La paix impossible au Proche Orient?

Le journaliste Christian Chesnot, ancien otage en Irak

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Publié 19/05/2009 par Caroline Amiard

L’Iran inquiète l’Occident avec ses ambitions nucléaires, mais aussi les pays arabes, qui sont désunis et affaiblis. La réconciliation est encore lointaine en Irak. Quant à l’intraitable conflit israélo-palestinien, on ne voit pas encore la lumière au bout du tunnel. C’est là la vision de Christian Chesnot, journaliste français spécialiste du Proche Orient, conférencier invité à l’Alliance française de Toronto la semaine dernière.

Certes les Américains vont commencer à se retirer d’Irak dès juin, «mais la suite est un vaste point d’interrogation», affirme-t-il. «L’Irak a une histoire violente. Dans ce contexte, une stabilisation est pratiquement impossible. De plus, les forces armées sont déficientes et il n’y a pas eu de réconciliation entre Irakiens.»

Pour le conflit israélo-palestinien, tout aboutissement semble illusoire, surtout en l’absence d’un leader réel dans les deux camps. Et le Hamas, élu à Gaza, complique la donne: «Ni Israël ni les pays occidentaux ne savent comment traiter avec le Hamas, se bornant à qualifier le Hamas de terroriste, empêchant tout pourparler.»

Le journaliste français Christian Chesnot, qui a été otage en Irak en 2004, termine au Canada une série de conférences commencées aux États Unis. Ces interventions ont pour thème: Les nouvelles questions d’Orient: enjeux et acteurs. Elles sont animées en interaction avec l’audience. La plupart des questions à l’Alliance française portaient sur l’avenir de l’Irak, de l’Iran, sur l’islamisation croissante, la situation d’Israël, l’inexistant État Palestinien, et le retour des talibans en Afghanistan.

2009, une année charnière

Pour Christian Chesnot, 2009 sera une année charnière avec Obama, qui rompt avec les années Bush, tend la main aux Iraniens, et dont le discours est bien perçu au Proche Orient. Mais «si Obama a une chance de relancer le discours de la paix, il doit débuter par des mesures concrètes, pour avoir plus de crédibilité».

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Le nouveau président américain a un défi de taille: il doit rétablir la confiance. Même si les USA ne sont pas les seuls acteurs sur la scène internationale, «ils sont le moteur, les Européens sont des accompagnateurs, ils n’ont pas de force politique. Quant aux Russes, ils ont été absents longtemps après la chute du mur, mais ils effectuent un retour, par le biais de vente d’armes et d’aide au projet nucléaire de l’Iran».

Otage en Irak

Christian Chesnot est surtout connu pour une aventure malheureuse. Le 20 août 2004, lui, son collègue Georges Malbrunot, et leur chauffeur syrien Mohamed Al-Joundi, ont été enlevés par l’armée islamiste en Irak. En route pour un reportage, ils ont été interceptés par une voiture dont les occupants les ont mis en joue.

Parler l’arabe lui a beaucoup servi. «Psychologiquement c’était très important de pouvoir parler à nos ravisseurs, on ne savait pas qui ils étaient, ni ce que l’on devait craindre, donc établir un lien humain était salvateur.»

La séquestration aura duré 124 jours. Après d’âpres négociations, ils furent libérés le 21 décembre. Les ravisseurs avaient lancé un ultimatum au gouvernement français visant à annuler la loi sur la laïcité, jugée anti-islamiste.

Christian Chesnot est journaliste pour France Inter. Il couvre la Méditerranée, le Moyen Orient et les voyages officiels du Président Sarkozy. Il a commencé sa carrière en 1999 comme correspondant au Caire pour divers médias. En arrivant sur place, «une affinité avec la population et le pays s’est tout de suite crée, car l’Occident a beaucoup de clichés sur les pays arabes qui se révèlent faux».

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Quatre chocs

Christian Chesnot est arrivé en Égypte durant les derniers feux de la «décennie de la paix», à la fin des années 1990. «À cette époque la paix paraissait définitive, on parlait de projets communs, notamment lorsqu’en 1991 Israéliens et Arabes se sont assis à la même table à la Conférence de Madrid.»

Mais l’illusion fut brisée par quatre chocs successifs. En octobre 2000, la deuxième Intifada palestinienne, déclenchée par le refus d’Israël de se retirer des territoires palestiniens, malgré les accords d’Oslo.

Le 11 septembre fut une autre date clé, et un traumatisme humain. «Tous les Arabes se sont sentis stigmatisés, la guerre anti-
terroristes de Bush a eu beaucoup d’incidences néfastes, aucune bourse étudiante n’était plus octroyée, l’obtention d’un visa est devenu impossible…»

Et puis, s’opéra un «tour de vis sécuritaire»: les régimes ont bridé les libertés. En 2003, la guerre en Irak n’a rien arrangé, guerre illégitime, les USA l’ayant décidée sans l’accord de l’ONU. Le pays, déjà traumatisé par Saddam Hussein et l’embargo de l’ONU, a sombré dans le chaos.

Et, dernier épisode, la guerre entre Israël et le Hezbollah en juillet 2006. «En un mois 4000 missiles ont visé Israël. Ce fut une très lourde perte militaire pour Israël… et la récente attaque de Gaza, une revanche d’Israël pour réaffirmer sa force.»

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Livres

Christian Chesnot est aussi l’auteur de plusieurs livres sur le régime de Saddam Hussein et sur les enjeux au Proche Orient. Son dernier, en collaboration avec Antoine Sfeir, est intitulé Orient/Occident: le choc. Les deux spécialistes y analysent le rôle de l’Occident dans la situation actuelle, extrêmement compliquée et conflictuelle, du Monde Arabe.

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