Humeurs et rumeurs d’un village franco-ontarien

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Michèle Matteau est une curieuse impénitente qui écrit avec une passion gourmande pour la vie. Sa trilogie À ta santé, la vie! en témoigne, tout comme une nouvelle série intitulée Villery, dont le second tome a paru cette année. Point besoin d’avoir lu le premier tome pour savourer Avant que ne tombe la nuit.

L’action du roman se déroule à Villery, village franco-ontarien fictif près de Rockland, sur les bords de la rivière des Outaouais, «cette rivière dont on oublie souvent qu’elle a deux rives», dont une ontarienne. Michèle Matteau décrit comment l’endroit se loge de plus en plus à l’enseigne de la diversité: curé congolais, infirmière burundaise, couple lesbien, résident hongrois dans une maison d’accueil…

Le personnage principal est Léandre Arcand, 73 ans. Physiquement, il n’est pas un homme attirant. On est plutôt séduit par sa beauté intérieure: aimable et serviable, chaleureux et généreux. Son amie de cœur est Florence, une femme dans la cinquantaine, qui anime une nouvelle émission de radio à Ottawa. «Le stress érode les nerfs. Mais il excite aussi. C’est sa drogue.»

Dans ce roman, la signification des mots «je t’aime» peut varier car «ce n’est pas parce que nous usons des mêmes mots que nous parlons le même langage».

Florence aime bien Léandre, mais elle s’en distance de plus en plus. Serait-ce à cause de sa carrière radio-canadienne? L’intrigue réserve-t-elle un rapprochement…?

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Léandre tient un journal et certaines entrées ont une citation en exergue. L’une d’elles est de Pierre Raphaël Pelletier: «On voyage pour se soustraire aux démangeaisons de l’âme.» Suit une description du voyage que Léandre effectue à Londres.

Une autre citation est de Jean Anouilh: «C’est laid un homme qui a peur». La romancière explore dès lors les phobies de deux vieilles filles, la terreur de l’infirmière burundaise, l’appréhension de son fils, l’angoisse de Florence, l’anxiété de l’un, l’insécurité de l’autre. Le lecteur a droit aux «humeurs et rumeurs» de Villery.

Le style de Michèle Matteau est finement ciselé. Il y a plusieurs comparaisons originales. En voici deux exemples: «les souvenirs ont plongé sur lui comme un faucon pèlerin sur un mulot»; «les pancartes électorales se regroupent par couleur comme les tulipes le long du canal Rideau à Ottawa».

Certaines tournures sont très féminines. Au lieu de parler de maquillage ou de bijoux pour décrire Florence, l’auteure écrit plutôt: «L’enthousiasme et la joie demeurent les crèmes de beauté les plus efficaces.» La vie à Villery est ponctuée de moments heureux et de moments tendus. Le village n’est pas exempt de racisme et d’intimidation. Quand un être cher disparaît, la romancière sait capter en quelques mots un profond sentiment de sympathie: «Il navigue seul sur les eaux solennelles du deuil.»

La vie à Villery change, elle change surtout ses résidents, de noter l’auteure. Le lecteur les suit pendant une année, durant quatre saisons. Léandre les observe avec lucidité et les respecte avec tendresse peu importe leur génération, leur race, leur style de vie. Il est le Grand Sage du village, A Man for All Seasons.

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Avant que ne tombe la nuit est un roman touchant. Chaque personnage apporte un rayon de lumière dans un quotidien parfois gris, un rayon de chaleur dans un vécu parfois froid.

Michèle Matteau, Avant que ne tombe la nuit, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Cavales, 2012, 368 pages, 27,95 $.

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