Juste un signe, pour montrer à un mendiant qu’il existe

mendiante
Brandy supplie chacun d’accorder davantage de considération à tous ceux que l’on croise dans la rue et qui sont dans une situation difficile. (Photo: Creative Commons CC0. pxhere)
Partagez
Tweetez
Envoyez

Brandy a grandi dans une petite bourgade de l’Ontario. Sa mère, qui venait de Paris, «n’était pas une bonne personne», dit-elle pudiquement pour expliquer son adoption, petite, par un couple nanti de la société locale.

Belle maison, école privée, mais enfance terrible. La mère adoptive de Brandy était alcoolique, et la battait. Les voisins savaient bien que quelque chose n’allait pas, mais ils ne disaient rien, ayant eux-mêmes des choses à cacher.

D’après Brandy, seule la façade était jolie dans cette «belle» société.

pauvreté
Brandy

Fugues

Elle a fugué un certain nombre de fois. N’importe quelle autre option semblait préférable à celle de rentrer à la maison la peur au ventre. La police a été impliquée.

Brandy a vécu un temps chez une famille amie, et a suivi une thérapie pendant six mois. Elle est arrivée à Toronto à 15 ans, libre. Mais elle s’est faite violée par deux garçons, et a dû passer deux mois à l’hôpital.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Un pasteur bienveillant de Scarborough l’a recueilli un moment, puis elle souhaité retourner au centre-ville.

Kensington Market

Sa rencontre avec la communauté punk de Kensington Market a été déterminante, car ils l’ont prise sous leur aile immédiatement.

Ils vivaient avec des chiens, dormaient dans des entrepôts, faisaient la fête et buvaient. Elle ne tarit pas d’éloge sur cette communauté aux valeurs d’entraide solides. Elle a eu de la chance de tomber sur eux.

Plus difficile dans la rue

Aujourd’hui, la vie dans la rue est devenue encore plus difficile, et les drogues beaucoup plus dures que pendant sa jeunesse.

Elle décrit la rue comme une jungle, des conditions critiques dans lesquelles le réflexe du «chacun pour soi» reprend le dessus. Elle en a eu des déceptions, après avoir fait confiance à des gens alors qu’elle n’aurait pas dû.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Brandy veut partager son histoire pour supplier les jeunes de ne pas se leurrer sur l’option terrible que représente la rue. C’est un piège à éviter par tous les moyens, sous peine de tomber dans un cercle vicieux infernal. Elle a vu des gens commencer la drogue et plonger. Développer des troubles mentaux terribles.

Mariée à un motard

Elle-même a connu la rue, la drogue et la dépendance. Elle a voyagé au Canada et travaillé comme strip-teaseuse. Elle s’est installée à Montréal, s’est mariée à un motard, et a eu plusieurs enfants. Ils ont tous été placés. Elle a développé la maladie de Krone, et un cancer, dont elle est désormais guérie.

Adepte du bouddhisme, elle s’estime chanceuse. À 41 ans, sa situation se stabilise. Elle reprend contact avec ses enfants. Elle a dû changer de logement plusieurs fois récemment, et il lui arrive de devoir parfois mendier.

Mais dans son quartier de Kensington Market, on n’ignore pas les mendiants. Il y a un grand nombre d’initiatives pour les aider. Et tout le monde se connaît. On lui fait confiance, et on l’aide si elle a besoin.

Mendiants livrés à eux-mêmes

Si Brandy veut partager son histoire, c’est aussi pour attirer l’attention sur les personnes marginalisées.

l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Elle s’insurge de la situation de misère extrême dans laquelle se trouve une vieille femme et son fils qu’elle connaît, du fait du handicap mental qu’ils portent. Livrés à eux-mêmes dans un appartement insalubre, alors qu’ils auraient besoin d’assistance.

Elle supplie chacun d’accorder davantage de considération à tous ceux que l’on croise dans la rue et qui sont dans une situation difficile. «Il n’est pas nécessaire de toujours donner à chaque mendiant», dit-elle. «Juste de faire un signe pour leur montrer qu’on a vu qu’ils étaient là, qu’ils existent.» Juste un regard, un sourire, un bonjour?


Des gens du coin / Our Neighbours est un projet de recueil d’histoires de personnes qui sont marginalisées (ou l’ont été) à Toronto. Avec Constructive Productions.

Partagez
Tweetez
Envoyez
l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur