Le cannabis et les jeunes: les expériences américaines sont rassurantes

Culture du cannabis au Colorado, légale depuis 2012.


14 avril 2017 à 15h15

Alors que le gouvernement Trudeau dépose enfin son projet de loi visant à légaliser la marijuana à des fins récréatives, «pour protéger les jeunes», plusieurs craignent une montée en flèche de la consommation de cette drogue, particulièrement chez les jeunes. Statistiquement, il semble qu’il y ait peu à craindre. Mais beaucoup dépendra des balises mises en place.

Le cannabis n’étant pas encore légalisé au Canada, il faut regarder du côté des États-Unis, où les états de Washington et du Colorado ont légalisé cette substance à des fins récréatives en 2012. En comparant les données disponibles, la Direction de la santé publique de Montréal (DSPM) est arrivée au constat suivant : la consommation de cannabis chez les adolescents est demeurée stable, mais elle a augmenté légèrement chez les 18 à 25 ans. Rien de très inquiétant, a priori.

«Les données américaines disponibles sont plutôt rassurantes», s’exclame le Dr Robert Moreau, psychiatre et médecin-conseil en médecine préventive à la DSPM qui a travaillé sur le document Vers la légalisation, la règlementation et la restriction de l’accès à la marijuana.

Cependant, le Dr Moreau pense qu’il faut être prudent avant de déclarer que la légalisation n’aura pas d’effet sur la consommation de cannabis au Canada. «Ça dépendra du cadre législatif mis en place», explique-t-il.

De la prohibition au laisser-faire

Émilie Dansereau-Trahan, de l’Association de santé publique du Québec (ASPQ), qui a publié un énoncé de leur position sur la légalisation du cannabis cette semaine, abonde dans le même sens.

«C’est vrai que les statistiques américaines ne sont pas alarmantes. C’est la raison pour laquelle on voulait défaire le mythe voulant que la légalisation suscite automatiquement une hausse de la consommation chez les jeunes. Mais il faut faire attention.» Des études sur la légalisation du cannabis,  comme celle du médecin britannique John Marks, «ont démontré que les deux pires cas de figure sont la prohibition et la légalisation sans encadrement.»

cannabis marijuana

À une extrémité du spectre, si la drogue est illégale, le marché noir occupe le marché et la demande peut être très élevée.

À l‘autre extrémité, dans un contexte de libre marché où la promotion du produit est permise sans restrictions, la demande pour le cannabis peut être aussi élevée que dans un contexte de prohibition.

Mme Dansereau-Trahan s’inquiète par exemple de la possibilité que la publicité pour le cannabis ne soit pas réglementée correctement, ce qui inciterait les producteurs à cibler les jeunes. «Alors que dans un cadre législatif serré, on peut non seulement réduire la consommation de cannabis, mais aussi les méfaits qui y sont associés. Et c’est ce qui est souhaitable quand on légalise.»

Des balises à mettre en place

De nombreux facteurs peuvent influencer la demande et la consommation du cannabis, qu’il soit légal ou non: prix, accessibilité, perception des risques associés à la substance, etc. C’est la raison pour laquelle de nombreux organismes de santé publique, dont l’ASPQ et la DSPM, recommandent aux gouvernements d’appliquer un cadre légal assez serré. «Surtout au début, on pourra toujours modifier la loi par la suite», tranche le Dr. Moreau.

Pour minimiser les dangers et les écueils reliés à la légalisation de cette substance, on recommande d’interdire la vente aux mineurs, d’éviter de banaliser l’usage du cannabis récréatif, de désigner des lieux de consommation excluant les lieux de travail et les milieux scolaires, d’appliquer le principe de précaution en matière de sécurité publique (dont la sécurité routière) et d’interdire le marketing.

«C’est une des choses qui nous inquiète le plus, la promotion du cannabis, particulièrement si elle vise les jeunes. Si on permet aux producteurs de vanter les mérites du cannabis et qu’en plus, on ne fait pas de prévention, il n’est pas dit qu’on ne verra pas d’augmentation de la consommation après la légalisation», pense Mme Dansereau-Trahan.

Le Dr Moreau est également de cet avis: si la perception du risque associée à l’usage de cette substance baissait, la consommation pourrait augmenter. «C’est la raison pour laquelle on doit faire des campagnes de prévention.»

Investir dans la recherche

Le médecin tient aussi à souligner qu’il faudra investir davantage dans la recherche afin de mieux comprendre cette substance.

«Somme toute, nous avons peu de données sur le cannabis, car la drogue était illégale jusqu’à présent. Il faudra mieux comprendre ses effets sur le cerveau aussi. L’avantage de la légalisation, c’est que la consommation de cette drogue nous concernera tous et qu’on pourra rejoindre plus efficacement les utilisateurs. C’est la raison pour laquelle on est favorable à la légalisation… si elle est bien mise en place!»

Un comptoir de cannabis au Colorado.
Un comptoir de cannabis au Colorado.

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