Histoires de pantalons au Cameroun

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C’est avec ahurissement que j’ai entendu dernièrement une collègue camerounaise me dire que les femmes étaient interdites de pantalons dans l’administration au Cameroun. Autrement dit, si vous, une femme, êtes habillée en pantalon, vous ne pouvez pas accéder à un ministère.

Ce n’est pas un texte de loi écrit quelque part, il n’y a aucun décret interdisant cela formellement mais dans la pratique, c’est simplement interdit. Motif invoqué? Les femmes en pantalons distrairaient les hommes! L’inverse n’est alors pas vrai?

La collègue qui m’en informe et qui brave l’interdit s’est déjà vue refuser l’accès d’un ministère parce qu’elle était en pantalon! Elle précise que toutes les femmes au Cameroun respectent à la lettre cette loi non formulée ni écrite.

Toujours incrédule, je m’informe auprès d’amis camerounais qui me confirment le fait en ajoutant que les femmes ne se battent pas pour faire changer les choses et continuent à subir sans rien dire. Mais peut-on vraiment affirmer cela quand on se souvient que Mme Bassong, alors Ministre de la promotion de la femme, avait osé discuter cet interdit et lancé un mot d’ordre aux femmes lors d’un 8 mars de défiler en pantalons?

Que ce mot d’ordre a été largement suivi par les femmes, et qu’elle a perdu son poste au prochain remaniement qui a suivi ce 8 mars? La coïncidence est trop troublante pour n’être que fortuite!

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Ma brave collègue qui ose violer l’interdit en se mettant en pantalon m’a avoué qu’elle avait toujours à portée de main dans son bureau une jupe au cas où son ministre de tutelle apparaîtrait sans prévenir. Tout modèle de pantalon est interdit même le tailleur! Oubliez donc les jeans et autres pantalons moulants.

C’est quoi cette dictature inqualifiable qui régit jusqu’au code vestimentaire des femmes? Je comprends mieux à présent cette affirmation d’un ami, opposant camerounais, qui disait qu’au Cameroun, il y avait 16 millions de Paul Biya!

La dictature s’est répandue dans toutes les sphères de la société camerounaise et chaque Camerounais devient un petit dictateur dans le quotidien : à la maison, comme au travail. Chacun à son niveau, contrôle plus petit que soi. Sinon, comment expliquer ce fait qui brime la liberté des femmes?

Ah, il y a aussi les jupes! Les femmes et les jeunes filles peuvent en porter à condition que la longueur dépasse les genoux!

Qui s’occupe du code vestimentaire des hommes? Pourquoi les femmes n’ont pas le droit de s’habiller comme elles l’entendent? Pourquoi les hommes dans l’administration camerounaise jouent-ils aux policiers vestimentaires?

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Dans ce même pays, il n’y a pas très longtemps, une femme ne pouvait pas se rendre d’un point à l’autre du pays (ne parlons pas de quitter le pays) sans l’autorisation écrite de son mari!

Heureusement, cette pratique a été supprimée mais je suis prête à gager ma chemise qu’elle perdure encore par endroits.

Les femmes d’ici et d’ailleurs doivent donc se réjouir de ne pas subir un tel harcèlement digne de policiers zélés.

Personne d’autre que les femmes elles-mêmes ne libéreront les femmes de tous les jougs sociaux. C’est à elles de se battre pour conquérir leurs droits et surtout les préserver. Si au contraire, elles continuent d’être complices de leur subordination et de la domination patriarcale en perpétuant les traditions, et en jouant des rôles de seconds violons, nous sommes encore bien loin d’une égalité entre hommes et femmes en Afrique.

Et comme l’a dit quelqu’un, on ne peut pas libérer une personne contre son gré!

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