Lac-Mégantic: le conducteur du train atterré quand il a compris ce qui se passait

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à 20h14 HAE, le 12 juillet 2013.

LAC-MÉGANTIC, Qc – Le conducteur de train Tom Harding était atterré, en constatant au milieu de la panique qui régnait au centre-ville de Lac-Mégantic, que son convoi de wagons-citernes remplis de pétrole venait d’exploser, a raconté jeudi une employée de l’hôtel où il logeait.

Catherine Pomerleau-Pelletier, serveuse à l’Eau Berge, était sur la terrasse de l’établissement et regardait avec d’autres clients et employés les explosions et les flammes qui ont fait au moins 24 morts.

Mme Pomerleau-Pelletier a affirmé que le conducteur de train est apparu avec le visage bouleversé et qu’il a compris qu’il s’agissait du convoi qu’il venait de laisser 10 km plus loin pour un changement de quart, vendredi en fin de soirée.

La serveuse a affirmé que les lumières dans l’hôtel, où se trouve aussi un bar, se sont mises à clignoter avant que retentisse le bruit de l’explosion, qui a semé la panique parmi les clients qui se trouvaient sur place.

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«Son visage était assez indescriptible, ça voulait tout dire et rien dire en même temps, a-t-elle dit. C’est compréhensible aussi, c’est lui le dernier qui a laissé le train là-bas.

«On regardait tout ça, le feu, les explosions. J’ai juste vu qu’il est arrivé. Il a regardé ça et je pense qu’il a compris que c’était le train. Je l’ai regardé, je n’ai pas fait de commentaire. Il avait l’air très, très bouleversé.»

Par la suite, Mme Pomerleau-Pelletier a quitté l’établissement et n’a plus revu M. Harding, qu’elle a décrit comme un client plutôt effacé, qui dormait à l’hôtel une ou deux fois par semaine en raison de ses déplacements professionnels.

«Il a l’air d’un petit monsieur assez réservé, sympathique, a-t-elle dit. Il arrivait, s’en allait se coucher, sa ‘job’ était faite, et il repartait le lendemain matin.»

Freins à main

Mercredi, le président et chef de la direction de la société propriétaire de Montreal, Maine & Atlantic, Edward Burkhardt, a affirmé que M. Harding avait mal serré les freins à main sur les wagons-citernes qui ont explosé samedi matin vers 1h.

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Vendredi en fin de soirée, un taxi était venu chercher Tom Harding à Nantes, où il avait immobilisé son convoi pour un changement de quart, à 10 km du centre-ville de Lac-Mégantic.

Un incendie s’est ensuite déclaré à bord de la locomotive laissée sans surveillance et MM&A a affirmé cette semaine que le moteur avait été coupé, à la suite d’une intervention des pompiers, ce qui avait causé le relâchement de ses freins pneumatiques, permettant au convoi de descendre la pente vers Lac-Mégantic.

Le chauffeur de taxi André Turcotte, qui a conduit M. Harding à l’Eau Berge, a affirmé mercredi qu’il avait remarqué que la locomotive dégageait beaucoup plus de fumée que d’habitude.

Craignant la pollution que cela pourrait causer, M. Turcotte s’en est inquiété à deux reprises durant le trajet, mais l’employé de MM&A s’est fait rassurant.

«Ça boucanait plus que d’habitude dans l’engin, mais lui il m’a dit qu’il avait suivi les directives de la compagnie», a-t-il dit.

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M. Turcotte, qui avait M. Harding pour client une ou deux fois par semaine, a déclaré qu’il faudra attendre les résultats des enquêtes de la Sûreté du Québec et du Bureau de la sécurité dans les transports.

«Je ne veux pas le couvrir, je ne veux pas l’abrier, mais je ne veux pas le crucifier non plus tout de suite, a-t-il dit. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il m’apparaissait comme un chic type.»

Un des clients de l’Eau Berge, François Durand, a connu M. Harding il y a deux ans. M. Durand a affirmé mercredi que les conducteurs éprouvaient fréquemment des problèmes mécaniques avec les locomotives, notamment des incendies, comme celui qui a nécessité l’intervention des pompiers avant le drame.

«Ils arrivent une demi-heure plus tard et on leur demande pourquoi, ils disent: parce que j’ai été obligé d’arrêter parce que le feu était pogné en-dessous de tel engin ou de tel wagon, a-t-il dit. C’est à tous les voyages qu’ils font que ça arrive, alors ce n’était pas trop sécuritaire.»

M. Durand a raconté qu’il passait parfois du temps avec M. Harding, qui s’arrêtait au bar prendre une bière avant d’aller dans sa chambre se coucher.

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«On parlait de toutes sortes d’affaires, des conneries de la vie, des femmes», a-t-il dit.

M. Durand a expliqué qu’il est profondément attristé par la situation éprouvante dans laquelle M. Harding se retrouve à la suite du drame de la semaine dernière.

«Ils lui mettent tout le blâme sur le dos, a-t-il dit. Espérons que non.»

Des wagons déplacés

Par ailleurs, un des hommes qui a déplacé des wagons-citernes plein de pétrole, après l’explosion d’un convoi qui a détruit le centre-ville de Lac-Mégantic la fin de semaine dernière, ignorait qu’il était aidé par le conducteur du train durant l’opération.

Serge Morin, qui est intervenu avec de l’équipement de l’entreprise pour laquelle il travaille afin de lutter contre l’incendie, a affirmé que Tom Harding lui a seulement été présenté comme un employé de Montreal, Maine & Atlantic, le transporteur ferroviaire dont le convoi a déraillé.

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Comme les quatre autres hommes qui s’affairaient à déplacer les pleins de brut, malgré les flammes qui venaient jusqu’au-dessus d’eux, M. Harding était nerveux.

«Il était très nerveux, il faisait très chaud, tu ne prends pas le temps de discuter trop, trop, a-t-il dit. Je ne savais pas que c’était le conducteur du train mais je savais que c’était un employé de MMA, c’est ce qu’on m’a dit.

«Je ne savais pas à ce moment-là toutes les histoires qu’on sait. À ce moment-là, je trouvais qu’il nous donnait un bon coup de main, je trouvais qu’il faisait sa part.»

M. Morin, aidé de l’un de ses collègues, Sylvain Grégoire, a réussi à détacher puis déplacer cinq premiers wagons-citernes remplis de pétrole en queue du convoi, avec un locotracteur de l’entreprise Tafisa, qui dispose de cet équipement parce que sa marchandise transite par transport ferroviaire.

Une fois ces premiers wagons déplacés, les deux hommes étaient cependant incapables de retourner avec leur véhicule et c’est avec un tracteur de construction, qui les avait tirés durant l’opération, qu’ils ont dû aller en chercher d’autres.

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C’est à ce moment qu’un pompier sur place lui a indiqué qu’un employé de MMA, vêtu d’un habit de pompier de la municipalité, était sur place.

«C’est sûr que de savoir qu’il y avait ce monsieur qui pouvait nous donner un coup de main, ça prenait l’aide de tout le monde ce soir-là, a-t-il dit. On n’essayait pas de voir c’était qui.»

Sans locotracteur, M. Morin était cependant incapable de désengager les freins des wagons, ce que l’employé de MMA a su faire.

«Il a été nécessaire parce qu’on n’aurait pas été capable de repartir avec le ‘loader’, a-t-il dit. Tant qu’on était avec le locotracteur, on était capables de désengager les freins mais avec le ‘loader’ on n’était pas capables. Alors je pense que oui, il a été utile.»

Les seuls mot de Tom Harding entendus par M. Morin furent prononcés quand le conducteur lui a indiqué qu’il n’avait pas à se soucier de briser des boyaux pour attacher le wagon au tracteur.

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«C’est la seule conversation que j’ai eue avec lui», a-t-il dit.

MMA a affirmé cette semaine que Tom Harding, qui est demeuré silencieux depuis la tragédie de samedi, était intervenu dans les premières heures qui ont suivi l’explosion du convoi de 72 wagons-citernes.

Le président de l’entreprise propriétaire de MMA, Edward Burkhardt, a déclaré mercredi que M. Harding n’avait pas serrés les freins à mains des wagons correctement, au moment d’un arrêt pour un changement de quart, ce qui a permis au convoi de se mettre en mouvement et de dévaler, sans personne aux commandes, une pente pour exploser, faisant 28 morts et 22 disparus.

Au total, neuf wagons ont été éloignés, malgré les flammes qui brûlaient au-dessus des cinq hommes qui ont réussi ce travail, dans les heures qui ont suivi le déraillement.

En plus des deux employés de Tafisa et de M. Harding, un pompier, Benoit Héon, ainsi que Pascal Lafontaine, de l’entreprise propriétaire du tracteur, ont participé à l’opération, qui s’est terminée à la levée du jour. Un sixième homme a aussi travaillé à déplacer les cinq premiers wagons, un soldat dont M. Morin ignore le nom.

M. Morin, qui compte des victimes de la tragédie dans son entourage, n’a plus revu M. Harding, après le déplacement des deux derniers wagons-citernes.

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