La montée de la Chine et de l’Inde

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Publié 13/03/2007 par Gabriel Racle

Ce que l’on a pu voir en 2006, et dont L’Express a traité dans ses colonnes, pourrait se confirmer en 2007, à savoir l’influence de pays qui ont pris une nouvelle place sur l’échiquier politique et économique, comme le Brésil, mais surtout la Chine et l’Inde.

De la Chine, on retiendra son développement économique spectaculaire, qui en fait une puissance majeure en Asie et ailleurs dans le monde, une puissance commerciale, financière et politique. L’Afrique, jusqu’alors chasse gardée des anciennes puissances coloniales européennes, est devenue son terrain de jeu.

Le récent sommet des chefs d’État africains à Beijing en est une illustration. La visite que le président chinois Hu Jintao a entrepris le 30 janvier en est un autre. C’était sa troisième visite officielle en Afrique depuis son accession au poste de chef de l’État en 2003. Au cours de cette visite de 12 jours, il s’est rendu dans huit pays. Plus que de diplomatie, il a été question de commerce, d’économie, d’échanges.

Dans plusieurs pays, des Chinois entreprennent des travaux, parfois gratuitement. Et la Chine fait main basse sur les matières premières que l’Afrique peut lui offrir, sans tenir compte des situations politiques et sociales, comme au Soudan, qui l’approvisionne en pétrole et que la Chine défend à l’ONU, malgré les exactions du Darfour. D’après les statistiques du ministère du Commerce chinois, en septembre 2006, les investissements s’élevaient à 11 milliards de dollars américains.

Une étude de la Banque mondiale, La Route de la Soie en Afrique: Un nouvel horizon économique pour la Chine et l’Inde, note qu’il s’ensuit «une démarche commerciale qui représente une importante démarcation qui tranche avec la tradition, celle d’une vieille relation économique de l’Afrique avec le Nord». L’ancienne division Nord-Sud fait place à une relation Sud-Sud, mais aussi Sud-Nord.

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À cet égard, un rapport intitulé Les investissements des grands pays émergents en Europe et en France (2006) donne l’état des investissements de pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et montre bien que les relations ne sont plus exactement celles de puissances dominantes à pays dominés.

L’Europe a été frappée lorsqu’en 2006, une multinationale dirigée par un Indien, Mittal, avait racheté Arcelor, le grand sidérurgiste européen. «On ne saurait mieux signifier à quel point l’économie mondiale est en train de changer. Et d’autres entrepreneurs du Sud sont désormais acheteurs d’actifs importants au Nord et deviennent des joueurs mondialisés», écrit J.-M. Colombani dans Le Monde du 28 décembre 2006.

Dans un communiqué du 6 décembre 2006, la Fondation Asie-Pacifique du Canada note que «la Chine s’intéresse de plus en plus à investir au Canada» et ajoute «que pour les entreprises publiques et privées (chinoises), les activités et l’intérêt pour l’investissement direct à l’étranger progressent rapidement».

Dans son site Asie-Pacifique, le gouvernement du Canada mentionne que «l’Inde, qui a été et qui reste un des marchés prioritaires du Canada, est également une nouvelle source d’investissement direct étranger au Canada».

Cette tendance est l’indice d’un changement important dans les relations économiques mondiales: «La perte du monopole de la richesse. Américains et Européens s’y étaient habitués: le monde développé, c’était le leur. Les autres s’efforçaient de les rattraper», ajoute J.-M. Colombani.

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Une constatation s’imposera de plus en plus, la perte par les grands pays industrialisés de ce que l’on qualifiait «d’impérialisme économique», au profit d’un «réalisme économique», sans doute plus complexe et qui révèle une nouvelle donne entre les mains de nouveaux joueurs.

Ces quelques perspectives, choisies parmi d’autre, auront des répercussions sur l’ensemble des sociétés, y compris la nôtre. D’après l’édition 2007 des «Perspectives pour l’économie mondiale» de la Banque mondiale, Gérer la prochaine vague de mondialisation, «la mondialisation pourrait faire progresser les revenus moyens dans le monde à un rythme plus rapide dans les 25 années à venir qu’au cours des 25 dernières années. Et les pays en développement joueront un rôle central à cet égard. Mais cette phase positive de la mondialisation devra malgré tout être gérée soigneusement, faute de quoi elle pourrait s’accompagner d’un -creusement des inégalités de revenus et de pressions potentiellement graves sur l’environnement».

Et, selon le directeur du Groupe d’études des perspectives de développement de la Banque mondiale: «Avec l’expansion des échanges et la diffusion rapide des technologies vers les pays en développement, les employés non qualifiés du monde entier, de même que certains travailleurs non manuels moins qualifiés, vont être confrontés à une concurrence croissante par delà les frontières. Au lieu d’essayer de préserver les emplois existants, les pays doivent soutenir les travailleurs touchés par les restructurations et leur fournir de nouvelles opportunités. Améliorer l’éducation et assouplir encore le marché du travail constituent un élément essentiel de la solution à long terme.»

«Les zones de turbulences dans lesquelles nous sommes durablement entrés font le lit des marchands de peur. Là où nous aurions besoin de marchands d’idées: pour repenser nos mécanismes et nos centres de création de richesse; ainsi que le mode d’organisation de nos -sociétés», de conclure J.-M. Colombani.

De quoi faire réfléchir nos gouvernements!

Auteur

  • Gabriel Racle

    Trente années de collaboration avec L'Express. Spécialisé en communication, psychocommunication, suggestologie, suggestopédie, rythmes biologiques, littérature française et domaine artistique. Auteur de très nombreux articles et d'une vingtaine de livres dont le dernier, «Des héros et leurs épopées», date de décembre 2015.

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