La vélocité d’esprit de Sherlock Holmes


16 septembre 2014 à 12h18

Plusieurs croient que Sherlock Holmes a bel et bien existé, au même titre que Jack l’Éventreur. Cette croyance est si fermement ancrée que John Bastardi Daumont a écrit une biographie de 200 pages intitulée Sherlock Holmes, détective consultant.

Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes en 1887. Il le campe dans quatre nouvelles et cinquante-six histoires courtes, l’ensemble de ces textes constituant ce qu’on appelle le Canon. Les histoires étaient d’abord publiées dans The Strand Magazine, puis réunies dans un livre.

John Bastardi Daumont a certainement lu et relu chaque nouvelle et chaque histoire courte mettant en scène l’illustre détective. Je soupçonne qu’il a même lu entre les lignes et dans les marges.

Chose certaine, Daumont a glané toutes les allusions à la vie privée de Sherlock Holmes (études, situation financière, relation avec son frère Mycroft, etc.).

Lorsque Sherlock Holmes rencontre John H. Watson, il n’a pas encore trente ans. Il n’est guère fortuné puisqu’il doit partager le loyer au 221 B, rue Baker. Watson le trouve «froid, rude, sans humour et incapable d’exprimer le moindre sentiment».

Produit d’une fin de siècle en pleine décadence, Holmes demeure un gentleman. «En toute circonstance, il conserve une classe et un fair-play très victoriens.» Il affiche parfois l’arrogance du dandy, mais «ne fait jamais preuve de frivolité». Sa réserve est toute britannique.

Sherlock Holmes a toujours pensé qu’il aurait fait un criminel de très grande classe. Bien que détective, il semble afficher une certaine ambivalence à l’égard de la loi. Dans Silver Blaze (1892), «il est fortement soupçonné d’avoir profité d’informations pour tricher lors d’une course»; dans The Adventure of Charles Augustus Milverton (1904), «il décide de cambrioler le domicile du vieux malfaiteur»; dans The Adventure of the Three Gables (1926), «il fait chanter un écrivain».

L’auteur décrit Sherlock Holmes comme une véritable machine à raisonner. Il précise même que son corps n’est qu’un appendice de son cerveau. Il a une connaissance encyclopédique de la jurisprudence criminelle et un faible pour la chimie, «qu’il étudia à l’Université» (on ne précise pas laquelle).

«D’un naturel sexiste, Holmes est marqué par les bonnes mœurs victoriennes et conserve une distance hautaine à l’endroit de la gent féminine.» L’auteur n’hésite pas à dire que le célèbre détective fait preuve de misogynie. Jamais il ne mentionne sa mère.

Les rapports entre Holmes et Watson ont fait couler beaucoup d’encre. Daumont rejette du revers de la main toute attirance homosexuelle entre les deux compagnons. Ce ne sont là que pures spéculations qui ont évidemment nourri les fantasmes du public lecteur.

Plusieurs acteurs ont incarné Sherlock Holmes. William Gillette joue ce rôle dès 1899; c’est lui qui invente la phrase «Elementary my dear fellow» (qu’on ne trouve pas dans le Canon). Gillette popularise aussi la pipe recourbée, «dite pipe-calebasse (le Canon ne mentionne que des pipes droites).

Le célèbre détective consultant continue de séduire bibliophiles et cinéphiles. La série Sherlock, produite par la BBC, est le plus gros succès télévisuel de ces dernières années en Angleterre.

En 2012, CBS lance Elementary, une série qui met en scène une femme dans le personnage de Watson. «L’actrice Lucy Liu, chargée de cette épineuse mission, délivre un Watson incomparable, oscillant entre l’admiration non feinte et un instinct de protection inédit vis-à-vis d’Holmes.»

John Bastardi Daumont a enquêté durant deux ans pour retracer la biographie du plus populaire des héros de fiction policière. Il a arpenté l’Angleterre afin de recréer le parcours de Sherlock Holmes, rencontré les sociétés holmésiennes les plus célèbres et s’est plongé dans des fonds documentaires uniques. Résultat: nous lisons la vie d’un détective dont le nom est synonyme d’acuité intellectuelle et de vélocité d’esprit.

Avec sa couverture cartonnée, sa reliure cousue et ses abondantes illustrations, Sherlock Holmes, détective consultant deviendra certainement un ouvrage de collection.

Il a le mérite de peindre plus qu’un personnage; on y trouve nombre de courts chapitres sur divers sujets connexes: Scotland Yard, le premier détective en Europe, le rival François Vidocq, le poète maudit Edgar Allan Poe, la place de la femme dans la société victorienne, etc.

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