L’art de se faire enfirouaper

livre Danièle Vallée, Sept nuits dans la vie de Chérie
Danièle Vallée, Sept nuits dans la vie de Chérie, roman illustré par des tableaux de Suzon Demers, Ottawa, Éditions David, 2020, 184 pages, 24,95 $.
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Rien de plus normal qu’une comédienne commande une robe à une couturière, n’est-ce pas? Non, pas si ces deux femmes sont les protagonistes d’un roman concocté par Danièle Vallée, raconteuse hors pair. Nous sommes alors en présence d’une «zombie esclave d’une sorcière».

Le roman s’intitule Sept nuits dans la vie de Chérie et met en scène la comédienne Éva Martin, 27 ans, et la couturière Clarisse Dubuc, 39 ans. Cette dernière en est la narratrice.

Franche connivence

Au début, le grand miroir dans l’atelier de couture nous renvoie «l’étincelante réflexion d’une franche connivence». Puis, grâce à l’imagination débridée de Danièle Vallée, Éva bourre Clarisse de couleuvres, au point où la couturière se sent prise en otage des épouvantes et des cauchemars de la comédienne.

Dès la première page, la romancière énumère trente-cinq sortes de tissus. Je n’en avais jamais imaginé le quart. Et la dernière ligne de chaque chapitre reprend presque toujours deux ou trois de ces tissus – «Matelassé. Percale. Dentelle.» –, cédant parfois à des mots reliés au métier de couturière: «Dés. Papier. Ciseaux.»

Obéissance aveugle

Le titre du roman est le titre de la pièce dans laquelle Éva Martin tient le rôle principal. Nous ne connaissons pas grand-chose au sujet du scénario, nous observons plutôt Éva en faire à sa tête et Clarisse lui obéir aveuglement.

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Oh, la couturière a beau hésiter, voire refuser, elle finit toujours par accepter. «Pourquoi m’a-t-elle choisie pour vivre sa folie?» Sans dévoiler le dénouement de l’intrigue, je peux vous signaler que Clarisse passera sept nuits chez Éva…

La romancière aime jouer sur les mots. Clarisse note, par exemple, qu’il s’agirait «d’intervertir deux voyelles du mot fiable que je serais faible». Ou encore: «Sur scène, Éva ne joue pas. Elle vit, revit et survit. Dans la vie, Éva joue, déjoue et se joue des autres.»

Scénarios improbables

Danièle Vallée échafaude des scénarios tous plus improbables les uns que les autres, et imagine des mises en scène parfois absurdes. Certaines situations m’ont même paru peu plausibles, voire tirées par les cheveux. À un moment donné, je me suis demandé si le titre du roman n’aurait pas dû être «L’art de se faire enfirouaper».

Mais c’était sans compter sur la fine touche psychologique de Danièle Vallée qui nous réserve une fin digne d’une grande tragédie grecque.

L’autrice s’est inspirée de huit tableaux de l’artiste Suzon Demers (reproduits en couleurs sur papier glacé) pour broder une intrigue déroutante. Le recueil de nouvelle Sous la jupe jumelait aussi textes de Vallée et tableaux de Demers.

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