La plume raffinée de François Guérin

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Le Franco-Ontarien François Guérin a publié au moins huit romans aux Éditions JCL, à Chicoutimi. Son tout dernier s’intitule La Peur du pire et peut paraître anecdotique au départ, mais en lisant entre les lignes on y découvre une critique sociale qui se résume par «là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie».

Guérin raconte l’histoire du sympathique monsieur Gaspard qui installe une cantine, rue Gounod à Montréal et vend à prix dérisoire un mets unique qu’il nomme «toupyne».

Le mets, son prix et surtout la jovialité de monsieur Gaspard font fureur.

Le quartier devient un univers paisible «où les geignements grogneurs n’avaient pas lieu d’être et où chacun semblait venir s’accorder un salutaire répit pour le moral».

Monsieur Gaspard salue les gens en disant «Bien le bonjour!». Il fait de cette sympathique formule une sorte d’enseigne commerciale sans s’en rendre compte.

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«Si tous accouraient pour goûter à sa toupyne, la grande majorité venait également pour entendre monsieur Gaspard les gratifier de ces trois petits mots, de sa voix chaleureuse où ne perçait que le bonheur tout simple d’être là, entouré de gens souriants, sans aucune arrière pensée, sans calcul perfide, sans aucun monnayage de bas aloi.»

On discute de tout à la cantine, aussi bien des relations buccogénitales qui seraient liées à certains cancers de la gorge que de la circoncision qui aiderait à prévenir le cancer chez les hommes, mais à l’augmenter chez les femmes. «Allez donc savoir.»

Plus important, en s’appropriant leur coin de rue, les voisins cherchent à échapper à «la tyrannie de l’horloge».

La cantine leur semble être tombée du ciel pour «égayer la morne allure des obligations quotidiennes».

Le romancier aime prendre quelques digressions pour parler, par exemple, d’un accouchement difficile ou d’un jeune violoniste surdoué, mais aussi surmené.

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Dans le cas de ce dernier, le musicien devra apprendre à faire de son amour pour la musique non pas une prison, mais un refuge.

J’ai été séduit par la plume raffinée de François Guérin, notamment par ses savoureuses comparaisons.

Il écrit, par exemple, qu’un enfant «arborait un sourire extatique digne d’une affiche électorale».

Après avoir noté qu’un personnage porte un bracelet clouté, une chaîne cloutée, un collier clouté et que son visage est transpercé d’anneaux, de spirales et de pendentifs, il lance que «monsieur Gaspar semblait indifférent de s’entretenir avec une devanture de ferblantier».

François Guérin est né à Ottawa, mais un de ses personnages vient d’un petit bled de l’Ontario, près de Sudbury. Il s’agit d’un médecin qui s’exprime bien en français.

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Comme tout roman, La Peur du pire a son intrigue, voire ses rebondissements inattendus. Troubles à l’horizon.

Des menaces planent dans l’air «comme un faucon sur un lapin de garenne». À vous de découvrir pourquoi la mayonnaise ne lève pas même quand monsieur Gaspard claironne ses «Bien le bonjour!»…

Ce roman démontre que, contrairement à la croyance populaire, les gens ne sont pas tous «moulés aux contours d’une culture à l’uniformité commode».

Leur personnalité se cache souvent dans «des replis qu’il suffit d’entrouvrir pour en dévoiler l’inépuisable contenu».

La Peur dans le titre réfère, entre autres, à «la peur de l’erreur fatidique, la peur des mauvais souvenirs obsédants, la peur des regrets inconsolables».

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Il ne faut pas avoir peur d’opter pour l’inconnu, car il n’y a pas que le pire à l’horizon. Il y a aussi le mieux!

François Guérin, La Peur du pire, roman, Chicoutimi, Éditions JCL, 2012, 304 pages, 19,95 $.

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