Haïti: voir plus loin que le désastre et la corruption à Port-au-Prince

Pour une meilleure couverture médiatique

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Dans la campagne et la montagne haïtiennes, la population s'organise en entreprises et coopératives. Préparation du café à Fond Jean Noël. Photo: Claire Binet
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Les médias ont récemment rappelé le 10e anniversaire du séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, une catastrophe sans précédent, soulignant l’échec, également sans précédent, de la reconstruction.

Le portrait avait une couleur dramatique: pays désorganisé à tous égards, économie anémique, crise politique majeure, peuple jonglant avec révolte et désespoir.

Les causes? D’une part, l’incurie et l’égoïsme de plusieurs grandes ONG et pays donateurs qui ont «occupé» le pays. D’autre part, l’incapacité chronique du gouvernement haïtien à assumer ses responsabilités: faiblesse «congénitale» de l’État et corruption «structurelle».

Le palais présidentiel à Port-au-Prince, détruit lors du séisme de 2010, n’est pas encore reconstruit.

C’est l’ordinaire des Haïtiens, à des degrés divers, surtout dans la capitale: infrastructures de base déficientes, croulant sous les détritus.

Port-au-Prince est un inqualifiable désastre urbain, où survit par miracle une forte proportion de ses habitants. Affolant pour qui ne voit que la capitale. J’avoue avoir vécu un choc en 2015, à ma première visite en Haïti.

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L’impression qui reste est un triste scepticisme: les Haïtiens sortiront-ils un jour des malheurs qui les accablent? Et ces malheurs ne résultent pas tous du séisme de 2010!

«Le pays en dehors»

Il y a aussi en Haïti des réalités différentes de celles de Port-au-Prince. Certes, elles sont difficiles, mais souvent moins chaotiques, plus paisibles, avec des petites communautés où on ne vit pas toujours si mal, comparativement à la capitale.

Lors de mes cinq autres séjours en Haïti, passer par la capitale était inévitable, mais je respirais mieux dès que je m’en éloignais.

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Paysage rural de montagnes à Vallue. Photo: Claire Binet

J’ai eu le privilège de partager quelques mois du quotidien de communautés semi-urbaines et rurales. La pauvreté règne, mais la nature est mieux préservée et les relations sociales ont quelque chose d’apaisant.

Peu de gens connaissent l’existence d’un clivage historique marqué entre Port-au-Prince et le reste du pays.

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Au moins 65%-70% de la population haïtienne vit dans des montagnes plus ou moins dénudées. C’est «le pays en dehors», comme le rappelait l’écrivaine Yanick Lahens le 12 janvier dernier dans une entrevue radiophonique à Désautels le dimanche (Radio-Canada).

Composée essentiellement de paysans, cette population est ignorée et méprisée par la capitale.

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Champs d’oignons au-dessus de Fond Jean-Noël. Photo: Claire Binet

Au-delà du chaos

Des actions constructives pullulent partout dans le pays, menées par de nombreuses organisations locales disposant de très peu de moyens. Plusieurs sont aidées par de petites ONG étrangères.

Les résultats sont modestes, mais font souvent une différence pour la population. Je connais notamment des initiatives soutenues par l’Union des producteurs agricoles et par la coopérative de café Noula. J’ai aussi été impliquée dans des actions terrain.

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Assemblée générale du Comité de citoyens de Gressier. Photo: Claire Binet

Le Réseau national des promoteurs du tourisme solidaire (RENAPROTS) a développé une approche alternative de tourisme social et communautaire.

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Dans le Sud, à Vallue et Fond Jean-Noël, j’ai participé à l’encadrement de l’accueil pour des visiteurs initiés au milieu rural: nature, patrimoine culturel, interactions avec la population, agriculture (café, cacao).

Les revenus (hébergement, repas, visites guidées, vente de produits) contribuent au bien-être des familles. Et le savoir-faire local est valorisé, au grand plaisir des touristes.

De son côté, la Fédération canadienne des municipalités a innové en aidant à renforcer la gouvernance locale dans la région de Léogâne, ville épicentre du séisme de 2010.

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Formation de jeunes sur la «gestion de proximité» à Léogâne. Photo: Claire Binet

J’ai collaboré dans cette région à l’application de principes de gestion, tels la participation citoyenne et la transparence, qui favorisent le dialogue et l’émergence d’une confiance entre élus et citoyens.

À Grand-Goâve et Petit-Goâve, j’ai assisté à des séances publiques de reddition de comptes, en présence de médias locaux. Les discussions ont duré des heures, dans un climat calme et respectueux. Des amis de Port-au-Prince avaient peine à le croire!

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Couverture médiatique dramatique

Les reportages entourant la commémoration du séisme ont fait peu écho aux actions porteuses de changement en Haïti.

De telles initiatives n’intéressent guère la petite élite économique, institutionnelle et politique de la capitale. Ni la communauté internationale qui, depuis des années, soutient avec une molle complaisance un gouvernement central corrompu, qui draine les ressources du pays.

Montrer surtout le catastrophique et l’insupportable de Port-au-Prince contribue à alimenter les préjugés négatifs sur Haïti et à maintenir le clivage historique qui isole «le pays en dehors».

À quand une couverture médiatique critique? Elle pointerait, certes, les graves problèmes d’Haïti, mais ferait aussi connaître les réalisations concrètes de ce peuple si résilient. La reconnaissance alimente l’espoir.

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Un délice pour les visiteurs à Séguin. Photo: Claire Binet

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