Fresque dramatique développée avec brio


27 mai 2014 à 9h40

Après avoir signé quinze ouvrages, surtout des livres pour enfants et élèves du primaire, ainsi que des récits ou tableaux de vie, la Franco-Ontarienne Lysette Brochu nous offre un roman pour grand public. Elle relève ce défi avec brio en publiant Brûlants secrets de Marianne, une fresque dramatique qui s’étend de 1894 à 1934 et qui nous promène de Fournier, Casselman et Vankleek Hill (Est ontarien) à Cobalt, Matheson et Kirkland Lake (Nord-Est ontarien).

La Marianne du titre entame sa vie adulte en épousant Albert Sirois et en lui cachant deux terribles secrets (que je ne dévoilerai point pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture). Disons tout simplement que ces deux brûlants secrets non confessés sont aussi pesants qu’une chape de plomb. Ils traumatisent la jeune femme et la plongent constamment dans «des périodes d’errance et de désespoir absolu».

Le roman peint un vibrant portrait des années de colonisation dans le Nord ontarien, lesquelles coïncident avec la Première Guerre mondiale, la grippe espagnole et de grands incendies.

Le 29 juillet 1916, un effroyable sinistre détruit plus de 500 000 acres dans la région de Matheson; le nombre de victimes s’élève à 300 et 500 familles perdent tout ce qu’elles possédaient.

Le 4 octobre 1922, un autre incendie détruit presque tout le sud de Haileybury et le village de North-Cobalt. Le bilan s’avère lourd: 18 cantons ravagés, 33 morts, 1 565 logis incendiés, 6 566 personnes sans abri.

La romancière écrit que «des familles erraient, dans le dénuement complet, privées de vêtements, de nourriture, de logement. Tant de victimes avaient vu des proches se transformer en torches vivantes.»

Ce roman rappelle la période du Règlement 17 (1912-1927) où l’enseignement en français était à toutes fins utiles banni en Ontario. Albert Sirois se dit que le prix à payer pour vivre à Matheson, en 1918, c’est d’envoyer son enfant à une école anglaise. Il n’y voit rien de mal car c’est la langue des «gros boss. Tu vas pas loin dans vie si tu sais parler la langue des patrons.»

Son épouse Marianne ne partage pas cet avis, bien au contraire. Pour elle, la langue est la gardienne de la foi. Et la lecture demeure un puissant levier culturel. Même si elle n’a terminé que sa huitième année, elle sait enseigner le français à ses huit enfants (elle en a perdu trois autres en bas âges).

La progéniture de Marianne porte des noms comme Rose, Lionel, Muguette ou Laurier. Plusieurs personnes adultes du roman, eux, sont affublés de prénoms plus colorés: Mastaï, Démerise, Orphir ou Dorilda.

Lysette Brochu colore son récit de dialogues qui semblent très réalistes ou typiques de l’époque. En voici un exemple: «Mon Dieu! bretter d’même, c’est à croire qu’y reviendra pas. Y’a belle lurette qu’y aurait dû ersoude, y’ambitionne su’ l’pain bénit.»

Chaque chapitre du roman est coiffé d’une citation d’un auteur, le plus souvent franco-ontarien. En exergue du chapitre 25, on peut lire ce mot de Stefan Psenak: «c’est pas les prétexte qui manquent pour être malheureux». De toute évidence, Marianne n’a jamais pu oublier le passé, faire un trait sur les vieilles blessures et choisir d’être heureuse.

Elle est aux prises avec des «humeurs étranges», ce qui semble presque invariablement attirer la misère sur sa famille. Cette fresque dramatique – je ne vous le cache point – a une fin tragique…

Je vous signale, en passant, qu’on trouve à la fin du livre un glossaire renfermant des expressions, régionalismes ou anglicismes. En voici quelques exemples: hand-me-downs (vêtements usagés), instipoller (être indigné, vexé, insulté), lessi (eau de lessive faite à partir de cendres), ouaguinne (wagon prononcé à l’anglaise).

Avec Brûlants secrets de Marianne, Lysette Brochu a réussi à évoquer avec brio toute une page de notre histoire. Elle est une digne descendante d’Hélène Brodeur.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

L’identité linguistique canadienne sur les bords de la Tamise

colloque
Parmi les universitaires britanniques spécialistes du Canada, une quinzaine pourraient se dire «québécistes».
En lire plus...

25 septembre 2018 à 7h00

Le Club Richelieu Toronto honore Denis Rioux

Club Richelieu Toronto
Ce dimanche, le Club Richelieu de Toronto rendait hommage à Denis Rioux, désormais ex-président, et célébrait la passation des pouvoirs au nouveau président, Michel...
En lire plus...

24 septembre 2018 à 17h01

Anciens combattants : délais plus long pour les francophones et les femmes

Anciens combattants Canada
Lenteur à répondre aux demandes d’aide médicale des vétérans: 19 semaines pour les demandes en anglais, 52 pour le français!
En lire plus...

24 septembre 2018 à 15h00

CSI : Éléphants

Les braconniers opèrent surtout au Gabon, au Congo et en Tanzanie.
En lire plus...

24 septembre 2018 à 14h00

Proposez des candidatures au 10e Gala Trille Or

Adieu les prix masculin et féminin : le Trille Or «Artiste solo» récompensera le ou la meilleur.e artiste tous genres confondus
En lire plus...

24 septembre 2018 à 12h00

De bouche à oreille, de retour pour une deuxième saison

De bouche à oreille
Nouveauté: des rencontres informelles au Coq of the Walk
En lire plus...

24 septembre 2018 à 10h53

Blague franco-ontarienne

Demain, 25 septembre, sera la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. Ce n’est pas un jour férié, comme la Fête nationale au Québec, mais...
En lire plus...

24 septembre 2018 à 10h23

Des sondes japonaise et américaine vont ramener de la poussière d’astéroïde

astéroïde
De la haute voltige: la semaine dernière, la sonde japonaise Hayabusa 2 s'est approchée de l’astéroïde Ryugu pour larguer deux mini-robots.
En lire plus...

23 septembre 2018 à 13h00

Un trésor à découvrir au Musée des beaux-arts de Montréal

MBAM
Resplendissantes enluminures de livres d’heures au MBAM
En lire plus...

23 septembre 2018 à 11h00

Témoignage aussi déchirant que nécessaire

Jonas Gardell
Au début des années 1980, le sida est considéré comme la maladie des homos, la nouvelle peste, voire la punition de Dieu.
En lire plus...

23 septembre 2018 à 9h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur