La bédéiste Julie Maroh: une raconteuse d’histoires

21e Salon du livre de Toronto

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Dans la dernière année, Julie Maroh, plutôt réservée en public, aura vécu l’expérience rare d’être arrachée de l’intimité de sa «grotte» (d’où elle produisait ses oeuvres en toute tranquillité) pour être parachutée dans l’univers de la folie médiatique qui suit néssairement tout grand succès commercial.

La jeune auteure dessinatrice affirme sur son site que ce qui l’intéresse, c’est cette zone de tension qui existe entre l’intime et le collectif. La voilà bien servie!

La visibilité de l’album Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, publié par Glénat en 2010, a été décuplée lorsque l’adaptation cinématographique de cette bande dessinée (La vie d’Adèle par le cinéaste Abdellatif Kechiche) a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes 2013.

Résultat immédiat. Le bleu est une couleur chaude est maintenant traduit en onze langues et Julie Maroh est devenue la rock star des bédéistes. Dans notre société, quand on fait un film d’un livre, c’est qu’il est forcément bon, n’est-ce pas? (Heureusement, dans ce cas, c’est vrai!)

Il est d’ailleurs très rafraîchissant de lire l’entrée de son blogue Nan??? Bé si! où elle exprime en bande dessinée sa première réaction face au succès (voir le billet du 16 mai 2010 sur le blogue de son site juliemaroh.com).

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Son éditeur demandait récemment à Julie d’entreprendre sous peu un blitz promotionnel à Taïwan. La jeune artiste a décliné, épuisée par deux mois de tournée auxquelles elle s’est prêtée de bonne foi, mais dont la fin était grandement attendue. (La prestation de Julie au Salon du livre de Toronto, en fin de semaine dernière, était la dernière dans son agenda.)

Il semblerait qu’elle soit mieux équipée pour résister à l’appel des sirènes que le personnage de son nouvel album graphique Skandalon, racontant l’histoire de Tazane, une idole du rock chez qui le star-système a développé le goût du scandale et pour qui tout est bon pour rester sous les projecteurs.

«J’ai fait éponge», raconte Julie Maroh en expliquant comment elle a été prise de court par le succès.

Il s’est avéré que Le bleu est une couleur chaude déclenchait des réactions fortes chez des jeunes qui ressentaient le besoin d’en parler avec elle. «Je n’étais pas préparée.» Il est temps pour elle de recharger ses batteries.

Processus créatif

Quand on demande à Julie Maroh, qui est une homosexuelle avouée, si son album Bleu (racontant le cheminement d’une jeune fille de 15 ans pour comprendre sa sexualité) est autobiographique, elle répond qu’elle a un peu plus d’imagination que ça.

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«J’aime m’oublier pour laisser les personnages réagir.» Depuis qu’elle est toute petite, elle raconte l’histoire de ses dessins.

Il est certain que la bédéiste aime l’idée de banaliser l’homosexualité, afin qu’on puisse passer par dessus l’étiquette pour arriver à ce que l’individu a d’universel, mais son but premier est de raconter une histoire sur toile de fond de problématique sociale. «Dans les deux cas, mes albums mettent en vedette des personnages qui sont confrontés aux institutions morales.»

Elle est partante pour que ses oeuvres prennent une vie propre. Tant mieux si ses albums graphiques inspirent des films primés et s’ils servent de points de discussion à des groupes de soutien. Ce qui lui importe, c’est de pouvoir retourner pondre dans sa grotte une autre de ces histoires si individuelles qui parlent à tout le monde.

Elle a passé trois mois l’an dernier à croquer Montréal et à concocter un recueil d’histoire se déroulant dans cette ville: des histoires d’amour qui naissent, de ruptures, et de tout ce qu’il y a entre les deux. Des histoires sortant de l’archétype des relations amoureuses entre blancs, égaux, monogames. «Ce sera un hommage à tout ce qui n’est pas ça». dit-elle, petit sourire en coin.

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