de l’air et est devenu pilote de Lancaster pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Suite à la guerre, le Canada a connu un éveil économique. De plus, les grandes sécheresses ont cessé. Ce faisant, le vagabondage par train est devenu un phénomène rare, mais les Canadiens n’ont jamais oublié cette partie de leur histoire.

Et si ça existait encore?

La compagnie ferroviaire Canadien Pacifique n’a pas voulu accorder une entrevue pour indiquer si ce vagabondage existe encore. Récemment, dans un train arrêté près de l’élévateur de Maple Creek (à mi-chemin entre Regina et Calgary), un des membres de l’équipage a accepté d’en parler.

Selon lui, les gens sautent à bord des trains beaucoup moins qu’auparavant, mais le phénomène existe toujours, surtout comme moyen de transport. Par exemple, les dernières personnes qu’il a trouvées à bord son train tentaient de se rendre de Coquitlam, C.-B., à Moose Jaw, Sask., soit de franchir une distance de 1600 kilomètres.

Les trois personnes en question espéraient se rendre à un enterrement. Elles ont dû descendre.

Locomotives

Selon le membre de l’équipage, les vagabonds d’aujourd’hui aiment se cacher dans les locomotives supplémentaires, c’est-à-dire les engins situés au milieu d’un train où il n’y a pas de personnel. Ces locomotives-là sont vides parce qu’elles sont contrôlées à partir de la locomotive principale, située à la tête du train. Ce fut le cas du trio qui se rendait à Moose Jaw.

De nos jours, les trains tirent moins de wagons de marchandises. Il y a donc moins de wagons qui se prêtent bien au vagabondage. Les wagons de charbon sont salissants alors que les wagons de blé, de potasse ou de pétrole laissent peu de place où se cacher.

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Les vagabonds modernes se cachent souvent dans la locomotive secondaire inoccupé, commandée à distance. (Photo: Dominique Liboiron)

Vagabonds des temps modernes

Alors que certaines personnes se servent des trains de marchandises comme moyen de transport, il en existe d’autres qui sautent à bord des trains par goût de l’aventure ou même par intérêt artistique.

Un d’entre eux, Mike Brodie, estime avoir parcouru environ 80 500 kilomètres en fugue à bord des trains. Au cours de ses multiples péripéties, il avait toujours son appareil photo à la main.

Désireux d’une vie libre sans responsabilités, à la fois obsédé par la passion du voyage et dévoré par le besoin de photographier le mode de vie des vagabonds, Mike Brodie a pris des centaines d’images avec lesquelles il a publié deux livres. Le premier, A Period of Juvenile Prosperity, a paru en 2013, et le deuxième, Tones of Dirt and Bone, en 2015.

Évasion

Selon Mike Brodie, les vagabonds d’aujourd’hui sont surtout des adolescents, mais quelques vétérans sillonnent toujours les rails.

Les jeunes vagabonds, dit-il, sont souvent idéalistes et hésitent à accepter les responsabilités et les contraintes du monde adulte. «Les jeunes vagabonds cherchent surtout à s’évader.» Autrement dit, les vagabonds n’ont pas une destination en tête. Ils ne voyagent pas pour arriver. Ils voyagent pour fuir.

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