La guerre ne se démode pas

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«Une quinzaine d’armées démocratiques redécouvrent l’intérêt de la guerre en terme de sécurité», selon Jean Joana, professeur en science politique à l’Université de Montpellier 1.

Tensions en Ukraine, guerre civile en Syrie, insurrections en Irak depuis le retrait des troupes américaines, guerre au Mali… La liste des conflits contemporains est longue et ne cesse croître. Ce contexte belliqueux qui n’a pas échappé à l’œil de l’Alliance française de Toronto, où est passé le professeur Joana la semaine dernière.

La question entre armée et démocratie est à la fois «classique et importante» selon le politologue avignonnais. D’abord parce qu’il s’agit d’une réflexion d’actualité, alors que les démocraties occidentales «redécouvrent» l’utilité de la guerre.

Une seconde raison tient du rôle central de l’armée dans l’avènement de la démocratie des pays européens. Celle-ci explicite de manière concrète le lien fort que les notions d’armée et de démocratie entretiennent.

La dernière raison pour laquelle ces deux idées (armée et démocratie) sont à la fois classiques et importantes est paradoxale puisqu’il s’agit des contractions entre les deux. Le professeur explique que «oui les militaires ont du pouvoir au sein d’un gouvernement politique, mais ce n’est pas une menace pour la démocratie».

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Jean Joana a publié Les armées contemporaines en 2012, une œuvre qui traite notamment des rapports entre armée et démocratie.

Selon lui, l’armée dispose d’un large pouvoir au sein des sociétés contemporaines. Elle a de l’influence au sein des régimes démocratiques. «Le militaire infléchit sur les décisions qui sont prises au niveau politique, ensuite il a aussi le pouvoir d’entraver, de s’opposer à ce même politique», explique-t-il.

Trois facteurs importants affectent le pouvoir des militaires au sein des démocraties contemporaines: économique, militaire et politique.

Les transformations économiques du XIXe siècle ont eu un impact sur le pouvoir de l’armée notamment à cause du renouvellement des élites sociales et à l’avènement du capitalisme. L’industrialisation de la guerre, c’est-à-dire l’apparition de grandes inventions militaires, en est une des conséquences: «à cette époque on change la manière dont on fait la guerre».

Apparaît donc à ce propos une démocratisation du risque.

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Un autre impact important sur le pouvoir de la branche armée serait la naissance du complexe militaro-industriel: l’ensemble composé par l’industrie de l’armement, les décideurs publics, les forces armées et le jeu de relations complexes entre ces trois pôles destiné à influencer les choix publics.

«Managérialisation», professionnalisation des armées, démilitarisation de la guerre… Derrière ces concepts indigestes, Jean Joana souhaite faire comprendre qu’il y a une évolution de la notion de branche armée de l’État, rappelant qu’il y a une réelle interaction entre militaire et politique.

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