Il y a 70 ans, Maurice Duplessis entamait un règne qui allait couvrir toute une génération

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De tous les premiers ministres que le Québec a connus, Maurice Duplessis demeure sans doute le plus coloré, certainement le plus autonomiste et probablement le plus rusé. On peut l’aimer ou le détester, il n’en reste pas moins que ce politicien a écrit un important chapitre de l’histoire du Québec moderne.

Maurice Le Noblet Duplessis est né à Trois-Rivières le 20 avril 1890, a étudié au Collège Notre-Dame de Montréal et est devenu avocat. Une fois élu député de Trois-Rivières, il avouera que la cour de justice et l’Assemblée législative se ressemblent. N’y retrouve-t-on pas «les mêmes stratégies, les mêmes effets de voix, le même plaisir de séduire ses rivaux»…?

Vieux garçon, Maurice Duplessis entre en politique comme d’autres entrent en religion. Il devient chef du Parti conservateur en 1933, puis fonde l’Union nationale trois ans plus tard. Le 17 août 1936, soit exactement 70 ans passés, Duplessis devient premier ministre du Québec. Surnommé «le cheuf», il dicte la ligne de conduite à tous ses ministres et plonge le Québec dans la période dite de «Grande Noirceur».

Leader autonomiste, Duplessis veut sauver le Québec des griffes du gouvernement centralisateur d’Ottawa. Et lorsque qu’on lui signale qu’il s’apprête à poser des gestes qu’on a jamais vus dans l’histoire du pays, le Cheuf répond: «présentement, c’est moi qui fais l’histoire du Québec et si on se rappelle mon nom plus tard, ce sera parce que j’aurai osé ce que d’autres n’ont jamais voulu faire!» C’est à Duplessis que le Québec doit son drapeau fleurdelisé. C’est également Duplessis qui a établi l’impôt sur le revenu des particuliers, ce qui a permis au Québec de contrer les visées centralisatrices du gouvernement fédéral.

Loin d’être un enfant de chœur, Duplessis a toujours voué un grand respect à la religion catholique et a toujours été un fervent chrétien. Mais une chose demeure claire à ses yeux: «le clergé ne doit pas se mêler directement de politique; il doit se contenter de servir le premier ministre.» Maurice Duplessis et le cardinal Jean-Marie Rodrigue Villeneuve, archevêque de Québec, s’entendront d’ailleurs comme larrons en foire. Sous Duplessis, l’éducation et la santé seront entièrement confiées aux communautés religieuses.

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Duplessis dirigea la Belle Province de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959, soit l’équivalent de toute une génération. Lorsqu’il meurt, le 7 septembre 1959, ses adversaires politiques admettent qu’«un colosse vient de tomber». Avec le départ de Duplessis, une ère nouvelle va s’ouvrir et le Québec se dirigera allègrement vers la Révolution tranquille.

L’héritage de Duplessis

Plusieurs historiens voient le régime de Duplessis comme un anachronisme. Après sa mort, on lui reprocha d’avoir été à la tête d’un gouvernement corrompu, d’avoir vendu les ressources naturelles du Québec au plus offrant et d’avoir ignoré les droits et libertés des citoyens. Pour ces critiques, les années Duplessis constituent de véritables «années noires» de l’histoire récente du Québec. L’époque Duplessis apparaît, pour eux, comme une espèce de sombre Moyen-Âge qui précéda la renaissance du Québec.

D’autres historiens, plus jeunes et qui n’ont donc pas vécu ces périodes troubles, préfèrent nuancer les jugements sévères de leurs prédécesseurs. Pour eux, Maurice Duplessis serait l’instigateur de la modernisation du Québec. À son crédit, on remarque que le gouvernement arriva à parfaitement balancer son budget pendant 15 ans tout en lançant de grands travaux publics tels que la construction de routes et autoroutes, d’écoles et d’hôpitaux.

Durant le règne de Maurice Duplessis, on estime que le nombre de routes et d’écoles doubla, voire que le nombre de lits d’hôpitaux tripla. Cela eut pour effet de mettre un terme à l’isolement de régions telles que le Lac Saint-Jean et la Côte-Nord. Selon les historiens plus jeunes, le Québec connut une grande prospérité économique sous Duplessis.

Quel que soit le jugement porté, il est indéniable que l’héritage de Maurice Duplessis reste encore bien présent dans la société québécoise actuelle, pour le meilleur et pour le pire.

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