Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

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Alfred de Musset a repris cet énoncé proverbial, extrait de la comédie Le Grondeur de Brueys et Palaprat jouée pour la première fois en 1691, comme titre de sa propre comédie en un acte datée de 1845. Au sens littéral, ce proverbe pourrait aussi servir de sous-titre au curieux ouvrage de Pascal Dibie.

La porte

Le livre de cet auteur est curieux, car il est consacré à un dispositif auquel nous ne prêtons généralement guère attention – sauf s’il nous pose des problèmes – et qui ne fait guère l’objet de nos réflexions philosophiques ou sociologiques. Et pourtant…

En prenant l’ethnologie au sens large, ce que l’auteur nous propose est à la fois une histoire sociale et culturelle de la porte, et une réflexion sur son rôle selon les sociétés.

Un vaste sujet, mais qui nous concerne tous, si l’on veut bien, par jeu, répondre à ces deux questions: combien y a-t-il de portes dans notre maison, appartement? Combien de portes ouvrons-nous chaque jour ou dans une semaine?

Histoire

Sous le titre général À nos portes, Pascal Dibie brosse une histoire de la porte ou de ce qui en tenait lieu, des portes antiques à nos portes modernes.

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Il passe ainsi en revue la préhistoire et la mythologie. Que faisaient les hommes des cavernes pour se protéger du froid ou des prédateurs?

Et que nous ont laissé la mythologie, les relations entre les dieux et les humains, dans ce domaine? Les portes de l’enfer, la porte du paradis? Nous reste-t-il la porte du ciel?

C’est au Moyen Âge que, dans les sociétés occidentales, les portes s’affirment. Entrer dans une ville devient une démarche royale, qui s’entoure de tout un cérémonial. Et il en va de même dans la demeure du roi. On n’entre pas impunément n’importe où, n’importe quand. L’étiquette s’attache ainsi à la porte qui délimite des espaces protégés et souligne aussi, indirectement, l’importance du personnage qui se retranche derrière celle-ci.

Fonctions

Il nous en reste quelque chose. N’entre pas qui veut chez le premier Ministre ou même chez des personnages importants de rang inférieur.

Et il faut parfois attendre à la porte que l’on veuille bien vous accueillir, ce qui est préférable à se faire mettre à la porte.

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La fonction sociale de la porte s’esquisse et se précise. Si Saint Louis, Louis IX, roi de France de 1226 à 1270, rendait la justice sous son chêne, ce qui signifierait de nos jours, porte sans cesse grande ouverte, on ne saurait imaginer voir ainsi délibérer constamment la Cour suprême du Canada.

Pascal Dibie ne retrace pas que l’histoire des portes au fil du temps, une histoire fort intéressante d’ailleurs, mais il dégage le rôle ou la fonction de la porte, selon les âges et selon les cultures.

C’est, si l’on veut, une réponse à une question simple, en apparence: qu’est-ce qu’une porte?

Dedans, dehors

Dans sa définition même, la porte «implique l’existence d’un «dehors», autrement dit de ce qui est «hors de la porte»: la porte est d’abord vue de l’intérieur de la maison par celui qui s’y trouve.

À partir de là, tout est à penser: le dedans, le dehors, l’ouvert, le fermé, le bien-être, le danger» et la porte est cette chose qui protège le dedans de la menace du dehors (matérielle, humaine, animalière…).

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«Pour nous, explique Dibie, la porte c’est quelque chose qui nous sépare de l’extérieur. En fait, nous avons une idée de la porte comme barrière, séparation solide, alors que dans le monde oriental, c’est une porte comme limite, comme expression symbolique du chez soi. Les portes en papier du Japon, on ne pourrait pas les imaginer en Occident, en tout cas pour fermer sa maison.»

Variations culturelles

Pascal Dibie souligne les différences culturelles relatives à la notion d’ouverture et de fermeture entre les sociétés occidentales et certaines sociétés africaines.

«Il y a l’idée que la porte sert d’ouverture pour l’Afrique, il n’y a pas d’idée de fermeture, de s’enfermer sur soi. Et d’ailleurs, les serrures de gond ne servaient qu’à fermer les greniers de l’extérieur, avec l’idée que quand on est chez soi la porte doit toujours rester ouverte.

– Alors que chez nous, on l’ouvre vers l’intérieur avec l’idée que l’on va la barricader quand on sera à l’intérieur. On peut presque opposer une société d’ouverture, intéressée par l’autre, xénophile, en Afrique par exemple, et une société xénophobe, comme en Occident, où l’on ne veut pas que l’étranger pénètre chez nous.»

Avec ce livre original, c’est un beau voyage multiculturel que l’on peut s’offrir, tout en restant bien à l’abri d’une porte close, mais avec un regard ouvert sur le reste du monde… et le nôtre.

Dibie Pascal, Ethnologie de la porte – Des passages et des seuils, Éditions Métaillé, 2012, 432 p.

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